‹ Textes classiques de la littérature française: extraits des grands écrivains français avec (volume 2)Chapitre 104 sur 126 · HISTOIRE HE LA BÊVOLUTION D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE HE LA BÊVOLUTION D'ANGLETERRE

PROCÈS DB STRAPFORD ^

;..La Chambre des Communes tout entière y yootat assister, pour soutenir l'accusation de sa présence. Avec les Communes d'Angleterre siégeaient les commissaires d*£cosse et d'Irlande, également accusateurs. Quatre-vingts pairs étaient présents comme juges; les évoques, d'après le vœu violemment exprimé des Communes, s'étaient récusés, comme dans tout procès de vie et de mort. Au-dessus des pairs, dans une tribune fermée, prirent place le roi et la reine, avides de tout voir, mais cachant, Tun son angoisse, l'autre sa curiosité. Dans des galeries et sur des gradins plus élevés se pressaient une foule de spectateurs, hommes, femmes, presque tous de haut rang, émus d*avanc6 par la pompe du spectacle, la grandeur dje la cause et Tattente qu'excitait le caractère connu de l'accusé.

Conduit par eau de la Tour à Westminster^ il traversa, sans trouble ni insulte, la multitude assemblée aux portes : en dépit de la haine, sa grandeur si récente, son maintien, la terreur même naguère attachée à son nom, commandaient encore le respect. A mesure qu'il passait, le corps un peu courbé avant PAge par la maladie, mids le regard brillant et fier comme dans la jeunesse, la foule s'écartait, tous ÔUient leur chapeau, et il saluait avec courtoisie, regardant cette attitude du peuple comme de bon augure. L'espérance ne lui manquait point : il dédaignait ses adversaires, avait bien étudié les charges, et ne doutait pas qu'il ne réussît à se laver du crime de haute trahison. L'accusation des Irlandais l'avait seule étonné un moment : il ne pouvait comprendre qu'un royaume, jusque-là si soumis, si empressé même à le flatter et le servir, eût ainsi changé tout à coup.

Dès le second jour, un incident fui fit voir qu'il avait mal jugé de sa situation, et quelles seraient les difficultés de sa défense : «J'espère^ dit-il, que je repousserai sans peine les imputations de mes malicieux ennemis. » A ces mots Pym, qui dirigeait la poursuite^^ se récria avec emportement : « C'était, dit-il, aux Communes que s'adressait cette injure, et il y avait crime k les taxer ainsi de malicieuse -inimitié. t> StrafTord troublé tomba à genoux, s'excusa, et dès ce moment, parfaitement calme et maître de lui-même, il ne laissa échapper aucun signe de colère ou seulement d'impatience, aucune parole qu'oa pût tourner contre lui.

Pendant dix-sept jours, il discuta seul, contre treize accusateurs qui se relevaient tour à tour, les faits qui lui étaient imputés. Un grand nombre furent prouvés invinciblement pleins d'iniquité et de tyrannie. Hais d'autres, follement exagérés ou aveuglément accueillis par la

!• Gommenoéle 22 mars 1641*

haine, furent faciles à repousser, et aucun ne rentrait, à yrai dire, dans la définition légale de la haute trahison. StrafTord mît tôt» ses soins à les dépouiller de ce caractère, parlant noblement de ses imperfections, de ses faiblesses, opposant à la violence de ses adversaires une dignité modeste, faisant ressortir, sans injure, l'illégalité pas-' sionnée de leurs procédés. D'odieuses entraves gênaient sa défense; ses conseils, obtenus à grand'peine et malgré les Communes, n'étaient point admis à parler sur les faits ni à interroger les témoins ; la permission de citer des témoins à décharge ne lui avait été accordée qnd trois jours avant l'ouverture des débats, et la plupart étaient en Irlande. Dans chaque occasion, il réclamait son droit, remerciait ses juges s'ils consentaient à le reconnaître, ne se plaignait point de leurs refus, et répondait simplement à ses ennemis qui se courrouçaient des lenteurs suscitées par son habile résistance : a II m'appartient , je croif , de défendre ma vie, aussi bien qu'à tout autre de l'attaquer. »

Tant d'énergie embarrassait et humiliait les accusateurs. Deux fois les Communes sommèrent les lords de mener plus vite un procès qui leur faisait perdre, disaient-elles, un temps précieux pour le pays •. Les lords refusèrent ; le succès de l'accusé leur rendait quelque énergie. Le débat des faits terminé, avant que les conseils de Strafford eussent ouvert la bouche et qu'il eût lui-même résumé sa défense, le comité d'accusation se sentit vaincu , du moins quant à la preuve de la haute trahison. L'agitation des Communes devint extrême ; à la faveur du texte de la loi et de son fatal génie , un grand coupable allait donc échapper, et la réforme, à peine commencée, retrouver&t son plus dangereux ennemi. Un coup d'État fut résolu. Sir ÂrthiLr Haslerig, homme dur et grossièrement passionné, proposa de déclare! Strafford coupable et de le condamner par acte du Parlement *. G< procédé, qui affranchissait les juges de toute loi, n'était pas sam exemple, quoique toujours dans des temps de tyrannie et toujours qualifié bientôt après d'iniquité. Quelques notes trouvées dans les papiers du secrétaire d'État Vane, et livrées à Pym par son fils, furent produites comme supplément de preuve suffisant pour démontrer la haute trahison. Elles imputaient à Strafford d'avoir donné au roi , en plein Conseil, l'avis d'employer l'armée d'Irlande à dompter l'Angle* terre. Les paroles qu'elles lui attribuaient, bien que démenties par le témoignage de plusieurs conseillers, et susceptibles d'un sens moins odieux , étaient trop conformes à sa conduite et aux maximes qu*û avait souvent professées, pour ne pas produire une vive impression sur les esprits. Le bill obtint sur-le-champ une première lecture. Les uns crurent sacrifier la loi à la justice, d'autres la justice à la nécessité.

En même temps le procès continuait, car on ne voulait perdre, contre l'accusé^ aucune chance, ni que le péril du coup d'État l'affraiH

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