CHAPITRE IV. — FRONTIÈRE DU HORD-EST OU D'ALLEMAGNE. 14o
la Lorraine. Cette ancienne province qui a conservé si longtemps son in- (iépendance et qui n'a été réunie à la France qu'en 1766 à la mort de Stanislas, est parfaitement délimitée par des obstacles naturels : au nord par le Hûnsrùck el l'Ardenne, à l'est par les Vosges, au sud par la dépression de la vallée de la Saône et à l'ouest par les crêtes jurassiques comprises entre la Moselle et l'Argonne. Metz^ Toul et Verdun, les trois évichés, couronnent ces crêtes jurassiques et maîtrisaient les communications de la Lorraine avec la France ; c'étaient les trois clefs de cette province et c'est à juste litre qu'on les a appelées « trois clous fichés dans cette terre. » Ces places et leurs territoires furent conquis et réunis à la France sous le règne 'le Henri II, en 1552.
Le plateau de la Lorraine est assez accidenté par les collines qui forment les terminaisons des diverses couches du trias, du calcaire à gryphée arquée et de l'étage oolitique inférieur; mais ces collines ne forment pas des lignes continues de hauteurs. Des mamelons isolés émergent de distance en dislance et dominent la plaine do 100 à 150 mètres, ce sont autant d'observatoires naturels. Le plateau est divisé en deux parties par la dépression où passe le canal de la Marne au Rhin : 1^ au nord, le plateau de la Lorraine-Nord est un pays bien peuplé, bien cultivé, quoique semé de nombreux étangs ; 2** au sud, la Haute-Lorraine est un pays plus rude, couvert encore de grandes forêts et où les positions défensives sont nombreuses.
Au centre du plateau de la Lorraine-Nord, l'importante position de Barondlk, située aux sources de la Nied, de la Seille et de TÂlbe, commande le nœud des routes de Sarreguemines, de Saint-Avold, de Metz, de Château- Salins et de Dieuze. Plusieurs voies ferrées nouvellement construites par les Prussiens se croisent au sud-est de Baronville, au pied de la hauteur de Bénestroff.
Les principales lignes de défense do la Lorraine-Nord sont : 1® au nord, la ligne de hauteurs que longe la Sarre de Sarreguemines à Merzig ; 2° au centre les berges des deux Nied et la ligne de la Seille; 3*^ à l'ouest la ligne de la Moselle.
Dans la Haute-Lorraine, le pays est très facile à disputer; les lignes de fiéfense formées parla Meurthe et la Moselle s'appuient d'un côté aux Hautes- Vosges et de l'autre à la grande position de la forêt de Haye.
La Lorraine-Nord appartient maintenant en prrandc partie à l'Allemagne qui la désigne sous le nom de Lorraine allemande, cependant Metz est une ville essentiellement française; la limite des langues allemande et française n'est pas toujours très nette, elle traverse la Lorraine-Nord, part du Luxeml)ourg, passe à peu près par Thionville, Boulay, Faulquemont, Sarrebourg et allf int la crête des Vosges au sud de Saverne. Sur le versant oriental des Géographie, — l"**» partie. 10
HaulesA'osges, on parle français dans presque toutes les hautes vallées, en particulier à Schirmeck et à Sainte-Marie^aux-Mines.
HYDROGRAPHIE
Les cours d'eau qui ari'osent le pays dont nous venons d'étudier le relief, sont le Rhin et ses affluents de gauche de Baie à Cologne; le principal de ces affluents est la Moselle qui traverse la Lorraine et la Prusse Rhénane. Nons allons décrire le cours de ces rivières et leurs vallées.
lue Rhin. — Le Rhin prend ses sources dans les Alpes Lépontieniios, en Suisse, au Saint-Gothard et au Sjilûgen^ il a une direction générale du sud au nord jusqu'au lac de ConstancCy qu'il traverse. Il se heurte alors aux crêtes jurassiques, ce qui explique la formation du Boden-Sée et le coude qu'il forme entre Constance et Baie; la chute du Hhin à Schaffouse, ouplulôl à Laufen, est produite par une de ces harres que le fleuve n'a pas entièrement nivelée. Il longe ensuite les derniers contreforts du massif de la Forêt- Noire et a, jusqu'à Bâle, un cours sinueux et rapide dont la direction générale est de l'est à l'ouest. 11 arrose, dans cette partie, les villes de Waldshùt, Lauffenbotirg, Siickingen, Rheinfeld, qui sont connues sous le nom de viltrs forestières. Elles avaient jadis une très grande importance militaire, parce qu'elles fournissaient à cehii qui les possédait des points de passage sur k Rhin ; elles permettaient à l'assaillant de pénétrer directement en Framr par BAle et la trouée de Belfort sans avoir à franchir le Hhin dans une parlie de son cours (jui pouvait être défendue, car nous possédions alors TAlsace; d'autre part, les routes qui partent de ces villes nous donnaient rentrée la plus commode dans le bassin du Danube, en tournant les défilés de la Forêt-Noire. C'est par ces routes que Moreau, en 1800, pénétra en Allemagne. C'est aussi sur ces points que les alUés, en 1814, franchirent le Rhin pour pénétrer en France, en violant la neutralité de la Suisse. Elles ont appartenu à l'Autriche jusqu'au traité de Lunéville, qui les donna à la Franco; celle-ci les remit à la Suisse.
A Bâle, le Rhin reprend sa direction du sud au nord et divise en deux parties inégales la plaine qui s'étend entre les Vosges et les montagnes de la Forêt-Noire. La plaine de l'Alsace est plus large, plus riche, plus fertile. j)lu8 peuplée que celle de l'autre rive, car, sur la rive droite, les montagnes de la Forêt-Noire envoient des rameaux ou détachent des massifs isolés jusque près du fleuve. Sur les deux rives, on trouve de vastes étendues couvertes de sables et de cailloux apportés à l'époque glaciaire ; ces
!• CousuKcr les caries 10 et 21.
CHAPITRÉ IV. - f^RONTIÉRE DU KORB-ÊSt OU D'ALLEMAGNE. Ul
parties de la plaine sont incultes, mais on y a conservé et aménagé des forêts : telles sont la forit assez maigre de la Harth dans le Sundgau^ la belle forêt de Haguenau dans la Basse-Alsace, le Bienwald dans la Bavière Rhénane. Les terres d'alluvions apportées par le Rhin et l'Ill sont au contraire très fertiles et parfaitement cultivées. Dans toute cette partie, le Rhin était jusqu'à ces derniers temps rcmj)li de hauts-fonds et d'îles nombreuses, aujniird'hui grâce à de grands travaux, son cours a été rectifié et son lit a été ramené à une largeur uniforme de 250 à 300 mètres; les anciennes îles ont été rattachées à la terre ferme, ou n'en sont plus séparées que par des bras morts. Les digues destinées à protéger la plaine contre les inondations sont -ouvent séparées par une distance très considérable. L'intervalle d'une digue à celle de l'autre rive atteint deux kilomètres à hauteur de Strasbourg.
Après avoir traversé cette riche plaine de terrains modernes, le Rhin, vers Mayence, est rejeté à l'ouest par le chaînon perpendiculaire du Taunus ; à {«rtir de Bingen à l'embouchure de la Nahe, le fleuve reprenant la direction du nord-ouest, a creusé son lit dans une fissure du terrain de transition, puis, à Bonn, il retrouve le pays plat et le terrain moderne. Ses eaux lentes se répandent dans les terrains bas de la Hollande et viennent se jeter dans la mer du Nord par plusieurs bras : l*Yssel, le Vieux-Rhin, le Lech, le Waal qui se confond avec la Meuse.
Les points favorables au passage des armées ne sont pas rares en Alsace, dans le Grand-Duché de Bade et dans la Hesse, où le lit est semé d'îles nombreuses, souvent boisées, et où les rives sont plates et j)arlont abordables; la seule difficulté provenait des marécages, des fondrières qui avoisinaient les rives et du grand nombre de bras que formait le fleuve ; mais les digues qu'on construit depuis un siècle ont fait disparaître en grande partie les loiîgs méandres qu'il décrivait et ont transformé en prairies les marécages des anciens lits.
A partir de Mayence, les points de passage deviennent très rares; le fleuve psi rapide, profond, et ses rives sont souvent escarpées. En 1815, Blûcher franchit le Rhin à Kaub, entre Bingen et Coblenz; en 1792, l'armée prus- Menne l'avait ])assé un peu plus haut, à Bacharach; mais, en ces endroits, le lit du fleuve est resserré et les abords en sont difliciles; l'opération du jiassage de la rive droite à la rive gauche ayant réussi, l'armée doit encore franchir le long défilé de Stromberg avant de déboucher à Rfieinbœllerif sur le plateau du Hùnsrùck. Au nord de Coblenz, se trouve, sur la rive gauche, une plaine ouverte jusqu'à Andernach au débouché de la Mayenfeld; la rive droite est d'abord resserrée par les montagnes du Westerwald, mais elles s'éloignent à partir de Berndorfei permettent un débouché facile de la rive gauche à la rive droite, c'est celui de Neuwied, où Hoche passa le Rhin en 1797, et où déjà plusieurs divisions avaient passé dans les années pré-
Us LIVRÉ lï. — LÀ FRANCE. — FRONTIÈRES DE TERRÉ.
cédentes. A partir d'Andernach, les deux rives du fleuve sont de nouveau resserrées par de brusques escarpements. La largeur du Rhin est très variable, suivant les points :
250 mètres à Baie,
500 à 2,000 mètres entre l'Alsace et le Grand-Duché de Bade, en y comprenant les îles et les nombreuses dérivations que la rectiflcalion a supprimées en partie seulement,
250 à 300 mètres pour le bras principal en Alsace,
420 mètres à Mannheim,
600 — à Mayence,
850 — en aval de Mayence,
400 — à Neuwied,
500 — à Cologne,
420 — à Dusseldorf,
500 — à Wesel,
720 — à Emmerich, à son entrée en Hollande. La profondeur varie :
de 1 mètre à 4 mètres entre Baie et Strasbourg,
de 1,67 — à 8 — entre Strasbourg et Mayence,
de 2 — à 9,80 — entre Mayence et Cologne,
de 2,65 — à 10 — entre Cologne et Dusseldorf, puis elle est toujours supérieure à 3 mètres jusqu'à Emmerich.
Le courant est en moyenne de 1 à 2 mètres par seconde, mais il est bien plus fort dans les endroits les plus resserrés. Le fond est formé de gravier et de sable ; lorsqu'on a fait les sondages du pont de Kehl, on a trouvé du gravier jusqu'à 80 mètres de profondeur.
Les crues sont souvent fortes et rapides. Le Rhin charrie de gros glaçons chaque hiver et il s'y produit plusieurs débâcles pendant lesquelles on est forcé de replier tous les ponts de bateaux. Le passage en est alors dangereux et difficile; dans les guerres passées, et en particulier en 1814, les opérations des armées ont été plusieurs fois retardées par des débâcles du fleuve.
Les ponts permanents sur le Rhin étaient très rares jusqu'à ces dernier^ temps, et même il n'y avait aucun pont en pierre ou en fer au-dessous de Bâle. Depuis quelques années, la nécessité de relier les voies ferrées des deux rives a conduit à en créer plusieurs; il y a 19 ponts pour chemins de fer depuis le lac de Constance jusqu'à la frontière de Hollande, ce sont ceux de Constance, de Stein, un peu en aval de la ville, de Schaffouse, de Waldshût, de Baie en amont de la ville, d'Huningue entre Saint-Louis et Leopoldshoh^, de Neuenbourg^ de Vieux-Brisach^ de Kehl^ de Maxau^ de Germersheim, de Spire ^ de Jlannheiniy de Mayence^ de CobknZy de Cologne^ de Hamm près Dus-