‹ Textes classiques de la littérature française: extraits des grands écrivains français avec (volume 2)Chapitre 105 sur 126 · Les 25 mars et 9 avril 1641. — 2. Le 10 avril · texte numérisé non relu

Les 25 mars et 9 avril 1641. — 2. Le 10 avril

chît de celui du jugement légal. Avant que ses conseils prissent la parole pour traiter la question de droit, Strafford résuma sa défense * ; il parla longtemps et avec une merveilleuse éloquence, toujours appliqué à prouver que, par aucune loi, aucun de ses actes n'était qualifié de haute trahison. La conviction grandissait de moment en moment dans l'âme de ses juges, et il en suivait habilement les progrès, adaptant ses paroles aux impressions qu'il voyait naître, profondément ému, mais sans que l'émotion l'empêcliât d'observer et d'apercevoir ce qui se passait autour de lui : « Milords, dit-il en finissant, ces messieurs disent qu'ils parlent pour le salut de la république contre ma tyrannie arbitraire; permettez-moi de dire que je parle pour le salut de la république contre leur trahison arbitraire. Nous vivons à l'ombre des lois; faudra-t-il que nous mourions par des lois qui n'existent point? Vos ancêtres ont soigneusement enchaîné, dans les liens de nos statuts, ces terribles accusations de haute trahison : ne recherchez pas rhonneur d'être plus savants et plus habiles dans l'art de tuer. Ne vous armez pas de quelques sanglants exemples; n'allez pas, en fouillant de vieux registres rongés des vers et oubliés le long des murs, réveiller ces lions endormis, car ils pourraient un jour vous mettre aussi en pièces, vous et vos enfants. Quant à moi, pauvre créature que je suis, n'était l'intérêt de vos seigneuries, et aussi celui de ces gages sacrés que m'a laissés une sainte maintenant au ciel... (à ces mots il s'arrêta, fondit en larmes, et relevant aussitôt la tête...) je ne prendrais pas tant de peine pour défendre ce corps qui tombe en ruine, et déjà chargé de tant d'infirmités qu'en vérité j'ai peu de plaisir à en porter le poids plus longtemps. » Il s'arrêta de nouveau comme à la recherche d'une idée : a Milords, reprit-il, il me semble que j'avais encore quelque chose à vous dire; mais ma force et ma voix défaillent; je remets humblement mon sort en vos mains; quel que soit votre arrêt, qu'il m'apporte .la vie ou la mort, je l'accepte d'avance librement ; te Deum laudamus. »

L'auditoire demeura saisi d'attendrissement et d'admiration. Pym voulut répondre; Strafford le regarda; la menace éclaiait dans Timmobilite de son maintien; sa lèvre pâle et avancée portait l'expression d'un dédam [lassionné; Pym troublé s'arrêta; ses mains tremblaient, et il cherchait, sans le trouver, un papier placé devant ses yeux. C'était sa réponse qu'il avait préparée, et qu'il lut sans que personne l'écoutât, se hâtant lui-môme de finir un discours étranger aux sentiments de l'assemblée, et qu'il avait peine à prononcer.

Le trouble passe, la colère demeure; celle de Pym et de ses amis fut au comble; ils pressèrent la seconde lecture du bill d'attainder *. En vain Selden, le plus ancien et le plus illustre des défenseurs de la liberté, Holbome, l'un des avocats de Hampden dans l'affaire de la taxe des vaisseaux, et plusieurs autres, le combattirent. C'était maintenant

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