CHAPITRE I*"'. — ÉTUDE D'ENSEMBLE DE L'ALLEMAGNE
dernier comprenait tous les pays à l'est d'une ligne qui partait des bouches (lu Weser, coupait la Lippe dans la partie inférieure de son cours, atteignait le Rhin en amont de Bonn, le remontait jusqu'à Baie, en donnant à l'Allemagno les territoires des évechés de Mayence, de Worms et de Spire sur la rive gauche, se dirigeait vers les sources du Rhône et suivait la chaîne principale des Alpes. Partage entre les trois fils de Louis, réuni avec presque lous les Etats de l'empire de Gharlemagnc sous le sceptre débile de Charles le Gros, le royaume de Germanie fut reconsiituc sous l'autorité dUArnulf avec adjonction de la Frise et de l'Alsace. A la mort de Louis l'Enfant, le dernier descendant de Charlemagne (911), il se trouvait menacé à la fois par les attaques des Normands, des Wendes, des Moraves et par une profonde décomposition intérieure; il semblait devoir se diviser en quatre Etats particuliers, la Souabe, la Bavière, la Fî^anconie et la Saxe y dont les ducs étaient presque indépendants.
La couronne de Germanie fut offerte par les évèques et les grands à Conrad le Salien, duc de Franconie, qui l'accepta, mais qui ne put faire reconnaître son autorité par les Saxons; à sa mort (918), reconnaissant son impuissance, il envoya lui-même les attributs de la royauté à son rival Henri, fils d'Otton llllustre, duc de Saxe.
La dynastie saxonne, grâce au génie d'Herirl l'Oiseleur et (VOlton le Grande refoula l'invasion païenne qui menaçait l'Allemagne, établit l'unité nationale malgré l'esprit de particularisme des divers duchés ou rogna, conquit la Lorraine et l'Italie et fonda le saint empire romain de 7iation germanique (962). Malheureusement, l'idée fatale de refaire un empire d'occident et la longue querelle des investitures usèrent les forces des trois dynasties successives de Saxe, de Franconie et de Souabe et amenèrent la ruine de l'empire luimême. Conrad II de Franconie avait hérité du royaume des Deux-Bourgognes (1032); mais, sous les Hohcnstaufen, l'empire fut définitivement écrasé par le saint-siège, les divers Etats de l'Italie recouvrèrent leur autonomie et la vallée du Rhône ne tarda pas à être absorbée par le royaume de France.
A l'intérieur, l'autorité de l'empereur n'était pas reconnue par ses puissants vassaux; la lutte des Guelfes (Welfs) et des Gibelins (Hohenstaufen) affaibht l'autorité royale au profit de la noblesse de second ordre ; les prélats, comblés de biens et de terres par les empereurs, leur échappèrent à la suite du triomphe du sacerdoce sur l'empire; les vassaux devinrent souverains; les villes épiscopales et impériales devinrent libres et formèrent de petites républiques municipales autonomes. L'empereur Frédéric II dut reconnaître la supériorité territoriale, c'est-à-dire l'indépendance et la quasi-souveraineté de tous les petits Etats, et, à partir du treizième siècle, l'empire ne fut plus qu'une république fédérative, dont l'empereur avait la présidence élective. Toutefois, l'idée de solidarité politique ne disparut pas entièrement comme en Italie, et la royauté continua à former un lien commun entre les
uomlireux iiioiubrcs tlii saiut-eiiipirc. lY»nclaiit cette dislocation intérieure de l'empire, la germanisation des pays slaves à l'est de l'Elbe faisait de rapides progrès, grâce à l'énergie des ducs de Saxe et de Brandebourg, Henri le Lion et Albert l'Ours, grâce aussi aux conquêtes des ordres religieux des Porte- Glaive et des chevaliers teutojiiques.
Après le grand interrègne, Rodolphe de Ilabsbouru (1273) restaura la monarchie et lui donna pour base le pairimoine des empereurs. La diète de rempire était composée : l*^ du collège électoral comprenant les sept électeurs, dont les prérogatives furent réglées par la fameuse Bulle d'Or de 1356; 2^ du collège des princes ecclésiastiques et laïques; 3* du collège des villes libres. La dignité impériale, après avoir appartenu pendant plus d'un siècle (1308-1437) aux maisons de Luxembourg et de Bavière, ne sortit plus de la maison d'Autriche jusqu'à la disparition du saint-empire en 1806. Il est vrai que l'empereur était un souverain sans autorité, sans budget, qui, en dehors de ses Etats particuliers, ne possédait qu'un vain titre, surtout depuis que l'autonomie des membres de l'empire avait été reconnue officiellement par Maximilien I".
Au seizième siècle, la Réforme vint jeter un nouveau ferment de troubles et un nouveau germe de dissolution dans l'empire. A deux reprises, à la faveur des guerres de religion, les empereurs tentèrent une réaction monarchique qui échoua devant la résistance des princes allemands soutenus par la France. Une première fois, Charles Quint, vainqueur à Muhlberg (1547) des confédérés de Smalcalde, voulut à la diète d'Augsbourg (1548) traiter les électeurs et les princes allemands comme il eut traité les grands d'Espagne; mais le nouvel électeur de Saxe, Maurice^ son allié du moment, ne tarda pas à se liguer avec le roi de France, Henri II, et imposa h l'empereur la transaction de Passau (1552), puis la paix de religion d' Augsbourg (1555). En second lieu, au commencement de la guerre de Trente-Ans, Ferdinand II, grâce aux succès de Wallenstein, voulut rétablir en Allemagne son autorité sur la même base que celle des rois de France et d'Espagne (1626) et fit rendre Vèdit de restitution, qui mettait à sa disposition tous les bien§ ecclésiastiques des pays protestants; mais l'habile politique de Richelieu Véunit contre lui tous les princes allemands à la diète de Ratisbonne (1630), jeta Kustave-Adolphe sur l'Allemagne et fit entrer la France elle-même en lice ([uand les Suédois vinrent à faiblir. Les traités de Westphalie (1648) mirent lin à tout essai de restauration monarchique, en inscrivant dans le droit public européen la quasi-souveraineté des Étals d'empire; ils prononcèrent de plus la sécularisation des principautés ecclésiastiques du nord et ratilièrent d'importantes diminutions de territoire en cédant définitivement à la France les trois- évêchés et l'Alsace et en reconnaissant l'indépendance de la Suisse et de la répubUque des sept provinces unies des Pays-Bas ; enfin ils permirent l'ingérence l'ontinuellc de rétr^'int^er, surtout de la France.