CHAPITRE III. — DÉFENSE DE LA SUISSE. ^i
sée. L'aile droite des Russes fut coupée, et le reste no tarda pas à être enveloppé. Le gros de leurs forces était resté au petit Zurich, sur la rive gauche de la Limmat, faisant face à deux de nos divisions (18,000 hommes) qui occupaient Altstadten. Korsakow ne s'attendait en effet qu'à une attaque de front, la seule probable pour les généraux russes de cette époque. Les deux divisions qui avaient passé la Limmat se portèrent par la rive droite sur les hauteurs qui dominent Zurich, et occupèrent le soir toutes les routes de retraite des Russes. Korsakow était donc dans une position très critique ; le lendemain :26, il parvint à se faire jour et à dégager le chemin de Winterthur, mais il perdit toute son artillerie et ses bagages.
Pendant que ces événements se passaient sur la Limmat, Soult n'était pas inoins heureux sur la Linth; le 25 il passa cette rivière de vive force et battit partout les Autrichiens désorganisés par la mort de Holze; le lendemain il les repoussa sur la Thiir et sur Saint-Gall.
Jellachich et Linken avaient de leur côté pris l'offensive dans cette mémo journée du 25 pour se réunir à Souwarow ; mais ils n'agirent pas de concert et furent contenus par Molitor. Ce dernier, avec de faibles forces, empêcha tout d'abord Jellachich de déboucher sur Nœfels et le repoussa sur Wallonstadt (25 et 26 septembre); il se porta ensuite contre Linken, qui descendait du Tœdi par les sources de la Linth et le Sernfthal, il lui barra la route do (ilaris (27 et 28 septembre) et le rejeta dans les montagnes.
Masséna, libre de toute crainte du coté de Zurich, se retourna aussitôt contre Souwarow. Ce dernier, arrivé à Fluelen au fond de l'impasse de la vallée de la Rcuss, s'était décidé à se jeter dans les affreuses montagnes du Schachenthal et à franchir le Kinsùj-Pass pour gagner la vallée du Muotta et Schwyz et pour se porter sur les derrières de l'armée française. 11 mit doux jours à effectuer le trajet d'Altorf à Muotta et ne réunit son armée dans cette dernière vallée que le 28. Lecourbe s'était mis à sa poursuite et le harcelait sans cesse; Molitor occupait le débouché du Pragel-Pass ; Masséna arrivait avec une de ses divisions à Schwyz et se mettait, par le lac des Quatre-Gantons, en comnmnication avec Lecourbe. La position du général russe était donc affreuse. Son armée était épuisée par une marche pénible au milieu d'affreux défdés, elle manquait de vivres et de munitions; cependant il persista tout d'abord à marcher par Schwyz contre Masséna. Forcé d'abandonner ce projet téméraire, il se décida A battre en retraite par le Pragel-Pass et à gagner Glaris et Wcsen. Il se mit en marche le 30 septembre en laissant dans le Muotta Thaï une forte arrière-garde qui ne put être entamée par les troupes de Masséna et qui même repoussa les républicains jusqu'à Schwyz. Le débouché du Pragel-Pass et toutes les positions du Kloîi Thaï furent habilement disputés par Molitor. Les Russes arrivèrent néanmoins à Glaris, mais ils ne purent forcer le passage de la Linth, dont
les ponts avaient été coupés et qui fut brillamment défendue par Molitor au combat de Nœfels (1" octobre). Cette rivière, comme on l'a fait remarquer plus haut, n'aboutissait pas alors au lac de Wallenstadt; elle se jetait dans des marais en aval du lac et formait un obstacle qu'avait à franchir l'armée russe pour atteindre Wesen. Elle ne put le vaincre et dut se rejeter vers le sud dans le val dEngi pour gagner de là les Grisons par le Panixer Pass. Le passage du col, déjà couvert de neige fraîchement tombée, fut très pénible ; les Russes y perdirent beaucoup de monde et atteignirent Ilanz le 7 octobre réduits au tiers de leur effectif. Souwarow eut d'abord le projet de rentrer en Suisse après avoir réorganisé les armées battues ; mais, à la suite de longues discussions à ce sujet avec l'archiduc Charles, il décampa tout à coup avec ses troupes et les cantonna en Bavière, refusant de prendre part à de nouvelles opérations. Il retourna à Saint-Pétersbourg, mais au lieu d'y trouver l'accueil triomphal auquel il était habitué, il tomba en disgrâce et en mourut de chagrin Tannée suivante. Ces belles opérations de Masséna eurent pour résultat l'évacuation de la Suisse par les armées russe et autricliienne. L'armée française, restée maîtresse des Alpes et du Rhin, put com inonrcr avec avantage la campagne do 1800.