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CHAPITRE III. — DÉFENSE DE LA SUISSE

niiigut3, se porter dans la vallée du Danube et s'établir sur le Lech et l'Isai*. L'armée d'Helvélie^ sous Masséna, forte tout d'abord de 30,000 hommes seulement, devait passer le Rhin entre Sargans et Brégenz et se lier à Jourdan à l'est du lac de Constance, pendant que son aile droite, sous Lecourbe^ conquérerait le Tyrol, entrerait à Innsbruck et donnerait la main à l'armée d'Italie par la haute Adige et Botzen. L'aîmée d'Italie^ sous Schérer, forte de 58,000 hommes, avait pour mission de refouler les Autrichiens au delà de l'Isonzo; de plus, 15,000 hommes étaient consacrés à l'occupation de la Toscane, et Macdonald, avec 30,000 hommes, était chargé de compléter la conquête du royaume de Naples, faite au mois de janvier par Championnet. Au nord, il existait encore un corps d'observation de 12,000 hommes sous Bernadette, qui devait former le blocus de Phillppsbourg et do Mamiheim^ ut, en Hollande^ une armée de 15,000 hommes sous Brune, qui devait s'opposer a une tentative de débarquement des Anglo-Russes.

On voit quelle faute on commettait en éparpillant ainsi les forces et eu envoyant au fond de la péninsule italienne 60,000 hommes, qui devaient se trouver perdus en cas de revers sur le Pô. D'autre part, on faisait agir bien inutilement des forces importantes dans le Tyrol, dans un pays de hautes montagnes, et on semblait croire, bien à tort, que quelques brigades étabhes à la source des fleuves, dans les hautes vallées, suffisaient pour nous rendre maîtres des plaines.

Les Autrichiens, beaucoup mieux préparés à la lutte, avaient rassemblé deux fortes armées.: l'une était étabUe sur le Lech^ elle était commandée par l'archiduc Charles et comptait 80,000 combattants; l'autre était concentrée sur YAdige^ elle était aux ordres du général Kray et comptait 85,000 combattants. Les relations de ces arnu^'os étaient assurées par deux corps : celui de Hotze, fort de 27,000 hommes, établi dans le Vorarlherg, et celui de Bellegarde, fort de 47,000 hommes, qui occupait le Tyrol et VEngadine^ et qui venait d'envahir les Grisons. Deux armées russes devaient renforcer ces forces autrichiennes : Korsakow, avec 30,000 hommes, allait se joindre à l'archiduc, et Souwarow, avec 40,000 hommes, à Kray.

Le conseil aulique semblait attribuer aux hautes montagnes une importance égale à celle que nous leur donnions ; la position des nombreuses troupes de Bellegarde était vicieuse; mais les corps autrichiens étaient mieux liés que les nôtres et présentaient des masses compactes sur les théâtres décisifs du Danube et de l'Adige. Les faibles forces de Jourdan et deMasséna, 68,000 hommes, allaient avoir affaire à 151,000 ennemis, même avant l'arrivée de Korsakow.

Le 1" mars, nos armées prirent l'offensive sur toute la ligne du Rhin, en Alsace et en Suisse. Bernadette entra dans Mannheim et vint attaquer Phi- ^^PVshourg. Jourdan passa le Rhin à Kehl et à Baie, traversa la Forêt-Noire

Cil quatre colonnes par les villes forestières^ par le val d'Enfer, par la vallée de la Kinzig et par celle de la Renchen, et vint cantonner ses troupes entre Rothweil et Tuttlingeii. Masséna se mit en mouvement peu de jours après; la brigade Oudinot passa le Rhin à Buchs et se porta sur Feldkirch; une division franchit le fleuve à AtzmooSy un peu au nord du défilé de Triibbach, enleva après de vifs combats les retranchements de Luziensteig et s'avanra vers VAlbiUa dans le but de couper le corps d'AufTemberg, qui occupait les Grisons. Le général Démon t, de son côté, remonta la Tamina, franchit le Kunkels Passei s'empara des ponts de Reichenau, Auffemberg, repoussé sur Goire, se trouva cerné de tous côtés et forcé de mettre bas les armes.

Pendant ce temps, Lecourbe partait de Bellinzona, passait le San-BernardinOy se portait sur Thusis et, de là remontant TAlbula, gagnait les cols du Septimerf du Julier et de VAlbtila. Gulbutant les bataillons éparpillés de Bellegarde, il entra à Ponte, à Silvaplana, et suivit Tennemi jusqu'à Martinsbriick, espérant s'emparer de Nauders, point important où se réunit la communication de la vallée de TAdige a\-ec celle de Flnn ; il échoua dans deux attaques contre Martinsbrûck (14 et 17 mars). A cette même époque, 17 mars, Dessolcs, remontant la Valteline et étant arrivé à Bormio, repliait les postes autrichiens, passait VUmbrail Pass et prenait position à Sainte- Marié et à Munster devant Laudon, établi à Tauffers. Quelques jours plus lard, Lecourbe et Dessoles, reprenant TofTensive simultanément, enlevèrent, l'un la position de Martinsbriick, Tautre celle de Tauffers et firent leur jonction par le col de Reschen, en cernant les troupes de Laudon. Les communications des armées d'Allemagne et d'Italie se trouvaient ainsi coupées, ou du moins ne pouvaient se faire que bien en arrière par le Brenner. Malheureusement les revers de nos troupes sur les autres théâtres d'opérations allaient rendre ces succès inutiles et forcer notre centre à reculer.

Tout d'abord Oudinot et Masséna s'épuisèrent en vains efforts pour enlever les retranchements de Feldkirch; ils subirent des pertes considérables le 14 et le 23 mars et durent abandonner leur entreprise, ce qui mit l'armée d'Helvétie dans l'impossibilité de se lier à celle du Danube.

Sur ce dernier théâtre d'opérations, nous n'étions pas plus heureux. L'archiduc, prévenant notre attaque, passa Vlller le 6 mars, battit Jourdan à Pfi'illendorf on Ostrack (19 mars), le culbuta de nouveau à Stockach (25 mars) et le força à repasser le Rhin.

Enfin, en Italie, Schérer, après avoir enlevé le camp aulrichien de Pastrengo et livré le long de l'Adige une bataille indécisive le 25 mars, se laissa battre à Magnano le 5 avril et fut rejeté derrière VOglio. Moreau le remplaça dans son commandement.

Masséna, de son côté, succéda à Jourdan et se trouva ainsi réunir sous ses ordres les armées du Danube ul du rHelvétie; il devait occui>er une

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