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BESTIAIRE

Lion.

439. — Cet animal, avec son cri tonnant, éveille ses petits le troisième jour, après leur naissance, pour leur apprendre tout ce qu’ignorent leurs sens endormis ; et les bêtes qui sont dans la forêt s’enfuient. ffgsj ;

On peut assimiler les fils de la vertu aux lionceaux qui, grâce au cri de la gloire, s’éveillent et s’élèvent dans les études honorables, de plus en plus ; et tous les vilains à ce cri s’enfuient, s’éloignant des vertueux.

Le lion couvre ses pas pour que ses ennemis ignorent son parcours. Il convient aux capitaines de céler les secrets de leur âme afin

1. Fiore di virtu che tratta tutti vitti humani et Çome si deve acquistare la virtû , Venezia, 1474, est la principale source où Léonard a puisé. On trouve aisément l’édition de Rome, 1740. — En outre, le maître possédait le Pline de Ghristoforo Landino tradocto de lingna latina in fiorentina , Venezia, 1476.

que l’adversaire ne connaisse pas leurs stratagèmes. (H. 18, r.)

Félins.

440. — Lions, léopard, panthère et tigres tiennent l’ongle dans la gaine et ne le font sortir que pour saisir la proie ou l’ennemi.

Quand la lionne défend ses petits contre la main des chasseurs, pour ne pas s’épouvanter à la vue des épieux, elle baisse les yeux à terre et, par sa fuite, ses fils ne sont pas prisonniers. (H. 2, J'.)

441. — Le lion, ce terrible animal, ne craint rien autant que le bruit des charrettes vides et le chant du coq ; il craint aussi le regard et avec un aspect peureux regarde sa crinière et s’effraie beaucoup quand il a couvert le visage. (H. 23, r.)

Colère.

442. — On dit que l’ours, quand il va à la ruche pour prendre le miel, les abeilles commencent à le piquer et lui abandonnent le miel pour courir à la vengeance ; et tout l’essaim vole sur lui et le mord, et se venge de façon que sa nourriture se convertit en rage et gisant par terre il joue des quatre membres, sans arriver à se défendre. {H. 6, r.)

Panthère.

443. — La panthère a la forme d’une lionne mais plus haute sur pattes, plus mince et longue,

blanche avec un mouchetage de taches noires en forme ronde ; tous les animaux se délectent à la voir et seraient sans cesse autour d’elle sans la terribilité de son regard. Elle le sait et cache son regard, afin que les animaux se rassurent et s’approchent pour jouir de cette beauté, mais soudain elle saisit le plus proche et le dévore. (H. 23, r.)

Chameau.

444. — Les chameaux Battriens ont deux bosses, ceux des Arabes une; ils vont vite au combat et portent très utilement les fardeaux.

Cet animal a une règle et des mesures qu’il observe ; il ne se lève pas s’il est plus chargé qu’il ne convient, et si le voyage est trop long, soudain il s’arrête. Les marchands sont alors forcés de l’alléger. (H. 23, v.)

Tigre.

445. — Le tigre naît en Icarnie, semblable à la panthère par les diverses taches de sa peau ; il est d’une étonnante vélocité.

Le chasseur, quand il trouve ses petits, les prend, en posant des miroirs dans le lieu d’où il part et sur un cheval rapide il fuit. Le tigre en revenant trouve les miroirs posés en terre et, s’y voyant, il lui paraît voir ses petits.

Grattant avec la patte, il découvre la tromperie et à l’odeur, il suit le chasseur. Celui-ci

DE LÉONARD DE VINCI

apercevant le tigre lâche un de ses petits et le fauve l'emporte au nid et revient sur le chasseur et fait de même, jusqu’à ce qu’il monte en barque. {H. 24.)

L’éléphant.

446. — La nature l’a doué de qualités que les hommes possèdent rarement, savoir : la probité, la prudence, l’équité et l’observance en religion.

A la nouvelle lune, ils vont au fleuve et pour se purifier se baignent solennellement comme s’ils saluaient la planète, et retournent à la forêt.

Malades, ils se jettent sur le dos et gisent sur l’herbe regardant le ciel, comme s’ils voulaient se sacrifier.

L’éléphant enterre ses défenses quand elles tombent par vieillesse ; il se sert de l'une de ses dents pour creuser autour des racines et se nourrir et il conserve l’autre pointue pour combattre. Quand il est pris par les chasseurs et que la lassitude l’accable, il brise ses défenses ; et comme par traité, il se rachète par elles.

Ils sont cléments et connaissent le péril. S’ils rencontrent l’homme seul et égaré, ils le remettent dans son chemin. S’ils trouvent les traces de pas de l’homme, ils craignent une traîtrise, et ils s’arrêtent et soufflent et montrent aux autres à se former en troupe et s’en vont prudemment. (H. 19).

446 bis. — Ils vont par troupes et le plus âgé marche devant ; et celui, qui par l’âge est le second, reste en arrière et ferme la marche. Us sont pudiques, ne s’accouplent que de nuit et en se cachant.

Ils ne reviennent de leurs amours, vers le troupeau, qu’après s’ètre lavés dans le fleuve. Jamais ils ne combattent la femelle comme les autres animaux. Si cléments que par nature ils ne font aucun mal, malgré leur force. S’ils rencontrent dans la bergerie les troupeaux de brebis, avec la trompe qui leur sert de main, ils les mettent de côté pour ne pas les fouler au pied. Au reste, ils ne nuisent jamais, s’ils ne sont provoqués.

Une fois l’éléphant tombé dans la fosse, les autres avec rameaux, terre et pierres, la remplissent en forme pyramidale sur le fond, afin qu’il reste facilement libre.

Ils craignent le cri du porc et fuient à reculons et ne manquent pas de frapper avec les pieds leurs ennemis.

Aimant les fleuves ils restent dans leurs parages toujours vagabonds, quoique à cause de leurs pieds ils ne puissent nager. Us avalent des pierres et rongent le tronc des arbres dont ils sont très friands.

Ils ont en haine les souris. Les mouches se délectent à leur odeur et se posent sur leur dos

DE LÉONARD DE VINCI

et s’incrustent à leur peau, mais ils les écrasent dans les plis de leur peau.

Quand ils passent les fleuves, ils envoient leurs petits selon la chaleur de l’eau, et se tiennent sur la pente rompant le cours ordinaire de l’eau, afin que le courant ne les entraîne pas. (H. 19, 20, r. et e.)

Intempérance .

447. — La licorne ou l’unicorne, par son intempérance, ne sait pas vaincre le plaisir qu’elle a des demoiselles, démentant sa férocité et sa sauvagerie ; laissant tout soupçon, elle va à la demoiselle et se couche dans son giron et de cette façon les chasseurs la saisissent. ( H . 10, r.)

Humilité.

447 bis. — L’agneau montre la plus grande expérience d’humilité, il se soumet à tout autre animal et quand on le donne pour nourriture aux lions en cage, il se soumet comme à sa propre mère, de façon qu’on a vu souvent le lion ne pas vouloir le tuer. {H. 11, r.)

Abstinence.

448. — L’âne sauvage, quand il va au ruisseau pour boire et trouve l’eau trouble, quelque soif qu’il ait, s’abstient de boire et attend que l’eau redevienne claire. (H. 11, r.)

Sirène.

448 bis. — La sirène chante avec une telle douceur qu’elle endort les marins et puis monte sur le navire et les tue dans leur sommeil. (H. 8 ,r.)

Correction.

448 ter. — Quand le loup se glisse vers quelque stalle de bestiaux, et que par occasion il pose les pieds à faux, il fait un cri et se mord le pied pour se punir de son erreur. (U. 7, r.)

Folie.

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