CHAPITRE II. — SUISSE
fièrent la religion nouvelle et l'imposèrent à leurs vassaux, tandis que les montagnards des anciens cantons conservèrent la foi de leurs ancêtres.
L'instruction publique est très développée en Suisse, ce qui est forcé dans un pays où le peuple est appelé à se^gouverner lui- môme. L'enseignement primaire est obligatoire dans tous les cantons; il est gratuit dans les écoles publiques. Au-dessus des écoles primaires élémentaires, il y a des écoles primaires supérieures, puis un très grand nombre d'écoles agricoles, industrielles, normales et de gymnases; il existe une école fédérale polytechnique à Zurich, des universités cantonales à Bâle, Zurich et Berne, des académies à Genève et à Lausanne. La moyenne des recrues illettrées n'est que de 0,4 0/0 dans certains cantons, et de 3,5 0/0 en moyenne.
Formation terpitoriale de la Suisse. — Avant l'ère chrétienne, le territoire de la Suisse actuelle était habité par les Helvètes à l'ouest, et par les Rhètiens à l'est; les premiers furent soumis, non sans peine, par César et les seconds par Tibère et Drusus. La division du pays se maintint sous l'empire romain ; la partie occidentale fît partie de la Gaule et la partie orientale fut rattachée à l'Italie; la ligne de séparation passait par le Saint-Gothard, la vallée de la Reuss et gagnait le Rhin.
A la chute de l'empire, le pays fut envahi par les Allemands, les Burgondes et les Ostrogoths ; mais il fut bientôt conquis tout entier par les Francs.
Lors du partage de l'empire de Charlemagne en 888, l'ancienne Rhétie fut rattachée à la Germanie et l'ancien pays des Helvètes forma la plus grande partie du royaume de Bourgogne transjurane. Peu après, la réunion des Bourgognes transjurane et cisjurane amena la création du royaume des Deux Bourgognes ou royaume d'Arles ; mais, à l'extinction de la dynastie régnante, en 1032, ce dernier fut réuni au royaume de Germanie.
A cette époque, la féodahté avait déjà morcelé le pays et l'autorité de l'empereur n'était guère que nominale; bientôt les abbés, les évêques,.les seigneurs et les villes privilégiées usurpèrent partout les droits régahens. Les comtes de Habsbourg comptaient parmi les plus puissants seigneurs de l'Helyétie.
Vers le milieu du treizième siècle, l'empereur Frédéric II, qui tenait à s'assurer la communication d'Allemagne en Italie par le Saint-Gothard, enleva l'avouerie des cantons d'Uri et de Schwyz aux Habsbourg et les déclara fiefs immédiats de l'empire. L'empereur Rodolphe de Habsbourg protégea les Suisses; à sa mort en 1291, les cantons d'Uri, de Schwyz et d'Unterwald conclurent, dans le but d'assurer leur indépendance, une alliance perpétuelle qui peut être considérée comme l'origine de la confédération actuelle ; ils résistèrent aux tentatives que fît Albert P' pour les soumettre. Ces trois cantons furent reconnus comme membres immédiats de l'Empire en 1309;
8 LIVRE ic'\ — PETITS ÉTATS DU CENTRE DE L'EUROPE.
mais, peu après, mis par Frédéric le Beau au ban de l'Empire, ils furent attaqués par une armée de nobles que les paysans écrasèrent à Morgarten près du lac d'Egeri en 1315. La confédération s'augmenta bientôt de cinq nouveaux cantons : Lucerne en 1332, Zurich en 1351, Claris et Zug en 1352, Berne en 1353. Lucerne, Glaris et Zug s'étaient dérobés à l'autorité des Habsbourg; Zurich et Berne étaient déjà indépendants. Glaris et Zug étaient des pays de pâtres et de paysans comme les premiers cantons forestiers; Lucerne, Berne et Zurich étaient situés en plaine et avaient des gouvernements aristocratiques.
Les Habsbourg et la noblesse suisse tentèrent à plusieurs reprises de reconquérir leur autorité sur les cantons confédérés ; ils furent battus à Sempacfi (1386) et à Nœfels (1388), et durent reconnaître à la paix de Zurich l'indépendance des cantons.
Ces derniers devinrent alors conquérants; ils occupèrent VArgovie et la Turgovie, dont ils firent des pays sujets. Bientôt la discorde se mit entre les confédérés et Zurich appela l'Autriche à son secours. C'est dans cette guerre du Toggenburg que le dauphin de France conduisit les bandes des Armagnacs en Suisse pour aider l'empereur à réduire ses ennemis ; les Suisses qui assiégeaient Zurich ne détachèrent contre cette armée qu'une force insuffisante, 1,600 hommes; aussi furent-ils battus à Saint-Jacques, aux portes de Bâle; mais la résistance qu'ils opposèrent, montra au dauphin quelle était la valeur de ces terribles montagnards. Une fois monté sur le trône, Louis XI se les attacha par un traité d'alliance (1452) et en prit même à sa solde. Après l'épuisement des deux partis, Zurich se réconciha avec les autres cantons et la paix fut signée avec l'Autriche.
Louis XI compromit les cantons suisses avec le puissant duc de Bourgogne Charles le Téméraire, mais leurs vaillantes milices battirent successivement les Bourguignons à Granson et à Morat en 1476; le duc qui était également en lutte avec la Lorraine fut défait et tué à Nancy l'année suivante. Les Suisses furent dès lors reconnus comme les meilleurs fantassins de l'Europe et vendirent leurs services à prix d'or.
Pendant la guerre d'Italie, ils firent et défirent à plusieurs reprises les ducs de Milan ; dégoûtés de la grande guerre par les défaites qu'ils subirent à Marignaiiy à la bicoque et à Pavie^ ils n'intervinrent plus dans la lutte comme corps de nation, mais ils conservèrent les bailliages du canton du Tessin qui devinrent des pays sujets. Les ligues grises qui s'étaient formées par la réunion de la ligue de la Maison de Dieu (Coire), des ligues grises (Ilanz) et des ligues des Dix Droitures (Davos) conquirent vers le même temps la ValtelinCy Chiavenna et la vallée de la Maira qu'elles conservèrent jusqu'en 1797, époque où Bonaparte, n'ayant pu les faire admettre dans les Grisons avec l'égalité des droits, les réunit à la répubUque cisalpine.