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CHAPltRÈ III. ^ DÉFENSE BÈ LA Ï^ROKTIÈRE BU NORD. lU

le temps d'organiser ses forces; toutefois Tarmée dut abandonner le camp de César pour reculer jusqu'au camp d'Arleux.

Les alliés, maîtres de ces places, au lieu de marcher en une seule masse sur Paris, divisèrent leurs forces : au centre, Cobourg, avce une centaine de mille hommes, dut continuer le siège des places avant de pénétrer plus avant, pendant qu'à droite les Anglais, sous le duc d'York, allaient chercher à s'emparer de Dunkerque, qui a toujours excité Teavie de nos voisins d'outre-Manche, et qu'à gauche Tarmée qui avait repris Mayence, se disposait à entrer en Alsace.

Au centre, Cobourg s'empara du Quesnoy (11 septembre), malgré les efforts des garnisons de Cambrai, de Landrecies, de Maubeugo, pour faire lever le siège ; puis il vint assiéger Maubeuge, bloquant en même temps les deux divisions campées sous les murs de la ville, qui ne ser\ iront qu'à épuiser les vivres. Heureusement les diversions tentées par l'ennemi sur les ailes ne réussirent pas : Hoche, vainqueur à Wissembourg, débloqua Landau, et Houchard déhvra Dunkerque par la victoire de Hondschoote, dont il ne sut pas tirer parti pour anéantir l'armée anglaise; battu à Courtrai, il alla, comme tant d'autres, porter sa tête sur l'échafaud. Jourdan, qui lui succéda dans le commandement en chef de l'armée, fut- chargé de débloquer Maubeuge, après avoir réorganisé et concentré l'armée ; parti du camp de Guise, il vint prendre appui sur la ligne de la Grande-Helpe et sur la place d'Avesnes, ayant son flanc gauche à Landrecies et à la Sambre, et son flanc droit à la forêt de Trélon. S'avançant sur la route de Maubeuge, il battit les Autrichiens à Wattignies, dans les journées du 15 et 16 octobre, et débloqua la place. L'hiver suspendit les hostihtés sur toute la frontière du nord, et le quartier général français fut établi à Guise, au centre de nos positions qui couvraient la route de l'Oise.

Au printemps de 1794, le prince de Cobourg, qui avait concentré ses troupes vers Mons, semblait, à la tête de forces si imposantes, devoir faire une trouée jusqu'au centre de la France ; mais il se contenta d'assiéger Landrecies, reprenant ainsi les projets et les erreurs du prince Eugène. Plusieurs attaques décousues, faites par des divisions isolées sur les lignes ennemies dans le but de faire lever le siège, furent repoussées, et la ville capitula après six jours de bombardement; toutefois, prenant appui sur la forêt du Nouvion, nous pûmes conserver la route directe de Maubeuge à Avesnes et à Guise, qui mettait en communication les deux ailes de notre armée, et nous barrâmes encore les routes de la vallée de l'Oise.

Carnot, ne pouvant débusquer l'ennemi de front, se décida à manœuvrer l*ar les ailes. Pichegru, à la tête de l'armée du Nord, eut ordre d'envahir la Flandre-Maritime, et l'armée des Ardennes, franchissant la Sambre, dut se porter sur Mons et sur Namur, de manière à menacer les communications

(le renncmi. Plusieurs victoires de Pichegru forcèrent en effet Cobourg à se reporter en arrière vers Tournay. Sur la Sambre, l'armée des Ardennes eut d'abord à subir trois échecs en voulant franchir la rivière; Jourdan se porta à son secours avec Tarmée de la Moselle, et ces deux armées réunies formèrent l'armée de Sambre-et-Meuse, qui se fit une si glorieuse réputation dans notre histoire miUtaire. Elle échoua d'abord dans une quatrième tentative de passage; mais enfin, un cinquième efi^ort fut couronné de succès et fut suivi de la capitulation de Charleroi , au moment même où Cobourg arrivait avec toutes ses forces au secours de cette ville. La victoire de Fleurus eut pour conséquence la conquête de la Belgique, etTarmée de Sambreet-Meuse se réunit à Bruxelles à l'armée du Nord. Les quatre places que l'ennemi nous avait enlevées : Condé, Valenciennes, Le Quesnoy et Landrecies furent bientôt reprises. A l'automne, Jourdan, ne commettant pas, comme Dumouriez, la faute de laisser à l'ennemi le temps de se réorganiser, nous assura la possession de la Belgique, en battant l'armée autrichrenne sur la Roër et en la rejetant au delà du Rhin. Pendant l'hiver, Pichegru conquit la Hollande.

Comme on le voit, il y a beaucoup d'analogie entre les attaques et les fautes des ennemis à cette époque et les événements de la guerre de la Succession. Dans les deux cas la lutte vint se dénouer sur la position entre la Sambre et l'Escaut.

R61e des places en 1814. — En 1814, la coalition, sans se soucier de toutes nos forteresses, se contentait de les masquer et pénétrait droit au cœur de la France ; il est vrai que les circonstances étaient bien changées et que nos places du nord, ne se trouvant plus sur la limite de notre territoire, n'avaient été ni réparées, ni armées, ni approvisionnées; aussi, gi'âce à cette imprévoyance inconcevable, l'ennemi n'avait-il plus les mômes craintes de les laisser sur ses derrières. Toutefois il faut constater que l'ensemble de nos places, tant de l'est que du nord, lui en imposa encore et le força à attendre quarante jours pour savoir comment il passerait au milieu de ce réseau si serré et comment il assurerait ses lignes d'opérations. Ces quarante jours donnèrent le temps à l'empereur de se créer une nouvelle armée. Sur la frontière du nord en particulier, le général Maison sut tirer parti des places et, avec des forces à peine capables de les garder toutes, parvint à tenir en échec des corps d'armée bien plus nombreux que la totaHté de ses troupes.

i^ SECTEUR : de la Sambre A la Mease ^ — Le quatrième secteur est compris entre la Sambre et la Meuse. Sur la Sambre se trouvent 1. Consulter la carte 18.

CHAl»ItR£ III. — DÉFENSE DE LA FRONTIÈRE Dt NOftD. 113

les deux places dont nous avons déjà parlé, Hanbenge et Landrecies; sur la Meuse, Givet, Hésiôres et Verdun ; dans Tintervalle, Eirson et Rocroy. Atesnes et Sedan sont aujourd'hui déclassés; nous avons perdu en 1815 PhilippevilU et Marienbourg avec la plus grande partie de la foret des Ârdennes, en sorte que le territoire belge fait une saillie très grande sur le nôtre, ce rjui nous éloigne de la basse Sambre et empêche toute communication directe entre Maubeuge et Givet.

En nous enlevant ces places, créées par Louis XIV pour couvrir Tespace entre la Sambre et la Meuse, l'état major prussien avait pour but de réduire à néant la frontière de Vauban et de découvrir la vallée de TOise, qui estle plus court chemin vers Paris; mais les conditions nouvelles de la guerre, les chemins de fer, les canons rayés, ont en cela déjoué les calculs de la Sainte-Alliance, en même temps que ces inventions nouvelles rendaient inutiles les beaux travaux de Vauban ou du moins exigeaient qu'ils fussent tout à fait transformés. Aujourd'hui, l'armée occupant la position entre la Sambre et l'Escaut couvrira la route de Chimay, et, par suite, rendra moins sensible la perte de Philippeville et de Marienbourg.

Les routes qui traversent la frontière entre la Sambre et la Meuse partent de Charleroi et de Namur; l'une conduit à Maubeuge par Beaumont; l'autre |)énètre en France par Chimay, Trélon et Avesnes; une troisième, par Rocroy, se dirige directement sur Reims ; puis enfin deux routes venant de Philippeville et de Dinant se réunissent à Givet, pour suivre ensuite la Meuse jusqu'à Fumay et se confondre avec la route précédente à Rocroy. Toutes ces routes traversent un pays peu productif qui n'offrirait aucune ressource à Tannée envahissante.

Une voie ferrée remonte la Sambre et conduit de Namur à Tergnier sur rOise, une autre remonte la Meuse et conduit par Givet, Mézières et Rethel à Reims; ces deux voies sont réunies par trois autres sur le territoire belge; dans l'intervalle, une autre voie pénètre en France par Chimay et Anor, où elle se réunit aux lignes venant de Jeumont et d'Aulnoy, et se dirige sur Paris par Hirson, Laon et Soissons. Enfin une ligne réunit Hirson et Mézières.

Au centre de la saillie formée par le territoire belge entre la Sambre et la Meuse, Anor et Hirson^ deux positions militaires remarquables, sont des nœuds de chemins de fer, ce qui n'a fait qu'augmenter leur importance reconnue depuis longtemps. Après 1815, la Commission de défense et le Comité du génie ont proposé de fortifier Eirson, pour compenser la perte de Philippeville et de Marienbourg et pour rendre à celte partie de la frontière la force qu'elle avait perdue; ce projet n'a pas été suivi d'exécution, mais aijgourd'hui on a fait de nouvelles études sur cette position et on y construit un fort d'arrêt.

Géographie. — V» partie. 8

lii^ne de la Grande Helpe. — La Tkiéraohe *• — Ce secteur n'est plus protégé, comme les précédents, par des inondations ou par des marécages. Pourtant on rencontre encore quelques lignes de défense formées par les petites rivières encaissées qui viennent se jeter dans la Sambre. La meilleure est celle de la Grande Eelpe, qui est bordée de coteaux et qui 8*appuie, à gauche, à la forêt de Mormal^ et, à droite, aux forits de la Thiérache; au delà, les bois se continuent tout le long de la frontière avec de rares interruptions. Cette ligne de la Grande Helpe n'est accessible de front que sur les quatre ou cinq points où se trouvent des ponts, mais elle peut être tournée par la droite, si Fennemi pénètre par Chimay et si lea trouées d'Ohain et d'Anor ne sont pas défendues. Au centre, la place d'Avesnes gardait la principale route et était destinée à favoriser les manœuvres de l'armée défensive ; mais elle était dominée de toutes parts et a été déclassée en 1867.

En arrière, l'obstacle de la Petite Helpe est encore moins bon et moins fort que le précédent ; l'ennemi l'évite aussi en passant par Chimay.

Aujourd'hui la principale défense de ce secteur sera la grande place de Haubenge qui en gardera la partie occidentale jusqu'aux forêts de Trélon et de la Thiérache. Tout le pays est éminemment propre à la guerre de partisans, si ceux-ci trouvent entre Landrecies et Mézières des soutiens fortifiés. C'est ce rôle qu'auront à remplir Eirson et Rocroy. ^Toute la droite de cette région est bien plus difficilement abordable que les diverses parties delà frontière que nous avons étudiées jusqu'à présent. Là commencent en effet les immenses forêts des Ardennes qui limitent à Test le théâtre d'opérations de la Belgique et le séparent du théâtre d'opérations de la Moselle et de la rive gauche du Rhin. Ces forêts laissent entre elles quelques éclaircies, où on a tracé les routes qui donnent accès sur notre territoire.

Rooroy *• — Nous avons déjà signalé Timportance des positions d*OAaîn, au sud de la forêt de Trélon , et &Anof auprès des sources de l'Oise , au nord de la forêt royale de Saint-Michel ; elles forment des défilés faciles a défendre» A l'est de la forêt de Signy, se trouve un plateau marécageux où est située la place forte de Rocroy qui garde les grandes routes de Char* leroi ou de Namurà Reims et le principal défilé de la Thiérache; ce plateau dénudé, à pente à peine sensible , forme une éclaircie de 10 kilomètres de large; il est bordé au sud par des bois et on ne peut l'aborder de ce côté que par la grande route qui passe au milieu des forêts ou par le défilé de Maubcrt'Fontaine et d'ÉlaignièreSj en sorte qu'une armée qui assiège la place n'a qu'à garder ces deux seules éclaircies pour empêcher toute armée de

1. Consulter les caries 15 el 18. | S. Consulter la carie 18.

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