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Contra une offensive partant de la Suisse, FÂutriobe possède la position de Feldkirob, qui barre la route de l'Arlberg, la seule qui conduise à la vallée du Rhin dans le Tyrol. La ville n'est pas fortifiée ; mais elle est dans une situation très forte entre deux défilés que franchit TIll. Elle est séparée de la plaine du Rhin par une colline de deux lieues de longueur qui lui forme comme un rempart naturel ; cette colline se termine vers Touest par des escarpements inaccessibles et ne présente qu'un point de passage en son milieu, où l'IU la coupe entre deux rochers à pic et où passe le chemin des Nofels; on ne peut donc gagner Feldkirch que par les cols qui s'ouvrent entre cette crête et les derniers contreforts des montagnes du Vorarlberg, c'est'à-dire au nord par Altenstadt où passe le chemin de fer et au sud par Ti$is; ces deux dépressions étaient gardées en 1799 par de nombreux ouvrages dont les derniers vestiges ont disparu aujourd'hui. Feldkirch serait le premier objectif d'une armée prenant l'offensive sur la rive droite du Rhin. Au début de la campagne de 1799, Masséna échoua à deux reprises différentes devant les formidables retranchements de Feldkirch; l'année suivante, Mohtor, en les prenant à revers, réussit à les enlever au prince de Reuss,
Une deuxième ligne de défensd est formée par les montagnes de la Thûr et d'Appenzell, Gomme toute chaîne, on peut l'occuper ; en avant, sur la crête et en arrière.
A cause du peu de largeur de la plaine, le premier mode de défense se confond avec la défense du Rhin.
La seconde position, sur la crête, est désavantageuse à cause de l'absence de communications transversales et du danger d'être tourné; on devra se contenter d'accumuler les obstacles sur les routes, afin de retarder la marche de l'ennemi. La route de Wildhaus, dont le point le plus élevé est à 650 mètres au-dessus de la plaine du Rhin, est facile à couper sur le versant oriental, où elle décrit de nombreux lacets le long des pentes escarpées. Au col même, une barricade serait assez facile à construire et difficile à tourner. Dans la vallée de la Thûr, la route traverse encore deux défilés, à Starkenstein et, près de Krumeneau, an pont naturel Les deux routes d'Altsetten pourraient être disputées de la môme manière.
La troisième position, en arrière^ semble offrir plus d'avantages. On y trouve de bonnes communications transversales, et le pays, moins tourmenté, est plus favorable aux mouvements des armées. La ville de Saint- Gall est, dans cette région, un point important d'où un corps mobile surveillerait les routes qui traversent la chaîne, et menacerait le flanc des colonnes qui s'engageraient sur les lignes latérales; mais elle est encore trop près de la crête et serait facilement tournée; elle n'est bonne que pour une avant-garde. Le gros de l'armée cherchera plutôt à s'établir entre Bischofszell et Gossau; on couvrira ainsi le plateau suisse et on n'aura pas à
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craindre d'être tourné par le col de Wildhaus, à cauae des nombreux obstacles qu'on peut accumuler dans la vallée de la Thùr pour arrêter l'ennemi, Pour couvrir la retraite, on utilisera le repli que forme la Thiir de EUchofszell à Wyly et, comme troisième ligne de défense^ on aura la Limmal,
b) — Dans la 2* section, qui s'étend du fort de Luziensleig au Gribelle-Kopf^ la limite des deux Etats suit la crête du Rhœlicon et du SUvretia, Douze sentiers traversent ces montagnes et permetlent aux Suiiitses de se porter dans la vallée de Montafon et de menacer la route de la vallée de 17</, qui n'est doublée par aucune voie parallèle. Si donc les Autrichiens veulent opérer par la voie de VArlberg^ qui est la plus directe, il leur faudra occuper tous les sentiers du Rhœlicon et môme se porter, par un mouvement rapide, dans le Pr^sUigau et YEngadine^ afin de couvrir leur ligne d'approvisionnement contre les entreprises des partisans suisses.
Les Suisses auront l'inverse à faire; ils devront en tous cas surveiller les cols du Rhœticon et barrer tous les débouchés du Prsotiîgau, en occupant les points de Séevis, de Schiersch^ de Luzein-KûbUs et de Dorfli. Ils menaceront de flanc la ligne d'invasion par l'Arlberg et, en môme temps, ils barreront les deux routes de l'Inn çt de l'Adige.
c) — ' La 3® section, qui s'étend du Gribelle-Kopf au Stelvio, est traversée par les deux routes de l'Inn et de TAdige. Les défilés longs et étroits qu'elles suivent sont d'une bonne défense, d'un côté comme de l'autre; pourtant les positions autrichiennes semblent les meilleures. Il existe à Finstermûnz deux petits ouvrages qui barrent le défilé que suit la route de l'Inn au-dessous de Nauders, après s'être réunie à celle qui vient du col de Reschen; dans l'autre direction, les Autrichiens possèdent la forte position de Taufers qui barre la route de l'Ofen-Pass. Ces deux débouchés ont été enlevés avec la plus grande vaillance par nos troupes au début de la campagne de 1799. Le 25 mars, Dessoles tourna, par le lit du Rambac, la ligne de Taufers, en même temps que Lecourbe tournait, par les montagnes de la rive droite de l'Inn, le défilé de Martinsbruck et la position de Nauders ; des deux côtés on fit de nombreux prisonniers. Laudon, qui se retirait de Taufers, -trouva le col de Reschen occupé et, pris entre deux feux, dut se jeter dans les glaciers de l'Oezthal, oh il faillit périr.
Le défilé de Martimbriick serait facile à défendre par la Suisse ; mais ce passage, de même que celui de Buffalora, peut être tourné par le sentier du col de Sursass qui débouche directement sur l'Inn entre Siiss et Martinsbriick.
Pour barrer les deux routes, les Suisses pourraient occuper et fortifier la base Suss^ZemetJ9, qui s'appuie sur l'Inn, et sur laquelle elles se réunissent avant de franchir le col de Fluelt.
Front sud ou frontière d'Italie. — Le front stratégique sud s'é-*
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tend du Stelvio au Mont Blanc^ ou plutôt de l'Umbrail-Pass au mont Dolent, où viennent converger les limites de la France, de la Suisse et de Tltalie. La frontière de Suisse et d'Italie suit rarement la ligne de partage des eaux. La Suisse est celui des deux Etats qui fait les empiétements les plus considérables et les plus importants. L'Italie ne possède qu'une vallée du versant nord des Alpes, le Yal de Livigno ou vallée du Spôly affluent de Tlnn ; les traités lui ont laissé aussi les parties hautes du Val di Lei, au nord de Ghiavenna, et du Val du Campo, au nord-est de Domo-d'Ossola, cette dernière d'après une convention toute récente. La Suisse possède presque tous les débouchés des cols des Alpes. : ceux du Simplon, du Saint- Gothard, du Bernardino, de la Maloja et de la Bernina, La limite passe exactement au col du Splûgen.
La possession du canton du Tessin, qui forme un coin très prononcé dans le territoire italien, donne à la Suisse un grand avantage contre Tltalie. L'armée suisse ou l'armée maîtresse de la Suisse est ainsi rapprochée de son premier objectif, Milan. Les flancs sont bien appuyés à des montagnes élevées, qui ne sont traversées que par de mauvais sentiers. Le canton du Tessin pourrait avoir une importance d'autant plus grande que sa possession serait peut-être le but et la cause de la guerre.
Pour les deux pays, la ligne de rocade formée par les voies ferrées est éloignée de la frontière, et la situation, à ce point de vue, est la même.
La ligne d'opérations la plus avantageuse pour l'offensive italienne sera celle du Saint- Gothard, parce qu'elle aboutit directement sur le plateau suisse, en coupant en son milieu la ligne de rocade de Marligny à Coire et en tournant les défenses du Valais et du Rhin antérieur; les autres routes, venant de la plaine du Pô, aboutissent dans ces deux vallées et n'en ressortent qu'aux extrémités fermées par Saint-Maurice et Luziensteig; du reste, les Italiens ne pourront déboucher dans ces vallées tant que l'armée fédérale restera maîtresse du Saint-Gothard.
La défense de cette route du Saint-Gothard est facile. La première ligne, qui défend l'accès, est formée par la Trésa; elle pourrait être renforcée par des batteries sur la rive droite de ce torrent et par la tête de pont qu'on établirait à CapO'Lago à la pointe sud du lac. Un obstacle qu'il ne faudrait pas manquer de créer sur la route, serait la destruction de la digue de Mélide^ sur le lac de Lugano. C'est de cette position que déboucherait Tarmée suisse pour prendre l'offensive, elle se trouverait bientôt en plaine dans un pays riche; sa base d'opérations serait Bellinzona. Cette jolie ville forme un point stratégique important ; elle se trouve au débouché des routqs du Saint- Gothard, du Lukmanier et du Bernardine ; elle est dominée par trois châteaux moyen âge fort pittoresques, mais sans valeur. Au sud de la ville, la vallée du Tessin est barrée par une lunette centrale, flanquée à droite et à gauche de plusieurs ouvrages.
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Le col du Saini-Gothard et les lacets du versant sud forment la troisième position d'arrêt. Pour empêcher qu'elle ne soit tournée, il faudrait occuper rOber-Alp, le Kreusli-Pass etje col de Nufenen.
Après avoir trav-ersé la combe d'Urseren, la route du Saint-Gothard franchit le trou d'Uriy tunnel de 66 mètres de longueur sur 5 de largeur, et le pont du Diablôy qui domine de 50 mètres les cascades de la Reuss; puis elle s'engage dans un défilé très étroit, jusqu'à Altorf. Les colonnes qui suivent cette haute vallée de la Reuss, en avant ou en retraite, sont exposées à être prises en flanc et coupées par les sentiers qui y aboutissent à droite et à gauche, sentiers dont surent si bien profiter Lecourbe et Gudin en 1799. Au delà de Flûelen, la route est taillée en corniche sur la rive droite du lac des Quatre -Cantons jusqu'à Brunnen et serait très facile à intercepter sur ce point. Les sentiers qui pénètrent dans la vallée de Muotta suivent la même direction que la route ; ils seraient facilement barrés à la cluse qui ferme la vallée.
Le passage du Grand Saint-Bernard est barré au défilé de Saint-Mau^ rice, où les Suisses ont construit des ouvrages en 1832 et en 1847, avant la guerre civile. Si les troupes italiennes, après a'voir franchi ce col, remontaient le Valais jusqu'à la Furka pour se lier à celles qui auraient franchi le Saint-Gothard, elles seraient exposées à être prises en flanc par plusieurs sentiers, et surtout par la Gemmi,
La route du Simplon est resserrée à Gondo sur le versant italien entre des rochers qui la surplombent; puis elle traverse une galerie de 222 mètres de longueur. Cette position de Gondo est inabordable de front; à une certaine époque, on a établi sur l'ancien chemin, de l'autre côté du torrent, des casemates pour deux pièces enfilant la vallée et dos créneaux pour fantassins, mais aujourd'hui ces défenses sont abandonnées et le chemin d'accès a été emporté. Les gorges de Gondo pourraient servir d'appui et de refuge à des partisans occupant le val d'Antigorio et le val Formassa, par où l'ennemi pourrait chercher à gagner le Saint-Gothard en tournant Bellinzona.
A l'est du Saint-Gothard, les routes venant d'Italie aboutissent toutes à Coire, qui sera le centre do la défense des Grisons. Les routes du Lukmanier et du San Bernardine sont couvertes par Bellinzona; la seconde peut encore être défendue à chacun des défilés qui terminent les terrasses successives du val Mesocco et au col même, mais il faut surveiller trois sentiers qui permettraient de déboucher en arrière des positions du val Mesocco en venant du val San Giacomo ; ce sont les sentiers du Forcala-Pass, du col Bardan et du col Balniscio,
La route du Splùgen passe à un col d'une défense avantageuse. Les galeries qui se trouvent sur le versant sud pour protéger la route contre les avalanches, peuvent être détruites ou obstruées. Avant d'atteindre ThtisiSj Gcorfraphic. — 2'' parliu. 4
les routes du Beniardiiio et du Splugeu traversent les défilés de la Rolfnaei de la Via Mala où une poignée d'hommes pourrait arrêter une armée.
La position de la Porta, près de Bondo, dans le Val Brégaglia, appartient à la Suisse; elle barre la route de la Maloja et fournit une action de flanc sur celle du Spliigen. Chiavenna est un point de réunion de ces deux routes et serait le premier objectif d'une offensive suisse.
L'offensive contre la Suisse semble au premier abord plus facile par la route de la Bernina et par les nombreux sentiers qui font communiquer la Valteline et l'Engadine; mais ces chemins ne conduisent que dans la haute Engadine, puis, après avoir ti'aversé l'Albula, dans la conque de Coire; les obstacles de défense facile sont donc nombreux avant qu'on n'atteigne la plaine. Du reste, le col de la Bernina est impraticable pendant la plus grande partie de Tannée. Dans le cas où l'armée italienne prendrait cette ligne d'opérations, elle aurait pour base la Valteline et elle communiquerait avec la plaine du Pô par les trois routes du col d'Aprica, du col de San Marco et de la rive orientale du lac de Corne, mais elle serait exposée à être coupée par une offensive qui déboucherait vers CoHco et qui lui interdirait ces deux dernières.
Pour faire ressortir l'importance des obstacles qui couvrent le plateau suisse, nous allons rappeler en peu de mots les principaux événements de la campagne de Masséna en 1799. Ce général dut alors s'étendre et chercher à tout garder pour se lier aux armées françaises qui opéraient au nord et au sud. Le général Jomini, comme nous l'avons déjà dit, est d'avis qu'en cas d'attaque simultanée par le nord, l'est et le sud, il ne faudrait pas tant se disperser; qu'il ifaudrait, après avoir disputé les défilés, masser l'armée entre la Reuss et l'Aar pour y occuper une position centrale au débouché des montagnes.
Campagne de 1799 en Suisse. — Dès le mois de décembre 1798, une seconde coalition se forma contre la République française ; l'Angleterre, la Russie, l'Autriche, la Bavière et la Turquie y entrèrent. Ces puissances mirent sur pied 330,000 honunes. La France ne disposait que de forces insuffisantes, SCS armées se trouvant désorganisées après deux ans de paix sur le continent et ayant été du reste affaiblies par l'expédition d'Egypte.
Le Directoire, au lieu de concentrer ses forces sur les points décisifs, les éparpilla tout le long de notre frontière, qui s'étendait du Texel au golfe de Tarente, et se décida à prendre l'offensive avant que les armées ne fussent renforcées par la nouvelle levée de la conscription; il est vrai qu'en opérant ainsi il espérait battre les Autrichiens avant l'arrivée des renforts russes. Voici quel fut le plan de campagne adopté : Vannée du Danube^ sous Jourdan, comptait 38,000 hommes; elle devait passer le Rhin à Kehl et à Hu-