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CHAPITRE III

ROUSSF.au a iiOURCiOlN HT A MONQUIN

/. Etat moral et physique de Rousseau à cette période de sa vie.

— //. Rousseau directeur de conscience. — ///. Le délire de la persécution. — IV. Deux aspects contrast:ints de Rousseau.

— V. Lettre à M. de Saint- Germain.

En quittant Trye, où il laisse provisoirement Aille Le Vasseur, Rousseau vient à Lyon. Il y est le 20 juin 1768, et il met à profit sa liberté retrouvée pour herboriser, excursionner en Daupliinc et jusqu'à la Grande-Chartreuse. Il revient en Savoie et à Chambéry « muni de bons passeports, écrit-il le 25 juillet, et de la protection des puissances, mais non pas du sauf-conduit des philosophes que vous savez ». — « Mon but est d'aller sur la tombe de cette tendre mère que vous avez connue, confie-t-il encore à Thérèse, pleurer le malheur que j'ai eu de lui survivre. » Il se fixe à Bourgoin en août 1768 et - après avoir rendu sa liberté à Thérèse qui ne l'accepte pas et qui le rejoint il se résout à l'y épouser. Sa manie ambulante lui suggère encore maints projets d'établissement en Turquie, à Minorque, à Chypre, voire même en Angleterre, ce qui est assez inattendu." Heureusement, s'il a fait ces projets, il n'en exécute aucun et s'installe plus commodément à une lieue de Bourgoin, à Monquin, dans une maison habitable, sur la hauteur. Il y est à la fin de janvier 1769 et y réside jus-

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ciu'à la fin d'avril 1770, moment de son retour à Paris. Li-

départ, comme toujours, fut oraj^eux.

Hâtons-nous de* préciser l'importance de cette période, où s'élaborèrent tant d'idées et où s'accomplit un travail il esprit d'un caractère tout nouveau. Que fit Rousseau à Bour^oin et à Monquin, pendant un séjour de près de deux ans? On a répondu spirituellement (1) qu'il poussait activement la rédaction de ses Confessions, cherchait de nouveaux amis et se querellait avec sa femme. Il faisait plus. Reprenant, ou poursuivant d'une manière infatigable l'œuvre de sa réforme intérieure, qui avait été la grande affaire et qui sait? - l'unique affaire de sa vie, il épurait et dilatait son être à force de bonté et de charité; il demandait à l'aveu le pardon, peut-être l'oubli de ses fautes. Il ne cessait de gagner en simplicité et en profondeur. Ce fut une véritable veillée d'armes, une station de recueillement, au cours de laquelle se dégageaient peu à peu deux œuvres nouvelles : les Confessions et la vie morale de Rousseau, - la dernière plus précieuse à ses yeux que l'autre; la vie qui s'avoue en un abandon plein de charme, et la vie qui se refait, allégée, transfigurée par cet aveu même.

D'abord nous trouvons, étrangement marquée à cette époque, la disposition où plusieurs ont cru voir percer une sensibilité catholique - la disposition aux confidences solennelles, venues de loin, venues du fond même de la conscience. Le 9 novembre 176S, il écrit à M. de Saint-Germain, « gentilhomme plein d'honneur et de droiture, qui a dans son cœur la véritable religion, celle qui fait les gens de bien, > et voici en quels termes il l'entretient de son besoin de confidence :

J'aurais à mettre en dépôt dans le cœur d'un honnête homme des confidences qui n'en sont pas indignes et qui soulageraient le mien. Si vous voulez bien être ce généreux dépositaire, ayez la bonté de m'assigner chez vous l'heure et le jour d'une audience paisible, et je m'y rendrai. Je vous préviens que ma confiante ne sera mêlée d'aucune indiscrétion ; que je n'ai à vous demander

11) Faguet, Vie de Rousseau.

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