CHAPITBE III. — DÉFENSE DE LA FRONTIÈRE DU NORD. KH
Sambre au sud de la forêt de Mormal et se trouve dominée par les hauteurs do la rive gauche; elle possède une tête de pont sur celte rive. Jadis elle était renforcée par le voisinage du Quesnoy et d' Avesnes ; elle barrait la route la plus directe donnant entrée dans la vallée de TOise, aussi fut-elle attaquée pendant les guerres de de la Succession d'Espagne et de la Révolution, Tennemi cherchant a pénétrer par le secteur situé entre la Sambre et TEscaut; les deux fois, cette petite place, par sa résistance, donna le temps à DOS armées de se réorganiser et fit échouer les tentatives d'invasion de l'ennemi.
Aujourd'hui, Landrecies forme, en arrière de Maubcuge un second point d'arrêt sur la grande ligne à deux voies de Cologne à Paris; de plus elle couwirait le flanc droit de nos concentrations entre la Sambre et l'Escaut; aussi la conserve-t-on et va-t-on développer ses abris.
Sur la rive droite de la Sambre, le pays de la Thiérache est boisé et assez difficile, on y rencontre de nombreuses positions d'avant-postes ; le fort qu'on va construire au point de bifurcation d'Hirson et la petite place de Rocroy seront les soutiens des partisans qui surveilleront cette région, et couvriront le flanc droit de notre position centrale.
Front de la position entre la Sambre et l'CSscant* — Le
Qnesnoy. — Le front de la position où doit se concentrer notre armée a une longueur de 30 kilomètres entre la Sambre et l'Escaut, il se prolonge de 11 kilomètres à l'ouest de Condé à Mortagne. Il est couvert sur une étendue de 10 kilomètres par la forêt de Uormal^ dont le sol est humide, maréca- {(eux et impraticable ; puis par la Rhonelle entre cette forêt et Valenciennes ; et enfin par le cours même de VEscaut en arrière duquel se trouve la forêt deRaismes.
La ligne de défense de la forêt de Hormal peut être formée à la lisière extérieure de la forêt, elle se joint presque aux forts de Maubeuge. En avant de la forêt il faudrait occuper Bavay, qui serait le centre de nos avantpostes; cette petite ville, ancienne capitale de la Gaule-Belgique, sous Auguste, est un nœud de nombreuses routes qui sont presque toutes d'anciennes voies romaines. La ligne de la Rhonelle s'appuie à la petite place du Quesnoy, qui a été déclassée en 1867, mais qu'on va reclasser. Son enceinte est encore en bon état et n'a besoin que de quelques réparations; elle ne renferme que 1,500 habitants et peut par suite être considérée comme un fort purement militaire et très apte à résister à un bombardement. Cette place, couverte par quelques étangs sur le plateau entre la Rhonelle et l'Écaillon, relie Landrecies et la forêt de Mormal à Valenciennes ; elle se trouve sur la voie ferrée de Valenciennes à Berlaumont au point où elle sera croisée par une ligne en construction venant de Belgique et se prolongeant vers
lOS LIVRE II. - LA FRANCE. — FRONTIÈRES DE TERRE.
Solesmes ei Cambrai; la partie enlrc lo Quosnoy, Solesines et Cambrai e^l déjà exploitée.
L'intervalle de 13 kilomètres qui sépare le Quesnoy de Valencienno>, sora défondu par le fort de Curgies et par les ouvrages (TOnnaing, de Rombies et de la ferme Notre-Dame^ qu'on doit construire, comme nous Tavons dit, pour protéger Valenciennes contre les attaques dangereuses, celles fin nord-est.
En 1793, une ligne de défense a été créée au milieu de la forêt de Morinal entre le Quesnoy, Locquignol et Sassegnies au moyen d'une coupure et d'un profond abatis ; cette ligne était plus courte que la précédente, mais olli» voyait moins bien le terrain en avant. Elle pouvait être avantageuse à cotto époque où les forts de Maubcugo n'étaient pas construits et n'appuyaiont pas la droite do la ligne extérieure, qui alors formait une pointe.
En arriére de cette première ligne de défense, il existe encore de bonnes positions le long de VÈcaillon et de la Selle; en sorte qu'en se cramponnant A tous les obstacles du terrain et en profitant do toutes les difficultés dîi pays, l'armée défensive, bien appuyée par de nombreuses places forlf^s, pourrait arrêter longtemps l'assaillant.
La région entre la Sambre et l'Escaut que suivent les routes les plus directes et les plus militaires vers Paris, était toute désignée pour être le point d'attaque de l'ennemi voulant aborder notre frontière du nord, surtout alors que nous possédions Philippeville et Marienbourg, et que, n'étant i>as mieux fortifiée que les autres, elle était considérée comme un }K)int faibU'. Elle fut, en effet, au siècle dernier, le théâtre d'opérations assez compliquées ((u'il n'est pas inutile de rappeler.
R61e des places de la frontière du nord dans la i^erre de la Saeoession dHBspai^e *• — Pour donner une idée de la faron méthodique dont on faisait la guerre au commencement du siècle passt», à cette époque où le siège d'une place remplissait souvent une campagne o\ où les routes nombreuses et bien entretenues ne facilitaient pas comme rih jourd'hui les mouvements des grandes armées, il nous suffira de rappeler en peu de mots les principaux faits de la guerre de la Succession.
Après diverses alternatives de succès et de revers, la défaite d'HocIiî^taedt en 1704 nous forçait à repasser le Rhin et, deux années après, celle de Turin nous contraignait d'évacuer l'Italie; la guerre se trouvait donc reportée à nos frontières. Déjà en 1705, l'ennemi avait essayé d'abonler la frontière entre la Moselle et le Rhin, mais le maréchal de Villars, appuyé au camp de Sierck, avait déjoué toutes les tentatives de Marlborough. Les coalisés reportèrent alors le gros de leurs forces en Flandre et c)ierchèrt>nt à entamer la frontière qui venait d'être organisée ppr Vanban.
L Consulter la carte 10.
GflAPlTRE III. — DÉFENSE DE LA FRONTIÈRE DU NORD. 109
En 1706, après la bataille de Ramillies, Marlborough vint assiéger Menin et s^empara de cette ville qui lui livra le cours de la Lys.
Pendant deux années, nos armées tinrent la campagne en restant sur la défensive; puis, en 1708, après Oudenarde, les alliés s'emparèrent de Lille, malgré Théroïque résistance du maréchal de BoufTIers, mais la saison était perdue et rarraée ne put être atteinte. Il faut remarquer qu'alors les ennemis De possédaient ni Ypres ni Tournay, mais ils avaient Ostende; par suite, le caiial de Bruges et la navigation de la Lys leur permettaient de faire venir le matériel de siège et les approvisionnements jusque sous les murs de la Mlle assiégée.
En 1709, ils prirent Tournay, cherchant toujours à pénétrer entre la Lys et l'Escaut; mais, rebutés par les nombreux obstacles qu'ils devaient encore rencontrer, les généraux de la coalition se décidèrent à tâter un autre \mni et vinrent mettre le siège devant Mons, qui tomba à la suite de la bataille de Malplaquel où nous échouâmes dans la tentative de faire lever le siège. Toutefois l'armée défensive occupant la position entre l'Escaut et la Sambrc couvrait encore toutes les routes menacées.
Dans l'année 1710, les coaUsés revinrent au plan primitif et s'emparèrent successivement de nos places de la Scarpe et de la Lys. Une guerre de positions aussi habile que savante sut utihser les points fortifiés, forcer l'ennemi à les attaquer et user ainsi ses forces. Douai succomba après l'affaire (le Pont-à-Vendin, mais le camp de César ne put être enlevé. C'est alors qu'on tendit les grandes inondations et le pays fut mis sous l'eau pendant quatre ans depuis l'Escaut jusqu'à la mer. L'ennemi se rejeta dans la Flandre, où les Anglais et les Hollandais voulaient faire des conquêtes, mais, malgré la perle de Béthune, d'Aire et de Saint- Venant, l'armée défensive ne put être forcée dans ses positions derrière la ligne des eaux, ni derrière celle (le la Canche et de la Scarpe, qui avait été organisée, Ypres, Saint-Omer et les places maritimes se trouvaient alors isolés du reste du royaume.
L'année suivante on revint au Hainaut, Bouchain fut pris à son tour, le camps de César dut être évacué, mais le camp de Famars résista; le prince Eugène, hésitant toujours à s'engager dans l'intérieur du royaume en laisî^ant encore tant de places en notre pouvoir derrière lui, craignant de plus fie rencontrer une forte résistance sur la Somme, reprit alors le projet d'invasion par la vallée de l'Oise et attaqua notre position entre l'Escaut et la Sambre. En 1712, il s'empara du Quesnoy; puis, après que les Anglais se fussent détachés de la coalition, voulant frapper un grand coup et marcher sur Paris, il vint assiéger Landrecies. Comme il n'était maître ni de Condé m de Valenciennes , comme Maubeuge, Charleroi, Namur nous appartenaient encore, ses approvisionnements ne pouvaient lui arriver de Tournay que par la Scarpe; il avait donc réuni de grands magasins à Marchiennes. L'armée de siège ne communi([!iaitavec cette base que par une double ligne
fortifiée traversant TEscaut à Denain. Villars, trompant l'ennemi par quelques démonstrations du côté de la Sambre, passa avec le gros de ses troupes sur la rive gauche de TEscaut, enleva les retranchements de Denain en deux heures et coupa ainsi Tennemi de sa base. Marchiennes tomba en notre pouvoir avec les immenses ressources qui y étaient accumulées. Les Impériaux, affaiblis de moitié, durent lever le siège de Landrecies; le Quesnoy, Douai et Bouchain furent repris immédiatement et bientôt la paix d*Utrecht fut signée.
Ainsi donc, après six ans de luttes acharnées, après trois grandes \nctoires, les Impériaux n'avaient pu qu'ébrécher la frontière de Vauban ; les places dans ce cas arrêtèrent donc l'ennemi, le firent hésiter sur le point d'attaque et lui firent commettre des fautes qui sauvèrent la France.
R61e des places dans les guerre» de la Révolution. — Campansues de 1793 et 1794*. — Près d'un siècle plus tard, en 1793 et en 1794, ces places jouèrent encore le même rôle.
Au début des guerres de la Révolution, elles nous permirent d'improviser sous leurs canons des abris passagers contre les mortels effets de l'indiscipline et d'attendre ainsi le jour où nous eûmes des armées capables de tenir la campagne; mais l'éparpillement de ces trop nombreux camps nous fit commettre bien des fautes, et ces fautes auraient pu nous coûter cher, si elles n'eussent été contagieuses et répétées sous toutes les formes par l'ennemi encore imbu d'un respect excessif pour nos places fortes.
Au commencement de 1793, Dumouriez venait de perdre la Belgique à Neerwinden et la coalition, devenue européenne après l'exécution de Louis XVI, portait ses forces contre notre frontière du nord. Des deux cotés, on forma une chaîne de camps entre la Moselle et la mer; les Impériaux bloquèrent Condé et placèrent le gros de leurs forces entre Onnaing el Rombies, au nord-est de Valenciennes. L'échec de Dampierre, arrêté par Clairfayt à Raismes en voulant débloquer Condé, nous décida à nous tenir sur la défensive ; le gros de nos troupes occupa le camp de Famars sous Valenciennes et la position défensive entre la Sambre et l'Escaut; c'est alors qu'on fit dans la forêt de Moi*mal la coupure dont nous avons parlé, pour y créer une ligne de défense.
Le 23 mai, quinze jours après l'affaire de Raismes, le camp de Famars fut attaqué, les divisions qui l'occupaient se replièrent sur le camp de César et le siège de Valenciennes commença. Condé succomba à la famine; Valenciennes subit six semaines de bombardement {13 juin au 28 juillet), fit Une résistance héroïque, mais ne put être sauvée par les tentatives décousues qu'on fit pour la secourir. Cette énergique défense donna à la France