Je dis que le déluge n’a pu apporter
les choses nées dans la mer sur les monts, si la mer en se soulevant n’avait inondé les lieux susdits. Ce soulèvement n’a pu arriver, car il aurait produit du vide.
Et si tu dis : l’air remplit ce lieu, nous avons conclu que le poids ne se soutient pas sur le léger, ou par nécessité il est inclus ; et que ce déluge avait été causé par l’eau de pluie ; et si toutes ses eaux coururent à la mer et non la mer à la montagne ; et si elles avaient couru à la mer elles auraient poussé les coquilles du lit de la mer et ne les auraient pas tirées d’elles-mômes. Et si tu dis : comment l’eau de pluie, en montant, porte-t-elle ces coquilles à cette hauteur ? Nous avons déjà dit que ce qui est lourd ne surnage pas, mais va au fond et y reste, s’il n’y a pas percussion dans l’eau.
Et si tu dis que les eaux les apportèrent en ces lieux élevés, nous avons prouvé que l’eau dans les grandes profondeurs tourne en sens contraire, par rapport au mouvement de la surface : ce qui se manifeste par les tourbillons de la mer sur le terrain voisin de son lit.
Mouvoir la chose plus légère que l’eau avec elle et la laisser à l’endroit de la rive de sa plus haute onde ! Mouvoir la chose plus lourde que l’eau suspendue dans son onde, dans la surface et au fond. Par ces deux conclusions qui, en leurs lieux, seront pleinement démon-
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trées, nous conclurons que l’onde superficielle ne peut porter des coquilles plus lourdes que l’eau.
Quand le déluge aurait eu à porter les coquilles à trois et quatre cents milles de la mer, il les aurait portées avec diverses autres choses, et nous voyons, en telle distance, l’huître ensemble avec le coquillage et les poissons calmar et tous les autres coquillages qui sont agglomérés ensemble, trouvés tous morts; et les coquillages isolés trouvés distants l’un de l’autre, comme dans les rivages maritimes : cela se voit tous les jours.
Et si nous trouvons l’huître de forte taille avec des exemplaires aux valves unies, cela signifie qu’elles furent laissées par la mer encore vivantes, quand fut taillé le détroit de Gibraltar.
J’ai vu dans les montagnes de Parme et de Plaisance la multitude des coquilles et coraux rouges, encore collés aux rochers. Quand je faisais le grand cheval, à Milan, un certain paysan m’apporta un grand sac dans mon atelier. Il les avait trouvés et nombre étaient conservés dans leur boîte primitive.
Trouvés sous la terre et dans les profondes caves des rochers, des bois travaillés, déjà noircis, furent découverts de mon temps à Castel Fiorentino; et ces bois en ce lieu profond provenaient de la vase jetée par l’Arno
dans la mer qui les abandonne à cette hauteur ; car la plaine de Gesentino fut tellement abaissée de niveau qu’ils se sont continuellement éloignés de là.
Et si tu dis que tels coquillages ont été créés et sont créés continuellement en semblables lieux par la nature du site et du ciel qui l’influence, celte opinion ne sera pas acceptée par des cerveaux sérieux, parce que là où s’énumèrent les années d’accroissements sur les coquilles, petites ou grandes sans aliments elles ne sauraient croître, ni s’alimenter sans mouvement, or celles-là ne peuvent se mouvoir. {R. 988.)
279. — Sur les bords de l’une et l’autre rives se trouvent encore les traces des vers de terre qui cheminaient, quand ils furent écrasés.
Toutes les fanges marines retiennent encore des coquilles, et la coquille est pétrifiée avec la fange.
De la sottise et la naïveté de ceux qui veulent que tels animaux aient été portés par le déluge, en des lieux distants de la mer!
Une autre secte d’ignorants affirme que la nature et le ciel avaient été créés, par influx céleste, en ces lieux où on ne trouve pas le squelette des poissons grandis en un long temps, comme dans les écorces des coquilles et des escargots on ne peut retrouver les ans et les mois de leur vie, tandis que cela se voit sur la
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corne des bœufs et des moutons, et dans le rameau des plantes qui ne furent jamais taillées en aucune partie.
Ayant, avec de tels signes, démontré ladurée de leur vie, de façon manifeste, il faut confesser que de tels animaux ne vivaient pas sans mouvement pour chercher leur nourriture ; et on ne voit en eux aucun instrument propre à pénétrer la terre ou le rocher où ils se trouvent incrustés.
En quelle façon pourrait-on trouver, dans un grand limaçon, les fragments et parties de beaucoup d’autres sortes de coquilles de nature variée si ce limaçon, déjà mort sur le rivage marin, n’avait été jeté par les eaux de la mer, comme les autres corps légers qu’elle jette à la terre ?
Pourquoi trouve-t-on tant de fragments et de coquilles sur les rivages et dans les plis de la pierre, si, avant, sur le rivage ils n’avaient été recouverts d’un limon rejeté par la mer, et qui s’est ensuite pétrifié.
Si le déluge prédit les avait apportées en tel endroit de la mer, tu trouverais ces coquilles au pied d’une seule montagne et non en beaucoup d’autres.
Nous devons ensuite énumérer les annates du temps où la mer multipliait les dépôts de sable et de fange, les apportant des fleuves voisins et qu’elle déchargeait de leurs lits dans le sien.
Et si tu voulais dire que plusieurs déluges furent nécessaires pour produire ces dépôts de coquillages, il faudra que tu affirmes qu’un tel déluge est arrivé chaque année.
Et si tu veux dire que ce déluge porta des centaines de mille de coquilles hors de la mer, cela ne se peut, car le déluge eut la pluie pour cause; et naturellement la pluie enflant les fleuves,ceux-ci entraînent ce qu’ils charrient vers la mer et ne tirent pas des montagnes les choses mortes pour les amener à la mer.
Et si tu dis que le déluge éleva ses eaux sur les montagnes, le mouvement de la mer fut si lent à cheminer contre le cours des fleuves, qu’il n’a pu soutenir, au-dessus de lui, les objets plus lourds que l’eau. S’il les avait pu soutenir en s’abaissant, il les aurait semés en divers endroits.
Gomment expliquerons-nous les coraux, qui, vers Monlferrat en Lombardie,ont été tous trouvés corrodés et appliqués aux rochers découverts par le courant du fleuve?
Ces rochers sont tout couverts de choses de la nature et de la famille des huîtres, que nous savons privées de mouvement et devant être toujours attachées par une de leurs valves au rocher, ouvrant l’autre pour se nourrir d’animalcules qui passent dans l’eau et qui croyant trouver bonne pâture deviennent l’aliment du coquillage.
On ne trouve pas le sable mêlé avec l’algue marine à l’état de pétrification, puisque l’algue
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qui le cloisonnait vient moins. Le Pô en découvre tous les jours, dans les détours de ses rives. (R. 989.)
280. — Les coquillages sont des animaux dont le squelette est extérieur. (Cité par Humboldt.)
281. — La terre des antipodes, qui soutient l’océan, venant à s’élever, et se découvrant suffisamment au-dessus de la mer, en restant presque plane, avec le temps se formeraient des monts, des vallées, des rochers. Les tas de limon et de sable, d’où l’eau s’écoule, quand ils restent découverts après une inondation, nous permettent de répondre à la question. L’eau, en s’écoulant, commencerait à faire des ruisseaux dans les parties les plus basses, et ces ruisseaux en se creusant recevraient les eaux environnantes augmentant, en leur cours, de largeur et de profondeur et deviendraient les lits des torrents, et des deux côtés s’élèveraient des rives, qui sécheraient, créànt des pierres, par couches plus ou moins épaisses, avec le limon apporté parles fleuves. (F. 11, p.)