CHAPITRE III. — DÉPENSK DE LA PRONTIÉRE DU NORD
Lli;iie de la Scarpe. — Doaai et le fort de Scarpe. — Li^ne de la Sensée. — La Scarpe prend naissance dans les collines de rArtois, auprès des sources de la Canche, ce qui a permis, au commencement du siècle dernier, de créer une ligne de défense continue s^appuyant à ces deux cours d*eau, alors que nous avions perdu Lille, Béthune, Saint -Venant et Douai. La Scarpe passe à Arras, puis à Douai, et va se jeter dans l'Escaut à Mortagne, à la frontière même, entre Condé et Tournay. Celte rivière a une pente très faible dans la partie inférieure de son cours qu'aurait à franchir Tennemi pour aborder notre position centrale; elle traverse, sur une longueur de 28 kilomètres, entre Douai et Mortagne, des marécages qui gêneraient fort l'attaque, et peut-être aussi la défense, si on n'y a pas de bonnes têtes de ponts; les principaux points de passage sont au pont de Saint-Léonard, à ceux de Marchiennes et à ceux do Saint- Amand. Un barrage établi à Mortagne au confluent avec l'Escaut ferait refluer les eaux de la Scarpe jusqu'à Saint-Amand, un deuxième barrage en ce dernier point produirait une inondation qui remonterait jusqu'au pont de Raches, près de Douai. Un barrage sur l'Escaut établi en ce même point de Mortagne produirait une inondation qui remonterait jusqu'à Condé. Ces barrages de Mortagne, s'ils étaient bien protégés, auraient donc une grande importance au point de vue «le la défense, aussi le traité d'Ulrecht nous interdisait-il d'élever des fortifications au confluent de la Scarpe et de l'Escaut; ce traité a été déchiré, ce qui nous permet de créer un fort d'arrêt soit à Mortagne, soit à Maulde, pour couvrir ces barrages; on a en effet le projet de fortifier l'un de ces deux points. C'est à Maulde qu'ail début des guerres de la Révolution, on avait établi pour nos troupes un de ces camps d'instruction et de défense si nombreux sur la frontière du nord.
Il faut remarquer que l'inondation de la Scarpe ne doit être tendue complètement qu'au moment où l'armée en position entre l'Escaut et la Sambre eht forcée de renoncer à l'offensive, car sans cela l'inondation pourrait être utilisée par l'ennemi pour couvrir le siège de Lille.
En arrière de la Scarpe, se trouvent des bois marécageux, les forêts de Raismes et de Vicoigne, qu'on pourrait disputer après le passage de cette rivière par l'ennemi ; puis on aurait encore à défendre la ligne de l'Escaut ou celle de la Sensée entre Douai et Bouchain.
La vallée de la Sensée n'est qu'une suite de marais, de fossés et de tourbières; un canal joint ce ruisseau à la Scarpe et la gauche de la ligne s'appuie à la place de Douai qui est située à un nœud important de routes et de canaux; cette grande place a une enceinte fort compliquée et en assez mauvais état; elle tient un nœud de voies ferrées qui se dirigent surValenciennes, Lille et Arras; on construit deux autres lignes qui réuniront directement Douai à Orchies et à Cambrai. Cette place assure, au besoin, le déversaient des eaux de la Scarpe et de l'Escaut dans le bassin d'inondations
de Lille par le canal de la Haute-Deule ; mais ces inondations, de même que celles qui doivent protéger la ville de Douai, ont rinconvénient de dépendre de cours d'eau que l'ennemi peut détourner aussitôt qu'il a investi la place ; c'est ce que firent à Douai le prince Eugène et Marlborough lors du siège de 1710 où on n'avait pas pris la précaution de retenir les eaux assez tôt. Au nord et à 1,600 mètres au-dessous de Douai, se trouve le fort de Scarpe au point où le canal de la Haute-Deule vient aboutir à la Scarpe ; son rôle est de couvrir les écluses et de soutenir l'inondation inférieure de Douai; il flanque aussi le terrain des attaques.
L'autre extrémité de la ligne de la Sensée s'appuie au camp de César en tête duquel se trouve la petite place de Bouchain ; ce camp fut occupé en 1793, il est entouré d'inondations qui condamneraient à l'inaction les troupes qui s'y laisseraient enfermer.
li'Esoaut. — Coudé. — Valenoiennesi. — Boaohain. — CambrAi.
— La ligne de l'Escaut double celle de la Scarpe contre une attaque venant du nord-ouest et couvre le flanc gauche de la grande position que nous étudions. L'Escaut est canalisé ou doublé d'un canal sur tout son cours en France; les quatre places de Condé, de Valenciennes, de Bouchain et de Cambrai qu'il arrose sont très rapprochées les unes des autres et couvrent des écluses qui, avec quelques barrages intermédiaires établis au moment du besoin, permettraient de créer une ligne continue d'inondations sur laquelle elles formeraient têtes de pont. Malheureusement il faudrait un temps très long poiu* organiser cette défense à cause de la faible quantité d'eau fournie par le fleuve.
La petite place de Condé, située au confluent de la Haine et de l'Escaut et reliée directement à Mons par un canal, couvre des écluses qui permettent de tendre des inondations remontant à 4,500 mètres vers Mons et vers Valenciennes; nous avons vu que l'inondation inférieure serait assurée par un barrage établi sur l'Escaut à Mortagne. Grâce à ces inondations, Condé n*a d'attaque à craindre que vers le nord, vers les fronts de Tournay ; elle forme une tête de pont sur l'Escaut et sur la Haine, elle assure un débouché en cas d'offensive.
A 11 kilomètres en amont de Condé, se trouve Valenciennes^, grande place avec une enceinte en assez bon état, située sur la rive droite de l'Escaut au point où la Rhonelle vient y aboutir. Sur la rive gauche, la citadelle étend son action jusqu'au débouché des forêts de Vicoigne et de Raîsmes; toutefois de ce côté il serait bon d'occuper au moment d'une guerre la hav^ leur de V Espérance, près d'Ànzin. C'est dans l'angle entre l'Escaut et la Rhonelle, au sud de Valenciennes, que se trouvait en 1792 le camp de Famars,
1, Consulter la carte 16.