CHAPITRE Ul. - DÉFENSE DE LA SUISSE. .V
et profitant de plus de Tabsence de Masséna, qui était à Scliwyz, voulut tenter une entreprise décisive. Il massa ses troupes à sa droite, et, le 17 août, tenta le passage de TAar à Dcttinge^i; il échoua grâce à Ténergie d3 Ney et surtout parce que, faute d'une reconnaissance bien faite de la rivière, les ancres ne mordirent pas le fond et les pontons furent emportés. A la suite de cet échec, des dissentiments s'élevèrent entre les deux généraux autrichien et russe: aussi l'archiduc hata-t-il son départ pour le Bas- Rhin, où se formait une armée dont le commandement lui était destiné.
En Italie, les opérations avait été beaucoup plus actives qu'en Suisse et ne nous avaient guère été favorables. Dès le milieu d'avril, un renfort russe d'une quarantaine de mille hommes avait rejoint l'armée autrichienne et Souwarow, vieillard énergique, avait pris le commandement de toutes les troupes. Il battit Moreau à Cassano sur l'Adda le 28 avril, entra dans Milariy puis dans Turin, aidé par une insurrection générale du Piémont, et repoussa l'armée française sur l'Apennin et sur la rivière de Gênes. Cependant il allait avoir une nouvelle armée à combattre .• Macdonald avait quitté Naples le 3 mai et, déjà maître de Modène et de Parme, cherchait à se joindre, par la Stradella, à Moreau, qui débouchait de Gènes par la Bochetta. Souwarow massa ses troupes entre Tortone et Alexandrie; puis, marchant au plus pressé, il rejeta Macdonald sur la Trehbie, et, après une bataille de trois jours, 18, 19 et 20 juin, le força à battre en retraite par Pontremoli et les affreux chemins de la rivière du Levant. Quant à Moreau, après un succès inutile remporté sur Bellegarde, il dut, à l'approche de Souwarow, rentrer dans l'Apennin. Le mois de juillet fut employé par les allies aux sièges des places de Mantoue et d'Alexandrie^ qui capitulèrent après une faible résistance; toutefois, l'inaction du gros de l'armée coalisée permit aux Français de se réorganiser, et, au commencement d'août, Joubert, qui avait remplacé Moreau, crut pouvoir déboucher de la rivière de Gênes et prendre l'offensive; il ne savait pas que Souwarow venait d'être renforcé parl'arméede siège de Mantoue, aussi fut-il battu et lue à Novi (15 août). Après ce succès, Souwarow semblait devoir facilement couper en deux l'armée française échelonnée le long du golfe de Gênes, de Finale à Rapallo; inquiet de la descente de Lecourbe dans le val Leventine et des succès de Championnet en Piémont, il resta inactif et reçut bientôt l'ordre du conseil aulique de se porter en Suisse avec le corps russe (11 septembre). Il arriva le 15 septembre à Lugano et fit ses dispositions pour enlever le Sainl'Gothard et se joindre à Korsakow : son artillerie et ses bagages furent embarqués sur le lac de Côme et durent gagner le Rhin par les routes des Grisons; lui-même, avec 12,000 hommes, remonta le val Leventine; Rosemberg, avec 6,000 hommes, se porta de Bellinzona sur Disentis par le Luckraanier pour tourner la position du Gothard par l'Ober-Alp ; enfin une
colonne autrichienne dut gagner Amsteg par le Kreusli-Pass et couper ainsi la retraite aux défenseurs.
Le 23 septembre, Souwarow arriva à Airolo et fît immédiatement attaquer les troupes de Gudin, qui opposèrent une résistance opiniâtre ; les Russes attaquèrent de front et cherchèrent à gravir directement la montagne sous notre feu ; ils allaient échouer, malgré toute Fénergie de leur général, quand
deux colonnes parvinrent à tourner la position à droite et à gauche et nous forcèrent à Tévacuer. Gudin opéra sa retraite dans le Valais par la Furca.
Pendant la nuit, Lecourbe accourut au-devant de Tennemi et arriva jusqu'à Hospenthaly mais il fut tourné par la colonne russe de Rosemberg, qui débouchait sur Andermatt; il dut jeter toute son artillerie dans la Reuss, gagner Gueschenen par des sentiers de montagne, et vint alors prendre position en arrière du Pont du Diable. Les Russes, suivant leur habitude, s'entêtèrent à. attaquer Tobstacle de front sans chercher d'abord à le tourner, ce qui est contraire aux principes de la guerre de montagnes; ils subirent des perles énormes, et ce n'est qu'après avoir occupé les hauteurs latérales qu'ils nous forcèrent à évacuer le défilé et purent passer la Reuss. Lecourbe opéra sa retraite sur Wasen, mais il vint se heurter contre la colonne autrichienne de 2,000 hommes qui, dès la veille, avait débouché à Amsteg. Il rompit les ponts de la Reuss et se retira vers Engelberg par le Sureneii-Pass, conservant ainsi ses communications avec Lucerne et menaçant le flanc, puis bientôt les derrières de la colonne russe.
Souwarow, arrivé à Altorf le 26 septembre, comptait trouver Jellaehich et une flottille sur le lac pour transporter ses troupes à Briinnen; il n'en fut rien. De graves événements venaient en effet de se passer sur la Limmat et de déjouer tous les plans des coalisés.
Nous avons laissé les armées en présence sur la ligne de Linth-Limniat, et nous avons vu qu'à la fin d'août l'archiduc, sur l'ordre formel du conseil aulique, avait dû quitter ce théâtre d'opérations avec 36,000 Autrichiens pour se porter vers le Palatinat. Il devait être remplacé par Souwarow et, en attendant l'arrivée de ce dernier, ce fut Korsakow qui prit le commandement; Hotze, avec 10,000 Autrichiens, gardait encore la ligne de la Linth, Jellaehich et Linken, avec 10,000 hommes, occupaient les montagnes au sud du lac de Wallenstadt et s'étendaient jusqu'à Coire; les forces russes, sur la Limmat, ne se montaient plus qu'à 26,000 hommes. Masséna résolut de profiter de cet affaiblissement de son adversaire et de prévenir sa jonction avec Souwarow; il disposait de 37,000 hommes sur la Limmat et de 10,000 sous Soult sur la Linth. Molitor avait 3,000 hommes sur la haute Linth, Lecourbe en avait 6,000 et Gudin 4,000.
Dans la nuit du 24 au 25 septembre, 37 barques furent amenées à DietihoTij et, dès le matin, un corps de 15,000 hommes fut jeté sur la rive oppo-