CHAPITRE III. - DÉFENSE DE LA SUISSE. .lli
longue ligne s'étendanl des sources du Rhin jusqu'à Dusseldorf; il disposait alors de 100,000 hommes, dont il concentra les deux tiers en Suisse ; son aile droite continua à occuper YEngadine^ les Grisons et le Rheinthaly bien que dans une position extrêmement aventurée en présence des forces considérables de Hotze et de Bellegardc. Dès le commencement d'avril, Lecourbe et Dessoles furent attaqués et forcés d'abandonner Martinsbracli o\ Tauffers; Dessoles se roi)lia par VOfen-Pass^ puis passa la Bernina et gagna Tirana; Lecourbe resta pendant tout le mois d'avril tranquille possesseur de VEngadine, Ce n'est (jue le dernier jour de ce mois que les généraux ennemis reprirent l'offensive. Beilegarde s'avança à la fois par Martinsbruch^ par le col de Scarl et par VOfen-Pass; il échoua partout, grâce à l'activité et aux bonnes dispositions de Lecourbe; cependant ce dernier craignant do voir sa retraite coupée, se décida à abandonner l'Engadine et se retira à Lenz, près de Tiefenkasten, en gardant encore les cols de l'Albula. Hotze, combinant ses mouvements avec ceux de Beilegarde, fit attaquer le Luziensteig dans le but de se porter sur Coire et d'envelopper nos troupes des Grisons; cette tentative, mal dirigée, échoua complètement. En même temps, un autre danger nous menaçait; les habitants des cantons forestiers, des Grisons et du Valais levèrent simultanément l'étendard de l'insurrection ; des mesures énergiques amenèrent bientôt la soumission des révoltés, après les combats de Disentis et de Schivyz^ et déjouèrent ainsi les efforts de l'Autriche.
Les progrès de Souwarow en Italie lui permirent, au commencement de mai, d'envoyer un détachement pour s'emparer de l'important passage du Saint-Gothard. Lecourbe se mit immédiatement en marche, rejoignit à Spliigen les troupes qui venaient d'évacuer la Valteline, se porta par le San- Bernardino à Bellinzonay culbuta le prince de Rohan à Taverne, au sud du Monte-Cénéré (13 mai), et vint prendre position au Saint-Gothard. Hotze et Beilegarde combinèrent à cette époque une attaque générale avec des forces imposantes sur les Grisons ; Hotze enleva cette fois les ouvrages de Luzlensteig (14 mai) et s'empara de Coire; Beilegarde attaqua la vallée de Davos et les cols de l'Albula et en chassa les derniers détachements de Lecourbe.. Masséna, débordé ainsi par le sud, se décida à abandonner la ligne (lu Rhin et à concentrer son armée derrière la T/iiir (20 mai).
L'archiduc, informé de la retraite de nos troupes, prit aussitôt l'offensive. Hotze franchit le Rhin le 22 mai entre Feldkirch et le lac de Constance et se porta sur Saint-Gall; le prince Charles fit jeter un pont à Stein (21 mai), puis passa avec le gros de ses forces à Bussingen, un peu en amont de Schaffouse (23 mai). Masséna, prévenu de la marche des colonnes ennemies, voulut s'opposer à leur jonction ; faisant volte-face, il occupa la ligne de la Thiïr et battit les avant-gardes autrichiennes le 25 mai à Andelfingen et à Fravenfeld; mais il ne put empêcher la réunion des deux corps ennemis,
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qui se fit sur la rive droite de la Thiir. 11 se décida alors à battre en retraite sur le camp retranché de Zurich, tout en opposant une vive résistance à Winterthur, à Brûtten et à Pfungen sur la ligne de la Toss. Quant à Lecourbe, malgré le départ de Bellegarde pour la Lombardie, il ne put se maintenir au Sainl-Gothard ; . attaqué par les forces supérieures du général Haddick, menacé en queue par une brigade de Hotze, il descendit la vallée de la Reuss et refoula cette dernière troupe dans la vallée de Muotta où il la battit complètement; puis, revenant sur ses pas, il culbuta les colonnes autrichiennes qui descendaient la Reuss et les poursuivit jusqu'au pont du Diable^ à rentrée de la vallée d'Urseren (31 mai).
Masséna prit position en arrière de la Glatt, la droite appuyée au Zurichberg et aux nombreux ouvrages qu'on y avait ébauchés ; le prince Charles Tattaqua le 4 juin, mais il fut contenu et ne put enlever le camp retranché; néanmoins le général français, voyant son adversaire se préparer à une nouvelle attaque, ne voulut pas en courir la chance et évacua Zurich dans la nuit du 5 au 6. Il vint occuper les hauteurs de YAlbis et la ligne de la Limmat-Aar jusqu a Coblenz. Lecourbe, à l'aile droite, dut se rapprocher du centre; il abandonna la vallée de la Reuss, Schwyz et Einsiedeln, porta son quartier général à Lucarne et établit ses troupes vers Saarnen, se liant par Arth et Egeri à la position de l'Albis. Après quelques échauffourées, les armées principales restèrent en })rosonce inactives pendant tout l'été, c'està-dire du 6 juin au 17 août.
Pendant le mois de juillet, Lecourbe se contenta de livrer quelques combats aux Autrichiens vers Brunnen, Schwyz et i /for/ pour tenir ses troupes en haleine; mais, au mois d'août, il fut renforcé et combina une grande opération, qui eut pour résultat de reprendre le haut Valais, le Saint-Gothard, les petits cantons et d'établir l'armée sur la ligne de la Linth, entre les lacs de Zurich et de Wallenstadt. Les colonnes françaises s'ébranlèrent simultanément le 14 août dans le Valais, dans la haute vallée de l'Aar, sur la Reuss et vers Schwyz, pendant que le centre faisait des démonstrations vers Zurich; il y eut partout des combats sanglants qui nous furent toujours favorables : le Simplon et le Grimsel furent enlevés ; Lecourbe vint débarquer ses troupes à Fluelen et remonta la Reuss, pendant qu'une autre colonne, franchissant le Susten Pass, coupait la retraite à l'ennemi ; la réunion des colonnes du Grimsel et de la vallée de la Reuss, se fit dans la vallée d'Urseren, et les Autrichiens furent poursuivis par le Saint-Gothard, jusque dans le val Leventine, et par VOberalp, jusque dans les Grisons; plus à gauche, Schwyz fut enlevé, le Muotta Thaï occupé et les Autrichiens de Jellachich repoussés derrière la Linth.
Sur ces entrefaites, l'archiduc, informé des mouvements des troupes françaises vers leur droite, renforcé par l'arrivée des Russes de Korsakow