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MANIÈRE DE REPRESENTER UNE BATAILLE

816. — Tu feras d’abord la fumée de l’artillerie mêlée à l’air avec la poussière soulevée par l’action des cavaliers et des combattants. Tu useras aussi de ce mélange : la poussière, qui est chose terrestre et pondérable, quoique par sa légèreté elle s’élève facilement et se mêle à l’air, ne retombe pas volontiers en bas et sa plus haute élévation se fait par sa partie la plus légère, celle qui se voit le moins et se confond presque avec la coloration de l’air ; la fumée qui se mêle à l’air se charge de poussière, d’autant plus qu’elle monte à une certaine hauteur, elle paraît un nuage obscur ; la fumée arrive en haut plus vite que la poussière.

La fumée prendra une couleur un peu azurée et la poussière celle même de la terre ; du côté d’où vient la lumière ce mélange d’air, de fumée et de poussière, paraîtra plus clair que du côté opposé ; les combattants se verront d’autant, moins et on verra moins de différences entre leurs lumières et les ombres, d’autant qu’ils seront plus enveloppés dans cet air troublé.

Tu feras rougeoyer les nuages et les personnes et l’air et les fusiliers ensemble avec ce qui les avoisine, et cette rougeur diminue en s’éloignant de sa cause ; les figures qui sont entre toi et

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la lumière, étant lointaines, paraîtront obscures sur un champ clair et leurs jambes seront d’autant moins visibles qu’elles approcheront davantage du sol, parce qu’en bas la poussière est plus épaisse et plus dense.

Si tu fais les chevaux courant hors de la mêlée, fais-leur de petits nuages de poussière, distants l’un de l’autre, de l’intervalle d’un saut de cheval, et que ce petit nuage se voie d’autant moins qu’il est plus éloigné du cheval et alors qu’il soit plus haut, épars et petit. Plus près, qu’il soit plus évident et petit et plus épais.

L’air sera plein de flèches de divers genres, qui montent, qui descendent ou qui vont en ligne plane ; et que les coups des fusils soient accompagnés de quelque fumée droit à leur but.

Et les figures du premier plan tu les feras poudreuses, les chevelures et les cils et autres parties lisses propres à garder la poussière.

Tu feras les vainqueurs courant avec des crinières et autres ornements légers flottant au vent ; avec les cils bas et poussant en avant les membres opposés, savoir : tel enverra en avan^ le pied droit, dont le bras gauche retombe fati gué. Et il y aura des chutes ; tu feras la trace de la glissade dans la poussière devenue une fange sanglante; et autour, sur la terre mouillée, tu feras voir les traces du piétinement des hommes et des chevaux qui ont passé par là.

Tu feras un cheval traînant le cadavre de son

maître, et derrière lui, il laissera, dans la poussière et la fange, la trace du corps traîné : tu feras les vaincus abattus et pâles avec les sourcils haut en leur conjonction et la chair qui leur reste sera criblée de douloureuses rides. Les trous des naseaux se fronceront en arc des narines jusqu’à la naissance de l’œil, les narines hautes, à raison de leurs plis ; les lèvres arquées découvriront les dents de dessus. Les dents très visibles, en manière de crier avec désespoir. L’une des mains fait bouclier aux yeux effrayés, tournant droit vers l’ennemi, l’autre s’appuie à terre pour soutenir le buste soulevé. Tu feras les autres criant avec la bouche tordue et fuyant; beaucoup d’armes diverses au pied des combattants comme boucliers brisés, lances, tronçons d’épées et autres semblables ; tu feras des hommes morts, les uns à moitié recouverts par la poussière, d’autres dont le sang coule et se mêle à la terre et forme une boue rouge ;et on verra le sang courir, par un cours tortueux, du corps à la terre ; d’autres mourants grinceront des dents, et, les yeux révulsés, serreront les poings à quelqu’un et les jambes écartées.

On pourra voir quelques-uns désarmés et abattus par l’ennemi se retourner contre lui et le mordre et le griffer, en une cruelle et âpre vengeance ; et aussi un cheval courir sans cavalier les crins au vent dans les rangs ennemis et à coups de sabots faire grand dommage ; on

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pourra voir un blessé tombé à terre et se couvrant de son bouclier et l’ennemi se courbant pour l’achever.

On pourrait encore représenter un tas de cadavres sur un cheval mort.

On verrait quelques-uns des vainqueurs quitter le combat et sortir de la mêlée, et des deux mains s’essuyant les yeux et les joues couvertes de fange, faites des larmes de l’œil irrité par la poussière. On verrait l’escadron de réserve se tenir plein d’espoir et attentif, avec les sourcils joints et faisant ombre avec la main et regarder parmi la fourmillante confusion de l’action, attentif au commandement du capitaine ; et celui-ci le bâton levé et courant vers la réserve pour lui montrer à quel endroit il faut appuyer ; et une rivière encore où des chevaux s’élancent remplissant l’eau autour d’eux d’une agitation jaillissante et écumante, éclaboussant l’air et les jambes et le corps des chevaux : et ne laisser aucun endroit vide, si ce n’est les piétinements sanguinolents (1). (ASH. I. 30, p.)

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