‹ Textes choisisChapitre 48 sur 100 · APERÇU HISTORIQUE SUR LA PEINTURE · texte numérisé non relu

APERÇU HISTORIQUE SUR LA PEINTURE

409. — La peinture va d’âge en âge déclinant et se perdant, quand les peintres n’ont pour auteur que la peinture précédente.

Le peintre aura un ouvrage peu excellent s’il prend pour maître la peinture d’autrui; mais s’il s’inspire de la nature, il aura bon fruit. Nous voyons, depuis les Romains, que les peintres s’imitçrent l’un l’autre et ainsi d’âge en âge, toujours amenèrent le déclin de cet art.

Depuis, Giotto vint : ce Florentin né sur les monts solitaires, habités seulement des chèvres et bêtes semblables, sentant le visage de la nature à l’art semblable, se mit à dessiner sur les rochers les attitudes des chèvres qu’il gardait, et continua à faire tous les animaux qu’il trouva dans le pays ; de telle façon qu’après beaucoup d’étude, il surpassa non seulement les maîtres de son temps, mais ceux de beaucoup de siècles passés.

Depuis Giotto l’art retomba, parce que tous

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imitent les peintures déjà faites; et ainsi, de siècle en siècle, va la décadence jusqu’à Tomaso, Florentin surnommé Masaccio, qui montra par son œuvre parfaite que ceux qui prennent pour auteur autre que la nature, maîtresse des maîtres, s’efforcent en vain.

Gela s’entend aussi des mathématiques que certains n’étudient que dans les auteurs et non dans l’œuvre de la nature, neveux et non fils de cette nature, mère des bons auteurs.

Je déteste l’extrême sottise de ceux qui blâment les couleurs dont se revêt la nature, laissant de côté les auteurs, disciples de la nature même. (G. A. 141, r.)

410. — Encore que la prospérité du corps ne gâte pas celle de l’esprit, le peintre ou le dessinateur doit être solitaire et surtout quand il est dans un dessein d’observation et d’attention , afin que continuellement ce qui se présente à ses yeux soit matière à la mémoire d’être bien circonspecte.

Si tu es seul, tu seras tout à toi ; si tu es accompagné d’un seul, tu ne seras à toi qu’à demi et même à moins ; lorsque sera plus grande l’indiscrétion de la fréquentation, cela tournera de plus en plus en inconvénient. Si tu veux dire : — j’agirai à ma guise ; je me tiendrai à part pour mieux observer les formes des choses naturelles, — je te dis que tu ne peux que mal faire, car tu ne peux t’empêcher de

prêter l’oreille à leurs paroles : on ne sert pas deux maîtres, tu seras donc un mauvais compagnon et un plus mauvais spéculateur d’art.

Et si tu dis : — je me mettrai tellement à part que leurs paroles ne me parviendront pas et ne me causeront aucun embarras, — je te dis que par cela tu seras pris pour fou ; mais vois que, en ce faisant, tu seras néanmoins seul. (A SH. I. 27, e.)

411. — L’esprit du peintre veut être à la ressemblance du miroir qui sans cesse se transforme aux couleurs des choses qu'il reflète et qui s’emplit d’autant d’images qu’il y a d’objets placés près de lui.

Le sachant, tu ne peux t’estimer bon peintre si tu n’es pas le maître universel qui sauras contrefaire, avec ton art, toutes les qualités de la forme que produit la nature ; et tu ne saurais rendre ces qualités si tu ne les vois et ne les retiens en ton esprit ; ainsi allant à travers la campagne, fais que ton jugement s’applique à la variété des objets, et de main en main, regarde tantôt une chose, tantôt l’autre, faisant un faisceau de remarques variées, élues et choisies parmi de moins bonnes.

N’imüe pas certains peintres qui s’épuisent avec leur fantaisie, abandonnent l’œuvre et se fatiguent comme s’ils périssaient, gardant dans l’esprit une lassitude, non qu’ils veillent, mais ils chargent leur esprit de choses variées, rencon-

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trant leurs amis et parents, qui les saluent, ne les voient ou ne les sentent et ne les reconnaissent pas plus que s’ils rencontraient d’autres mines. (AS H. I. 12, r.)

412. — Le peintre doit être solitaire, considérer ce qu’il voit, parler avec lui-même, choisissant les plus excellents aspects de chaque chose qu’il aperçoit, à la manière du miroir où se reflètent autant de couleurs qu’il y en a dans les choses et les possède ensuite, et ce faisant, sonartparaîtra être une secondenature. (LU. 58.)

413. — L’esprit du peintre doit sans cesse transformer en autant de raisonnements les figures d’objets notables qui apparaîtront ensuite : et au passage il doit les noter et leur appliquer les règles, considérant le lieu et la circonstance, la lumière et l’ombre. (LU. 33.)

414. — Au peintre est nécessaire la mathématique appartenant à son art ; qu’il se prive de compagnons qui seraient étrangers à ses études. La cervelle, changeant suivant la variété des objets en présence desquels elle s’applique, s’écarte de tout autre soin.

Dans la contemplation et définition d’un cas, comme il arrive lorsque l’objet affecte les sens, on doit juger quelle est la plus pénible définition ; il convient de la suivre jusqu’à sa plus grande clarté et puis suivre ensuite la définition de l’autre sens.

Par-dessus tout, être d’esprit pareil à la su'

perficie du miroir, lequel se revêt d’autant de couleurs qu’il y en a dans les objets: et que ses compagnons lui ressemblent en telles études, et s’il ne les trouve pas, qu’il en use avec luimême dans ses contemplations, car enfin il ne trouvera jamais plus utile compagnie. {G. A. 181, v.)

415. — Le peintre qui aura les mains lourdes les fera ainsi dans ses œuvres et reproduira le défaut de son corps, s’il ne s’en garde par une longue étude.

Donc, peintre, remarque bien quelle partie est plus grossière en ta personne et celle-ci, applique-toi à la soigner dans les œuvres, car ce que tu as de bestial se reproduira en tes figures qui te ressembleront et sans esprit. Semblablement tout ce que tu as de bien ou d’inférieur paraîtra dans les parties correspondantes de tes personnages. (A. 232.)

416. — Il arrive que notre jugement guide notre main, pour créer les linéaments d’une figure, par aspects successifs jusqu’à ce qu’il soit satisfait. Ce jugement est une des puissances de notre âme qui compose la forme de notre corps où elle doit habiter, selon son vœu. Aussi, ayant avec les mains à refaire un corps humain, volontiers elle copie le sien, dont elle fut la première inventrice et qui est né d’elle et qu’elle aime, car naturellement on s’énamoure des choses qui vous sont similaires. {LU . 108.)

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