CHAPITRE III. ~ DÉFENSE DE LA FRONTIÈRE DU NORD. IH
A l'est de la Meuse, la frontière est d'abord tracée au milieu des forùts des Ardennes où on ne rencontre qu'une seule grande route, celle de Bouillon à Sedan. Toutes les autres communications sont difllciles, le pays est stérile et par suite l'ennemi ne pourrait faire de ce côté que des opérations tout à fait secondaires. A partir de Montraédy , les forêts s'éclaircissent ; deux routes et deux voies ferrées venant d'Arlon et de Luxembourg se réunissent avant d'arriver en France à Longwy. Deux autres roules et un chemin de fer venant de Luxembourg pénètrent encore sur la partie du territoire de la Lorraine, qui appartient maintenant à TAllemagne, à l'ouest de la Moselle. Le chemin de fer de Luxembourg et d'Arlon a Longwy atteint à Longuyon la ligne des Ardennes, qui est parallèle à la frontière ; de là il se prolonge jusqu'à Conflans, où il rejoint la ligne de Metz, Verdun, Châlons. Un autre chemin de fer est en construction entre la ligne belge d'Arlon à la Marche et la station de Montmédy sur la hgne des Ardennes.
Les places qui défendent cette partie de la frontière sont : celle de Héziéres, sur la Meuse, dont nous avons déjà parlé et qui sera bientôt, remplacée par le fort d^Ayvelles; celle de Verdun, située plus au sud sur le même cours d'eau; celles de Hontmédy et de Longwy sur le Chiers. Les places de la Moselle, Thionville et Metz^ qui nous appartenaient avant 1870, avaient de Tinfluence sur la défense de ce secteur, qui a bien plus à craindre les attaques venant de l'est que celles venant du nord. Autrefois Donchery, Sedan^ MouzoTij Stetuiy, Saint-Mihiel sur la Meuse, Carignan et Rodemach entre la Meuse et la Moselle, Sierck sur la Moselle, étaient munis d'enceintes et formaient des postes plus ou moins importants, mais ces places sont abandonnées et délaissées depuis plus ou moins longtemps.
Le Chiers, Montmédy et liOnf^Diry. — Les principaux obstacles qu'auraient à surmonter des corps isolés abordant de front cette frontière, sont d'abord les épaisses forêts des Ardennes, puis, au débouché de ces bois, la ligne continue formée par la Meuse, de Mézières à Sedan, et au delà par le cours du Chiers jusqu'à Longwy. Cette ligne qui n'a que peu de valeur, surtout au delà de Montmédy oii le Chiers peut être traversé à gué presque partout, est soutenue par Mézières, par la petite place de Hontmédy et enfin par Longwy. L'aspérité du sol, les profonds ravins qui le coupent, les bouquets de bois qui forment le prolongement des forêts des Ardennes, rendent encore la droite de cette ligne facile à défendre ; pourtant elle était Jadis considérée comme un point faible, ce qui la fit choisir comme point d'attaque en 1792.
Longwy est bien situé, au haut d'un plateau qui domine la vallée du Chiers de 114 mètres; cette place barre la voie ferrée venant de Luxembourg et commande les principales routes qui donnent entrée en France et arrivent
Bur la Meuse à Stenay ou à Verdun ; malheureusement elle n*est pas à hau-i leur dos progrès récents de Tartillerie et sa proximité de la frontière empêche qu'on n'étende ses défenses et qu'on n'en fasse une grande place aussi utile pour l'offensive que pour la défensive. Le front d'attaque au nord-ouest est muni de cavaliers et de galeries de mines, mais il est dominé par dos hauteurs qui le prennent d'écharpe et de revers ; c'est de ces hauteurs que les Prussiens ont bombardé la ville en 1870. Au sud de Longwy, entre les sources du Ghiers et de l'Alzette, se trouve la trouée de Tiercelet^ où passe une route venant de Luxembourg; les bords des plateaux au sud et au nord du village de Tiercelet peuvent être, faute de mieux, pris comme positions défensives.
Hontmédy se compose de deux parties : Médy-hauty bien fortifié sur un rocher qui domine la vallée de 67 mètres, et Médy-bas, qui n'avait qu*un simple mur d'enceinte, aujourd'hui déclassé ; cette place couvre les communications le long du Ghiers et barre la voie ferrée des Ardennes d'autant mieux que sous son canon se trouve un tunnel qu'on peut détruire, quand la résistance est à bout. G'est à Montmédy que vient s'embrancher sur la ligne des Ardennes la nouvelle voie ferrée venant de Belgique par Virton.
L'ennemi qui pénètre en France par Luxembourg et Longwy, après avoir triomphé des premiers obstacles dont nous venons de parler, vient se heurter aux lignes de défense dirigées du nord au sud et opposées à ime invasion venant de l'est, ce sont les hauteurs de la rive droite de laMeuse^ la place de Verdun, dont nous nous occuperons en traitant de la défense de la frontière de l'est, YArgonne et les hauteurs qui terminent le plateau de la Brie en arrière de la Ghampagne pouilleuse. Ge sont ces obstacles successifs que devait vaincre l'armée prussienne dans la campagne de 1792, où les places n'eurent ni le beau rôle, ni l'importance qu'on leur attribuait généralement à cette époque.
Campan^ne de §.lf9ft» — Quelques coups de canon avaient suffi pour faire tomber les remparts de Longwy et de Verdun, et 100,000 Prussiens marchaient directement sur Paris après avoir tourné Metz; mais le défaut d'entente entre les coalisés, les hésitations du duc de Brunswick, retardèrent la marche de l'armée ennemie et donnèrent le temps à Dumouriez, qui était sur la frontière belge, de se porter dans l'Argonne, de faire occuper les principaux défilés et de placer aux Islettes 3,000 hommes, qui y arrêtèrent 45,000 Prussiens. Gependant le défilé de la Groix-aux-Bois fut forcé et l'armée défensive se trouva coupée de Paris et exposée à être enveloppée. De nouvelles incertitudes des généraux ennemis permirent à Kellermann, qui était sur la Moselle, de venir rejoindre Dumouriez, et à ces deux généraux de concentrer leurs forces à Sainte-Menehould. La canonnade de Valmy