CHAPITRE I^'-. — ÉTUDE D'ENSEMBLE DE L'ALLEMAGNE
ciennes individualités provinciales de l'Allemagne : Les Autrichiens sont doux et simples, ce sont les plus aimables des Allemands; les Bavarois des plateaux passent pour rustauds et laids, ce sont des hommes grands et forts, aux muscles développés; ceux de la Basse- Bavière j de Ratisbonne à Passau, ont une physionomie intelligente et de la ]jrcscnce d'esprit, mais ils sont violents et batailleurs; les Souabcs sont d'une nature songeuse et réiléchie, ils sont tenaces, naïfs, poétiques et religieux jusqu'à la superstition; les Franconiens se distinguent par l'agilité, la souplesse, l'élégance du corps aussi bien que par l'élan et la gaieté; les Thuringcois ont également beaucoup d'entrain, ils sont connus par leur amour de la musique et de la danse ; c'est en Thuringe et en Franconie que les lettres ont été cultivées plus que partout ailleurs en Allemagne; les Hessois^ subtils et tenaces, contrastent avec les précédents par leur air misérable et triste, ce qui tient à l'âpreté et à la froidure de leur pays ainsi qu'au mauvais gouvernement qui les a toujours régi; les Saxons^ sérieux, intelligents et disciplinés, ont toujours exercé une active influence sur le corps germanique, ils ont donné leur langue à l'Allemagne et sont souvent considérés comme les représentants de la nation entière; les Frisons sont fiers de leur antique indépendance; les Prus^ siens proprement dits, ceux de la Vieille Prusse, sont un peuple aryen non germanique; ils n'existent plus à l'état de peuple distinct, mais ils ont donné leur nom à la nation qui dirige aujourd'hui l'Allemagne; les habitants de Berlin et du Brandebourg proviennent du mélange d'éléments divers : Saxons, Français chassés de leur pays après la révocation de l'édit de Nantes, protestants de l'Allemagne du sud et de l'Autriche venus à diverses époques, ce sont les représentants officiels du nouvel empire d'Allemagne.
La nation allemande, considérée dans son ensemble, a été trop exaltée par ses propres écrivains et trop décriée par d'autres; « si on prend comme » types du caractère national, dit Reclus, les hommes qui savent échapper » à la médiocrité du milieu pour développer leur force native et révéler en » eux les vertus restées latentes chez leurs voisins, on doit accorder au » peuple allemand un sens profond de la nature, un rare instinct poétique, » une grande force de volonté, une singulière persévérance, un dévouement » naïf et sincère à la cause embrassée; mais il se laisse facilement entramer » vers les extrêmes : son amour peut se changer en mysticisme, le scnti- » ment devenir chez lui sensiblerie, la politesse se transformer chez lui » en règles d'étiquette, la joie de vivre dégénérer en arrogance, la colère » s'amasser en fureur, le ressentiment se perpétuer en rancune. Avec toute » sa volonté, sa ténacité, sa force, l'Allemand a moins de personnalité que » le Français, l'Italien ou l'Anglais ; il se laisse plus facilement influencer » par les mouvements d'opinion et les alternatives des événements ; il aime » à se mouvoir par grandes masses, il se plaît à suivre la méthode, même
» dans les folies, et la discipline lui est facile. En aucun pays du monde le » devoir n'est aussi fréquemment confondu avec la consigne. »
Histoire sucoincte de FEmpire gepmaiiique ' . — Les Germains, ({ui peuplaient déjà le centre de l'Europe à l'époque de la conquête des Gaules par Jules César, arrêtèrent l'expansion de la civilisation romaine au delà du Rhin et du Danube. Ces deux fleuves formaient la limite de l'empire au commencement de notre ère ; ils ne furent dépassés qu'en deux endroits : les Champs dècumates furent colonisés dès le milieu du premier siècle et protégés par le fameux retranchement rheno-danubien qui partait de Coblenz sur le Rhin, passait par Aschaffenbourg, gagnait la source de la Kocher et atteignait le Danube au-dessus de Ratisbonne; en second lieu, la Dacie fut conquise par Trajan (105) et défendue également par un retranchement qui s'étendait de la Theiss à la mer Noire.
Dès la fin du troisième siècle, les Champs dècumates étaient occupés par les Allemans, et la Dacie, sous Aurélien, était abandonnée aux Goths. Au commencement du cinquième siècle, les diverses peuplades de la Germanie franchissaient le Rhin et le Danube et se ruaient s.ur l'Empire romain ; elles furent suivies par des hordes dévastatrices venues d'Asie qui traversèrent et ravagèrent l'Europe sans s'y implanter.
Les Germains fondèrent d'abord des empires qui n'eurent qu'une durée éphémère ; mais bientôt les Vandales ^ les Visigolhs^ les Ostrogoths, les Angles et les Saxons s'établirent à poste fixe en Afrique, en Espagne, en Italie et en Grande-Bretagne ; les Burgondcs, fixés d'abord sur la rive gauche du Rhin au-dessus de Mayence, puis dans le bassin du Rhône, arrêtèrent, conjointement avec les Franks, les invasions nouvelles. Ces derniers devinrent prépondérant dans les Gaules, en Allemagne et en Italie avec Clovis, qui soumit à son autorité les Allemans, les Frisons, les Bavarois et les Thuringiens. Cet empire mérovingien, fondé par Clovis, sembla devoir se dissoudre sous les rois fainéants et par suite de discordes intérieures; mais une nouvelle dynastie, celle des Carlovlngiens, reconstitua l'empire franc et le porta à un haut degré de puissance. Charlemagne conquit l'Italie sur les Lombards, il soumit et convertit au christianisme la Bavière et la Saxe après de longues luttes, refoula les Arabes d'Espagne, détruisit l'empire avare et enfin ceignit la couronne impériale. Ce vaste empire ne survécut guère à son fondateur et fut partagé par le traité de Verdun (843) entre ses trois petits-fils; c'est alors que se manifestent pour la première fois les nationahtés française, itahenne et germanique.
Louis le Germanique, le troisième fils de Louis le Débonnaire, fut le premier roi de Germanie et le véritable fondateur du nouveau royaume; ce