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REPRÉSENTATION DU DÉLUGE

515. — L’air sera obscur, à cause de la pluie serrée frappant obliquement, sous la pression transversale du vent et faisant des ondes dans l’air, comme on le voit par la poussière, avec cette différence que cette inondation sera traversée par les lignes que forment les gouttes de l’eau qui tombe. Mais sa couleur viendra du feu engendré par la foudre, fendant et déchirant les nues, dont les flammes frapperont et ouvriront les abîmes des vallées remplies, dont les ouvertures montreront dans leurs abris le haut des plantes courbé. Et Neptune se voit au milieu des eaux avec son trident et aussi Eole avec

1. Les huit pages de cette description révèlent le dessein d’une composition où le maître eût employé ses connaissances de géologue et de physicien, en même temps qu’il aurait donné aux figures tous les traits de la souffrance et du désespoir. A Windsor, de nombreux dessins étudient les mouvements de l’eau.

ses vents enveloppant les plantes arrachées et qui flottent dans l’énorme courant.

L’horizon, avec toute l’hémisphère, sera troublé et en feu par les flammes incessantes de la foudre. On verra les hommes et les oiseaux remplir les grands arbres non encore couverts par la croissance des eaux, et d’autres sur les collines et d’autres autour des grands gouffres. (G. 6, ç.)

On verra l’atmosphère obscure et nébuleuse combattue par le cours de vents contraires et désordonnés par la pluie continuelle et mêlée de grêle, et entraînant une infinité de branchages arrachés avec toutes leurs feuilles. Aux alentours, on voit les plus anciennes végétations déracinées et brisées par la fureur du vent et la ruine des monts déjà déchaussés, par le cours de leurs fleuves, s’éboulant dans ces mêmes fleuves et obstruer leurs vallées; et ces fleuves débordant, inondant et submergeant les terres et leurs habitants.

Encore vous auriez pu voir, sur la cime de beaucoup de montagnes, les animaux les plus variés réunis ensemble par la peur et réduits au contact familier en compagnie des hommes qui fuient avec leurs femmes et leurs enfants.

La campagne submergée montre ses ondes couvertes de tables, de couchettes, de barques et autres objets accommodés par la nécessité et dans la peur de la mort. Sur ces objets, des

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femmes et des hommes avec leurs enfants crient et se lamentent épouvantés de la fureur du vent, qui en tempête retourne l’eau sens dessus dessous, avec les morts qu’elle a noyés. Aucune chose plus légère que l’eau qui ne fut couverte de divers animaux. Ceux-ci, faisant trêve, se tenaient ensemble, en un groupement peureux, loups, renards, serpents de toute sorte qui fuient la mort. Et toute Fonde frappant les rivages, les attaquant avec le choc des corps noyés et ces corps achevant de tuer ceux qui gardent un reste de vie.

On peut voir des groupes d’hommes qui à main armée défendent le petit espace qui leur reste contre les lions, les loups et autres rapaces qui viennent y chercher leur salut.

Oh ! quelles rumeurs effrayantes on entend dans l’air obscur, déchiré par la fureur du tonnerre et les fulgurances de ces secousses qui dévastent et passent, frappant tout ce qui leur fait obstacle ! Oh ! combien vous en auriez vu boucher leurs oreilles avec leurs mains pour ne pas entendre l’immense rumeur qui emplit l’air ténébreux de la fureur des vents mêlés à la pluie, aux tonnerres célestes et à la fureur de la foudre.

D’autres ne se bornent pas à fermer leurs yeux, ils y posent leurs mains superposées et les serrent pour ne pas voir le cruel destin que la colère de Dieu fait à l’espèce humaine.

Oh! quels désespoirs et combien d’affolés se précipitent du haut des rochers ! On voit les rameaux d’un grand chêne chargé d’hommes transporté dans l’air par l’impétuosité du vent.

Autant qu’elles sont, les barques sont renversées les unes entièrement, les autres en morceaux sur les gens qui se débattent, pour leur salut, avec des attitudes et des mouvements douloureux, sentant la mort menaçante. D’autres en désespérés se suicident, désespérant de pouvoir supporter pareille angoisse ; les uns se jettent du rocher, les autres s’étranglent de leurs propres mains, d’autres prenant leurs enfants très rapidement les jettent au remblai, d’autres se frappent de leurs armes et se tuent euxmêmes, d’autres tombent à genoux se recommandant à Dieu.

Oh, combien de mères pleurent leurs fils noyés qu’elles tiennent sur leurs genoux, levant leurs bras ouverts vers le ciel et d’une voix qui hurle maudissent la colère divine. D’autres, mains jointes et crispées, se mordent d’une dent cruelle comme s’ils se dévoraient, priant avec supplication, écrasés par une immense et insupportable douleur.

On voit Jes troupeaux d’animaux, chevaux, bœufs, chèvres déjà entourés d’eau et restés isolés sur la haute cime des monts ; ils reculent ensemble et ceux du milieu s’élèvent en haut

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et marchent sur les autres et cela fait entre-eux grande mêlée et beaucoup meurent par manque de nourriture.

Et les oiseaux se posent sur les hommes et sur d’autres animaux, ne trouvant plus de terre découverte qui ne soit occupée par des vivants ; déjà la faim, servante de la mort, a ôté la vie à beaucoup d’animaux; et les corps morts déjà soulevés montent du fond de l’eau et surgissent à la surface. Dans le combat des ondes qui entre elles l’une l’autre se harcèlent et, comme une balle pleine de vent, bondissent en arrière du lieu de leur percussion, les eaux deviennent la source des morts prédites.

Et sur toute cette malédiction, l’air étend des nuées obscures divisées par les mouvements serpentins de la foudre céleste en furie, illuminant tantôt ici, tantôt là, l’horreur des ténèbres.

On voit le mouvement de l’air au milieu de celui de la poussière soulevée comme par la course du cheval et ce mouvement est si rapide à remplir le vide, que de lui-même il rejette l’air qui le revêt ; telle est la vélocité de ce cheval à fuir devant l’air susdit.

Et il le paraîtra raisonnable peut-être de me reprendre d’avoir figuré la vue faite par l’air du mouvement du vent, car le vent par luimême ne se voit pas dans l’air. A quoi on répond, non qu’il s’agit du mouvement du

vent, niais des choses qu’il met en mouvement et qui seules le manifestent.

Ténèbres, vent, tempête marine, déluge d’eau, forêt en feu, pluie, foudre du ciel, tremblement de terre, éboulement de montagne, villes rasées !

Vents tourbillonnants qui portent beau, les branches et les hommes dans l’air !

Branches arrachées par le vent, mêlées dans l’ouragan aux gens qui sont dessus.

Arbres déracinés chargés d hommes.

Navires réduits en pièces et battus contre les écueils !

Sur les troupeaux, grêle, foudre, vents vertigineux !

Gens gités sur les arbres et qui ne peuvent se soutenir ; arbres et rochers, tours, collines pleines d’humains, planches, vaisseaux et autres instruments pour surnager ; collines couvertes d’hommes, de femmes, d’animaux, et foudre des nuages qui illumine toutes ces choses !

Il faut figurer d’abord la cime d’une âpre montagne avec une vallée à sa base ; et sur les côtés, on voit l’écorce de la terre se soulever avec les minces racines des petits rejetons et dénuder ainsi beaucoup des rochers d’alentour, descente calamiteuse d’un tel éboulement; l’eau par la turbulence de la course va frappant et déchaussant les liens, les bulbes et racines des grands arbres et les ruine, comme il est dit. Et sur les montagnes dénudées s’ouvrent de

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profondes fissures faites par les anciens tremblements de terre ; et les pieds des montagnes sont en grande partie soutenus et vêtus des débris des arbustes précipités des côtés de la haute cime et mêlés à la fange; racines, rameaux et feuilles se mêlent dans la boue, la terre et les cailloux.

Et les ruines de certains monts tombent dans la profondeur des vallées et font obstacle à l’eau enflée du fleuve ; et cet obstacle bientôt surmonte l’eau, court violemment et va ruiner et frapper les murs de la cité et les habitations de la vallée.

Et les ruines des autres édifices de la cité jettent une grande poussière, l’eau s’élève en forme de fumée. En désordre, les nuées s’agitent contre la pluie qui descend.

Mais l’eau débordante va tournoyant vers la mer qui l’absorbe et avec des ricochets et des tourbillons aux divers objets, frappant et giclant en l’air avec une écume boueuse, puis retombant et faisant rejaillir en l’air l’eau frappée. Et les ondes circulaires qui fuient le lieu du choc cheminent avec violence au travers, sur le mouvement des autres ondes circulaires qui se meuvent dans le sens contraire et après le choc jaillissent en air, sans se détacher de leur base.

Et à la sortie d’un tel abîme, on voit les ondes mortes se répandre à l’inverse de leur sortie et, tombant ou descendant à travers l’air,

elles acquièrent du poids et un mouvement impétueux ; ensuite pénétrant l’eau frappée qui s’ouvre et heurte furieusement à la percussion du fond, d’où ensuite repoussée, elle rebondit à la surface de l’abîme, accompagnée de l’air qu’elle a submergé avec elle. Elle ressort en écumant, mêlée avec des bois et autres choses plus légères que l’eau, autour desquelles, selon son principe, elle accroît son circuit et partant acquiert du mouvement ; ce qui la fait plus basse, quand elle prend une base plus large, cela est peu perceptible dans la consommation. L’onde, repoussée par de variés objets, alors jaillit sur l’approche de l’autre onde, observant l’accroissement de la même curvité, qu’elle avait acquise selon l’observation du mouvement commencé. Mais si la pluie dans sa descente des nuages est de même couleur qu’eux, savoir dans sa partie ombrée; si déjà les rayons solaires ne la pénètrent pas : et si cela était, la pluie se montrerait de moindre obscurité que le nuage. Et si les énormes poids des grandes ruines des grands monts et autres importants monuments, en tombant, frappaient les grands abîmes de l’eau, alors jaillirait une grande quantité en l’air et son mouvement présenterait l’aspect contraire à celui de la percussion de l’eau, savoir l’angle de réflexion étant égal à l’angle d’incidence.

Des choses portées par le cours de l’eau, celle

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qui s’éloignera le plus de la rive opposée sera la plus lourde ou de plus grand volume.

Les tournants de l’eau dans ses parties sont d’autant plus rapides qu’ils sont plus voisins de son centre. La cime de l’onde marine descend auparavant à sa base, battant et s’écrasant sur la rondeur de sa surface : et cette conflagration, broyée en petites particules d’eau retombante, se change en gros nuage et se mêle au cours des vents à la manière d’une fumée désordonnée et une révolution nuageuse se lève dans l’air et se convertit en nuée. Mais la pluie, qui descend à travers l’air dans son action combattive et frappée par le cours du vent, se fait rare ou dense, selon la rareté ou la densité des vents, et ainsi se génère dans l’air une inondation de transparence, faite de la tombée de la pluie qui est proche de l’œil qui la voit.

L’onde marine que frappe l’obliquité des monts qui avec elle se combine, sera écumante et rapide contre le dos des collines et dans le tournant se rencontrera avec la venue de la seconde eau, et ensuite le grand bruit revenant, avec grande inondation, ira à la mer d’où elle est partie. Grande quantité de peuples d’humains et d’animaux divers se virent périr par cette montée du déluge vers la cime des monts voisins de l’eau susdite. (R. 327.)

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