‹ Textes classiques de la littérature française: extraits des grands écrivains français avec (volume 2)Chapitre 20 sur 126 · RETRAITE DE SCHDLENB0UR · texte numérisé non relu

RETRAITE DE SCHDLENB0UR

Auguste confia pour quelque temps le commandement de son armée au comte Schulenbourg, général très-habile ^ et qui avait besoin dé toute son expérience ft la tête d'une armée découragée. Il songea plus à conserver les troupes de son maître qu'à yàiricrè, il faisait la guerre arec adresse, et les deux rois avec vivacité*. îl leur déroba des marches ; occupa des passages avantageux, sacrifia quelque cavalerie pour donner le temps à son infanterie de âe retirer en sûrétô. Il sauy^, ses troupes par des retraites glorieuses devant un ennemi avec lequel on ne pouvait guère alors acquérir que cette espèce de gloire.

A peine arrivé dans le palatinat de Posnanie, il apprend que tés deux rois, qu'il croyait à cinquante lieues de lui, avaient fait ces cinquante lieues en neuf jours; il n'avait que huit mille fantassin k éi mille cavaliers ; il fallait se soutenir contre une armée supérieure, contre le nom du roi de Suède et contre la crainte naturelle que tant de défaites inspiraient aux Saxons. 11 avs^it toujours prétendu, malgré l'avis des généraux allemands, que l'infanterie pouvait résister en pleine campagne, môme sans chevaux de frise, à la cavalerie : il en osa faire ce jour-là l'expérience contre cette cavalerie victorieuse, commandée par deux rois et par l'élite des généraux suédois. Il se posta si avantageusement qu'il ne put être entouré : son premier rang mit le genou en terre ; il était armé de piques et de fusils ; les soldats extrêmement serrés présentaient aux chevaux des ennemis une espèce de rempart hérissé de piques et de baïonnettes : le second i'ang, un peu', courbé sur les épaules du premier, tirait par-dessus; et lé troisième,' debout, faisait feu en même temps derrière les deux auti'ës. Les Suédois fondirent avec leui* impétuosité ordinaire sur les Saxons, qui les attendirent sans s'ébranler : les coups de fusil, de pique et de 'Daîonnette, effarouchèrent les chevaux^ qui se cabraient au lieu d'a-

1. 3. Mathias, comte de Schulenbourg , né en 1661. près de Magdèbourg, avait servi déjà sous Jean Sobieski, quand le roi Auguste lé nomma généralissime (1704).

). Charles ^11 et ^tanislap LecdnskL

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vailoèr) par ce moyeil les Suédois n'attaquèrent qu'en désordrt, et le» Saxon* se défendirent en gardant leurs rangs.

11 en fit un bataillon casré long) et, quoique chargé de einq ble»«> sureit, il se retira en bon ordre en cette former au inilieu de la nuit, dans la petite ville de Gurau^ à trois lieues du champ de bataille. A peine commençait-il de respirer daUs cet endroit^ que les deux roiÉ paraissent tout à coup derrière luL

Au delà de GuraU) en tirant vers le fleure de TOdef) ^it un bois épaiS; au travers duquel le général saxon saUva son infanterie fatiguée. Les Suédois^ sans se rebuter, le poursuivirent par le bois mètne, avan^ çant avec difficulté daus des routes ft peltie praticables pour les gens de pied; les Saxons n'eurent traversé le bois que cinq heures avant là cavalerie suédoise. Au sortir de ce bois coule la rivière de Parts, au pied d'un village nommé Rutsen. SehUlenbourg avait envoyé eti diligence rassembler des bateaux : il fait passer la rivière à sa troupe^ qui était déjà diminuée de tùoitié i Charles ariive dans le temps que Schulenbourg était à l'autre botd : jamais vainqueur n'avait poursuivi si vivement son ennëtni. La réputation de Schulenbourg dépendait d'échapper au roi dç SUôde; lé roi, de Son côté, croyait sa gloire intéressée à prendre Schulenbourg et le reste de son armée : il ne perd point de temps ; il fait passer sa cavalerie à un gué. Les Saxons se trouvaient enfermés entre cette rivière de Parts et le grand fleuve de roder, qui prend sa source dans la Silésie, ei qui est déjà profond et rapide en cet endroit.

La perte de Schulenbourg paraissait inévitable ; cependant, après avoir sacrifié peu de soldats, il passa l'Oder pendant la nuit. Il sauva ainsi son armée -, et Charles ne put s'empêcher de dire : c Âiyourd'iiui Schulenbourg nous a vaincus. *

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