CHAPITRE III. — DÉFENSE DE LA SUISSE
La première partie, qui s'élend de Thun à Aarbei^g^ fait face, au sudouest, à l'invasion la plus dangereuse par la section sud du Jura. La rivière a 60 à 70 mètres de large et 2 à 4 mètres de profondeur. La ligne de défense a une longueur de 13 lieues et ses flancs sont bien appuyés aux montagnes d'un côté et aux marais de Moral de Tautre. Berne est le principal point stratégique de la ligne. Cette ville, située dans une presqu'île, sur la rive droite de TAar, au sommet d'escarpements à pic qui dominent la rivière, est un nœud de voies ferrées et de routes, qu'il serait facile de couvrir par des ouvrages de fortification passagère. En avant d'Aarberg se trouvent quelques anciens ouvrages, un fort et trois lunettes, aujourd'hui abandonnés et ruinés.
La deuxième partie de cette ligne de défense va A'Aarherg à Coblenz sur le Rhin. A cause de la proximité immédiate des montagnes, la défense de la rivière est intimement Uée à celle du Jura. Il n'y a nulle part, entre l'Aar et le Jura la place de déployer une armée un peu nombreuse. A Soleure, la montagne touche à l'Aar; cette place, si on restaurait les anciens ouvrages qui fermaient le défilé, pourrait donc couper les relations de deux corps qui chercheraient à aborder l'Aar au nord et au sud.
Les points stratégiques, en outre de Soleure, sont :
Aarbourg, dont le château-fort sert d'arsenal et de prison, mais n'a qu'une faible valeur militaire, bien qu'il domine toute la vallée et qu'il renferme de nombreuses casemates à l'épreuve de la bombe ;
OIten, avec une gare très importante au débouché du Hauenstein ;
Aarau, grand centre industriel;
Brûgg, à proximité du confluent des principaux affluents de l'Aar, ville qui domine toutes les voies de cette portion du plateau suisse et qui permet, si on est maître aussi de Tûrgi, de tourner la ligne de la^immat. Ce point est donc de la première importance dans l'hypothèse de l'invasion par l'ouest comme dans celle de l'invasion par le nord.
L'Aar, au-dessous de Tiirgi, roule un volume d'eau considérable, atteint 150 à 200 mètres de largeur et 4 mètres de profondeur. De Tûrgi à Coblenz, la distance est d'environ 4 lieues.
En arrière de l'Aar, la ligne de la Reuss est trop faible et ne serait tout au plus que le théâtre de combats d'arrière-garde.
Enfin, en dernier lieu, on rencontre la ligne de la Limmat, qui sera étudiée plus loin. La rive gauche de cette rivière, de Zurich à Tiirgi, domine constamment l'autre et favorise l'attaque de ce côté. Brûgg et Zurich forment les deux points d'appui de sa défense.
Front nord ou frontière d'Allemagne. — Le front stratégique nord fait face à l'Allemagne, Le Rhin ne forme pas partout la limite des
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deux pays ; la Baisse empiète sur la rive droite à Steifij à SehafféUèé^ à Eglisau 6t à Bâle^ et pôdsèdê de plus déUx pètiteé enclaves dans le voisinage â6 Singen; mais des territoires sont sans importance militaire, car ils ne comprennent pas les positions qui permettraient le débouché des troupes ou la mise en état de défense des villes.
Bftld est dominé par les hauteurs de la rive badoise et sa mise en défense exigerait la création d'une ligne de Huningue à Rhein/hlden, De même, pour mettre Bohafifousô et Stein à Tabri d'une attaque et pour en faire de bons débouchés offensifs, il eut fallu donner à la Suisse le pays jusqu'à la Wii^ taùh et au lac âHJnlBrsee, Constance, qui est située sur la rive méridionale du Rhin, appartient aux Allemands; mais le territoire suisse commence aux portes même de la ville, et cette dernière ne serait d'aucune utilité dahs une entreprise contre la Suisse.
Les lignes d'invasion d'Allemagne en 'Suisse sont séparées par la FoHt-- Noir*e qui, dans sa partie sud, forme un massif élevé et épais. Les relations nécessaires entre les colonnes opérant à l'est et à l'ouest de ces montagnes ne pourraient donc se faire que par de longs défilés; de plus, les dernières pentes méridionales de la Forêt-Noire resserrent le Rhin depuis Rhêlnfelden jusqu'à Waldshut^ à l'embouchure de la Wiitach. Il y a donc deux lignes d'opérations distinctes, et il nous reste à voir laquelle des deux offre le plus d'avantages.
Si la Suisse redoute une atlaque du côté de l'Allemagne, elle sera nécessairement secourue par la France. Belfort et Bâle dominent le cours du Rhin en aval de cette dernière ville et empêcheront Une arméd allemande de suivre la rive gauche de ce fleuve. Sur la rive droite, cette fermée aurait à franchir de véritables défilés entre Sehliengen et Bdle et serait fort gênée dans sa marche. Elle aurait en outre à forcer lé passage du Rhin, pUis, une fois dans lé Frkkthal, à franchir le Jura et la ligne de l'Aâr.
La ligne qui passe à l'est de la Forêt^Nôire, offre pluS d'avantages à l'Offensive allemande. En effet, plusieurs voies ferrées et un grand nombre de routes se dirigent vers celte partie dé la frontière suisse et favoriseraient la concentration de l'armée, puis le réapprovisionnement de ses parcs et de ses convois; de plus, sur la rive gauche^ se irotivent dusf^i d'excellentes routes et un pays riche.
t)ë Stêin à Waldshut, le Rhin peut être passé avec les équipflgeS dé pôhts de campagne*, et, par suite des coudes qUe forme le fleuve, il y a des points dé passage faciles. La distancé entre ces deux points est de 18 lieues; \à largeur du fleuve est de 150 à 200 mètres, sa profondeur est toujours de plus de 3 mètres. Schaffouse est un point stratégique qui, fortifié, constituerait une bonne position offensive contre l'Allemagne.
Èrt afhônt de Stéih, Ift frontière est biett couverte par le§ eaUX fle l'Untersée et du lac de Constance; le seul point' de passage à surveiller est
CMAMTHS tll. ^ DÉfCNâS Dfi LA SUISS£. 43
Constance; il y a 6 lieuds de Steiû à GonÊtance^ et 10 lieues de ConstAQoe à l'extrémité du lac.
Le Rhin franchi) Tarmée allemande enlèverait facilement les lignes de la Thùr, de la Tôês et de la Olatt par de simples combats d'avant-garde et s'emparerait de Winterthaf) qui est le véritable point stratégique de cette région» Pendant ce temps, l'armée suisse préparerait la défense dé la Limmat.
La ligne formée pAr là Linth, lé lâc dé tttriob, U Limmat st rAar a toujours eu une grande importance. Les Homains avaient fortifié un point à 2 kilomètres de Brtigg {Windonissa), Baden {Castellum Thëtmamm) et Zurich ( Thurieum) pour opposer une barrière aux invasions germaines. La ligne de défense s'appuie d'un côté au Rhin et à VAar^ de l'autre au WalUn-Sèe et aux derniers contreforts des Alpes. Les seules parties abordables sont comprises î 1° entre Goblenz et Zurich; 2° entre le lac de Zurich et le lac de Wallenstadt. Cette dernière forme môme aujourd'hui un point fkible, car, depuis 1820, le dessèchement des marais compris entre les deux lacs a réduit la Linth à un simple canal de 12 kilomètres de longueur. Il faudrait se maintenir sUr la rive droite de la Linth en occupant fortement les déillés en avant A'Uitnach, Du côté du lao de Wallenstadt, la ligne ne peut pas être facilement tournée, parce que les pentes méridionales des ChurUsten, ne sont suivies que par quelques sentiers étroits et difficiles, et que môme il n'e)ciste qu'un sentier muletier le long du lac<
La Limmat a un cours de 7 lieues entre Zurich et Tiirgi ; sa largeur est de 40 à 70 mètres et sa profondeur toujours plus grande que 1 mètre.
Zurich est le point capital de la ligne ; c'est vers cette ville que les Alle*» mands dessineraient leur attaque de manière à séparer l'armée suisse dos montagnes et à l'acculer vers le nord, dans le coude formé par la Limmat etl'Aar. Au cas où le défenseur voudrait reprendre l'offensive, c'est de Zurich qu'il faudrait partir, tout en inquiétant le flanc et les derrières de l'ennemi par le Toggenburg, au moyen de détachements appuyés sur tlmmeh et sur Watwyli. Si c'est une armée française, maîtresse de la rive gauche du Rhin, qui défend la ligne de la Limmat, les Allemands auront tout intérêt à attaquer vers Baden, ou même à franchir l'Aar plus au nord, pour menaôer sa retraite; c'est précisément la circonstance qtil se présenta en 1799. Si à cette époque, en mai et en juin, l'archiduc Charles ne tenta pas le passage de ce côté c'est que les pOnts d'Eglisau et de KaUérstuhl avaient été détruits et qu'il ne possédait que le pont de bateau de Êusingen^ en amont de Schaffousej la crainte de Voir sa retraite coupée par Tes troupes françaises passant en amont le rendit circonspect. Cependant, en août, il se décida à faire une tentative Vers Dettingm sur l'Aar ; elle échoua parce que les mesures avaient été mal prises.
La rive gauche de la Limmat est longée par un chemin de .fer qui se pro-
longe sur les rives méridionales du lac de Zurich et du Wallen-Sée; il faciliterait la surveillance et les mouvements de troupes.
Au sud-ouest de Zurich, s'élève TAbis, dont le promontoire le plus septentrional, VUtliberg, domine la plaine de la Limmat et toute la contrée. C'est sur cette position que s étabht Masséna après l'abandon de Zurich en 1799 ; les armées y restèrent en présence pendant tout l'été. Entre l'Albis et les collines qui bordent la rive occidentale du lac de Zurich coule la Sihl, torrent souvent violent qui se jette dans la Limmat à Zurich.
Après la perte de la Limmat, le corps français qui aurait concouru à la défendre, se retirerait par Berne sur Genève et couvrirait sa retraite en défendant l'Aar de Thun à Morat, face au nord-est. L'armée suisse n'aurait qu'à gagner ses montagnes, et les cantons forestiers lui formeraient un très bon réduit dans le cas d'une guerre d'indépendance; mais, pour garder les moyens de reprendre l'offensive, elle devrait occuper, comme de vraies têtes de pont, les villes de Thun, Lucerne, Schivyz, et Glaris.
Front est ou fk!>oiitièpe d'Autriche. — La frontière d'Antriche
se divise naturellement en trois sections. La première, du lac de Constance au fort de Luziensteig^ permet seule d'aborder directement le plateau suisse. Les deux autres s'étendent, l'une du fort de Luziensteig au Grihelle-Kopfy l'autre de ce point au col du Stelvio ; elles sont situées dans un pays de hautes montagnes où les routes sont constamment resserrées dans des défilés aussi faciles à défendre dans un sens que dans l'autre. En arrière de la frontière, de Rheineck à Martinsbriick, existe une chaussée continue qui relie les centres de la défense. Les routes qui conduisent du Tyrol en Suisse sont au nombre de trois : celle de VArlherg, celle de FinslermûnZy celle de VOfen- Pass, Les deux dernières sont excentriques par rapport à la base autrichienne, qui est Innsbruck; la première est la seule que puissent suivre les Autrichiens pour amener leurs troupes dans le Rhein-ThaL Le chemin de fer de l'Arlberg, auquel on va travailler activement, viendra diminuer l'inconvénient d'avoir une hgne d'opérations formée par une seule route, mais il n'aura jamais une grande puissance de transport à cause des pentes et des courbes.
a) — Dans la V^ section, le Rhin marque la limite des deux pays et constitue une première ligne de défense de 15 lieues de longueur, du défilé du Triibbach au lac de Constance. Le fleuve est déjà navigable; sa largeur est de 70 à 100 mètres, et sa profondeur de 2°*50. Il existe pourtant quelques gués *dans les basses eaux au confluent de la Landquart et à Benderen. Ces passages furent franchis plusieurs fois par les troupes françaises ou autrichiennes en 1799 ; mais ils seraient insuffisants pour de grandes armées.