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D’après les dessins

DE LÉONARD DE VINCI

variées compositions, faites sur papier ou sur les murs par divers maîtres et que d’après elle on acquiert une pratique rapide et une excellente habitude.

A quoi on réplique que cette méthode serait bonne, suivie d’après de bonnes compositions et de savants maîtres ; de tels maîtres sont si rares, on en trouve si peu qu’il est plus sùr d’aller aux choses naturelles qu’à cette même œuvre qui a été mal imitée de la nature et prendre une mauvaise habitude ; qui peut aller à la fontaine, ne va pas à la cruche. (C. A. 196, c.)

399. — Quand tu sauras bien la perspective et que tu auras dans l’esprit tous les membres du corps des choses, sois observateur et souvent dans les lieux où tu vas pour te distraire, étudie les sites et les actes des hommes, leur façon de parler, de rire ou de se battre, quelles attitudes ils prennent, quels gestes ils font, les circonstances, les disputes et les spectateurs ; et note avec des signes brefs tous ces traits sur ton petit carnet que tu dois toujours porter sur toi ; qu’il soit de papier teinté non pour efïacer, mais pour changer du vieux en neuf: et ce ne sont pas choses à être raturées, mais avec grande diligence conservées, parce qu’il y a une telle inimité de formes et d’actions que la mémoire ne peut les retenir, et ces croquis te serviront, comme auteurs et maîtres. (G. A. 27, c.)

400. — Il m’est prouvé qu’il y a une grande utilité, quand tu te trouveras en repos dans le lit, d’aller en esprit, te représentant les linéaments superficiels des formes selon les dernières études et autres circonstances notables du domaine de la subtile spéculation.

C’est un acte louable et utile, très propre à confirmer les choses dans la mémoire. (A SH. I. 26, r.)

401. — Je ne manquerai pas de dire, parmi ces préceptes, une nouvelle invention de théorie, bien qu’elle paraisse mesquine et presque ridicule, car elle est très propre et utile à disposer l’esprit à de variées inventions. Voici ce que c’est : si tu regardes certains murs imbriqués de taches et faits de pierres mélangées et que tu aies à inventer quelque site, tu pourras voir sur ce mur la similitude des divers pays, avec leurs montagnes, leurs fleuves, leurs rochers, les arbres, les landes, les grandes vallées, les collines en divers aspects ; tu pourras y voir des batailles et des mouvements vifs de figure, et d’étranges airs de visage, des costumes et mille autres choses que tu réduiras en bonne et intègre forme.

Il arrive pour les murs semblables et mélangés, comme pour le son des cloches, dont les coups vous font penser à tout nom et à tout vocable qu’on imagine.

J’ai déjà vu des nuages et de vieux murs qui

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m’ont donné de belles et variées inventions, et ces duperies, quoique privées en elles-mêmes de toute perfection d’aucun membre, ne manquaient pas de perfection dans leurs mouvements et autres actions. ( ASH . I. 22, v.)

402. — La chambre d’une petite habitation rajuste l’esprit, et grande elle l’égare. ( ASH . I. 16, r.)

403. — Pauvre maître que celui dont l’œuvre dépasse le jugement; celui-là seul marche vers la perfection de l’art, dont le jugement dépasse l’ouvrage. {LU. 57.)

404. — Pauvre disciple qui ne surpasse pas son maître ! Quand l’œuvre surpasse le jugement de l’auteur, celui-là n’ira pas haut : et quand le jugement surpasse l’ouvrage, l’artiste finit de l’améliorer, si l’avarice ne l’en empêche. {LU. 62.)

405. — Et toi, peintre, étudie pour faire tes ouvrages de façon à ce qu’ils attirent à eux les spectateurs, et qu’ils s’y arrêtent avec grande admiration et délectation; au lieu de les attirer pour les faire fuir, comme fait l’air à celui qui aux heures nocturnes saute nu du lit pour contempler la qualité de l’air nébuleux ou serein et qui aussitôt, saisi par le froid, retourne au lit qu’il avait quitté.

Mais que tes œuvres agissent comme cet air qui, dans les temps chauds, tire les hommes de leur lit et les retient délicieusement à jouir de la

fraîcheur d’été. II ne faut pas vouloir être plus pratique que savant et que l’avarice l’emporte sur la gloire qui s’acquiert légitimement d’un tel art.

Ne vois-tu pas que, parmi les humaines beautés, le très beau visage arrête les passants et non pas les riches ornements? Je te le dis, avec l’or et autres riches atours, ne couvre tes figures. Ne vois-tu pas la resplendissante beauté de la jeunesse perdre de son excellence par les excessifs et trop recherchés ornements ?

N’as-tu pas vu le montagnard enveloppé de pauvres et sauvages loques avoir plus d’allure que d’autres qui sont très attifés ?

Rejeter les ajustements et les coiffures chères aux têtes vides, un seul chapeau posé plus d’un côté que de l’autre, celui qui le porte se promet grande infamie, croyant que ceux qui' l’entourent abandonnent leurs pensées et ne parlent et ne s’occupent que de lui. Et ceux-là ont sans cesse pour conseiller le miroir et leur peigne ; le vent est leur grand ennemi, dérangeur des cheveux luisants.

Donne donc à tes tètes des coiffures qui suivent le mouvement d’un vent imaginaire autour des visages juvéniles et avec divers retroussis gracieusement ornés et n’imite pas ceux qui les emplâtrent avec de la colle et font paraître les visages comme s’ils étaient vitrifiés...

Humaine folie : pour la satisfaire, les naviga-

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teurs ne cessent pas d’apporter de l’Orient de la gomme arabique, afin d’empêcher que le vent ne dérange l’égalité de coiffure. Quoi de plus vain que ce soin-là? {LU. 404.)

406. — Le peintre qui traduit par pratique et jugement de l’œil, sans raisonnement, est comme le miroir, où s’imitent les choses les plus opposées, sans cognition de leur essence. (C. A. 76, r.)

407. — Et toi, peintre, qui désires arriver à la grandissime pratique, tu as à comprendre que si tu ne te la hases pas sur son bon fondement des choses naturelles, tu feras une œuvre médiocre, de peu d’honneur et de peu de durée. Si tu la fais bonne, ton œuvre te vaudra beaucoup d’honneur et d’utilité. {LU. 7oO.)

408. — Il faut user de ces règles seulement pour corriger tes figures. Car, tout homme, dans sa première composition, fait quelque erreur, et s’il l’ignore il ne la corrige pas. Donc, pour connaître tes erreurs, critique ton œuvre et où tu trouves des erreurs, corrige-les et que ton esprit averti n’y retombe plus. Si tu veux mettre en œuvre d’abord les règles de la composition, non, tu n’en viendras jamais à bout et tu jetteras la confusion dans ton ouvrage.

Ces règles font que tu possèdes un libre et bon jugement, le bon jugement naissant du bon entendement et le bon entendement dérive de la raison traitée selon de bonnes règles et les bonnes règles sont filles de la bonne expérience,

commune mère des sciences et des arts.

Ainsi, ayant bien en esprit les préceptes de mes règles, tu pourras, avec un jugement réparateur, juger et connaître toute œuvre proportionnée en perspective, comme en figures et autre chose. ( C . A. 218, p.)

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