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LES DIX MILLE FRANCS

(La Force, 1829.)

Air : T'en souviens-tu?

Dix mille francs, dix mille francs d'amende (1) ! Dieu ! quel loyer pour neuf mois de prison ! Le pain est cher et la misère est grande, Et pour longtemps je dîne à la maison. Cher président, n'en peut-on rien rabattre? « Non ! non ! jeûnez, et vous et vos parents. Pour fait d'outrage aux enfants d'Henri Quatre (2) De par le roi, payez dix mille francs ! »

Je paîrai donc ; mais, las ! que va-t-on faire De cet argent, que si bien j'emploîrais? D'un substitut sera-t-il le salaire?

D'un conseiller paîra-t-il les arrêts?

Déjà s'avance une main longue et sale : C'est la police et ses comptes courants. Quand sur ma Muse on venge la morale (3), Pour les mouchards comptons deux mille francs.

Moi-même ainsi partageant ma dépouille, Sur mon budget portons les affamés.

Au pied du trône une harpe se rouille ; Bardes du sacre, êtes-vous enrhumés (4)?

(1) Le 10 décembre 1828, je fus condamné à neuf mois de prison à dix mille francs d'amende.

(2) Je fus condamné pour outrage à la personne du roi et à la famille royale.

(3) Je fus aussi condamné pour attemte à la morale publique.

(4) La chanson du Sacre de Charles le Simple fut la cause première de ma condamnation.

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