CHAPITRE V. " LA HOLLANDE. Tï
n'est qu'à partir du seizième, siècle que de grands travaux de dessèchement furent entrepris. Les terrains reconquis depuis cette époque jusqu'à nos jours forment une surface de 3,800 kilomètres carrés. Les polders ainsi rendus à la culture sont de deux sortes : endiguements ou assèchements.
Les endiguements sont conquis directement sur la mer et sont formés en partie par colmatage ; les amas de terre glaise, de limon et de vases amenés par les eaux s'accumulent peu à peu et forment des wadden, entre les îles de la Frise et la côte, par exemple; ces terres nouvelles finissent par émerger et se recouvrent de joncs et d'herbages, elles prennent le nom de schorren ou kwelders; on les endigue alors et on les transforme en terres fertiles; ces polders, par suite d'affaissement ou de tassement postérieur du sol, sont souvent au niveau des basses mers et môme au-dessous.
Les assèchements sont d'anciens marais, d'anciennes cuvettes, des tourbières qui ont été entourés de digues, desséchés, et où des machines hydrauliques puisent toujours l'eau qui s'y accumule; ces polders sont en général à un niveau plus bas encore que les précédents.
Les digues d'enceinte des polders sont appelées ringdiihen^ les canaux d'enceinte creusés sur le côté extérieur de ces digues sont AQsringwaarten ; ces derniers reçoivent l'eau qui est tirée des polders avec des machines d'épuisement, et la déversent au loin. Ces machines hydrauliques sont souvent mues par des moulins à vent, qui restent d'ordinaire en permanence pour puiser les eaux de pluie et d'infiltration, et pour empêcher ainsi les polders de se remplir. Dans les canaux de dérivation des eaux du polder, le niveau doit rester au-dessous d'un maximum, de manière à ce que cette eau ne se déverse pas par-dessus les digues; d'autre part, l'eau ne doit pas descendre au-dessous d'un certain niveau, de manière à ce qu'on puisse arroser les polders en cas de sécheresse et à ce que la navigation ne soit pas interrompue. Suivant l'altitude des terres au - dessus du niveau d'été des canaux d'assèchement du polder, les cultures sont différentes : les prairies ont une altitude de 0™,30 à 0™,45 au-dessus de ce niveau, les terres labourées sont élevées de 0",70, et les jardins fruitiers de 1"*,20*.
Pour les polders voisins de la mer dont le fond est au-dessus du niveau des basses mers, il suffit, pour les tenir secs, d'ouvrir les écluses à marée basse.
Tous les moulins à vent nécessaires à l'épuisement de l'eau des polders donnent au pays un aspect particulier qui étonne le voyageur, leur construction est souvent très soignée et très bizarre, leur nombre est de 10,000 au moins en Hollande. Peu à peu le vent est remplacé comme force motrice par la vapeur; en 1872, on comptait déjà 125 moulins à vapeur employés à vider les eaux des polders, leur puissance est beaucoup plus grande que celle des moulins à vent et a permis d'exécuter des travaux véritablement