‹ Textes classiques de la littérature française: extraits des grands écrivains français avec (volume 2)Chapitre 21 sur 126 · BATAILLÉ DE PULTAWA · texte numérisé non relu

BATAILLÉ DE PULTAWA

ce fut lé 8 jtiillet dé Pannée lt09 que se donna cette bataille décisive de Piiltawa, entre les deux |ilus singuliers monarques qui tusseni alors dahs lé monde : Charles Xll^ illustre par neuf années de victoires, Pierre Alexiowitz par tietif àiihées de peines prises pour former des troupes égales aux troupeà suédoises ', l'Un glorieux d'avoir donne des Ëtats, l'autre d'avoir civilisé les siens ; Charles aimant les dangers et ne combattant que pour la gloire, Alexiowitz ne fuyant point le péril et ne faisant la guerre que pouf ses intérêts; le monarque suédois libéral par grandeur d'âme, le Moscovite ne donnant jamais que par quelque vue ; belui-Iâ d'une sobriété et d*une continence sans exemple,

1. Pultawa, chef-lieu du goufèmement du lûônie nom, dans Tanciemie Ukraine, à 1280 kilomètres sUd-ouest de Saiùt-Pétersbouf^.

d'un naturel inagnagnime et qui n'avait été barbare qu'une fois; celui-ci n'ayant pas dépouillé la rudesse de son éducation et de son pays, aussi terrible à ses sujets qu'admirable aux étrangers, et trop adonné a des excès qui ont même abrégé ses jours. Charles avait le titre d'invincible qu'un moment pouvait lui ôter; les nations avaient déjà donné à Pierre Alexiowitz le nom de Grand, qu'une défaite. ne pouvait lui faire perdre, parce qu'il ne le devait pas à des victoires.

Pour avoir une idée nette de cette bataille, et du lieu où elle fut donnée, il faut se figurer Pultawa au nord, le camp du roi de Suède au sud, tirant un peu vers l'orient, son bagage derrière lui à environ un mille, et la rivière de Pultawa au nord de la ville, coulant de l'orient à l'occident.

Le czar avait passé la rivière à une lieue de Pultawa, du côté de l'occident, et commençait à former son camp.

A la pointe du jour, les Suédois parurent hors de leurs tranchées avec quatre canons de fer pour toute artillerie ; le reste fut laissé dans le camp avec environ trois mille hommes; quatre mille demeurèrent aux bagages : de sorte que l'armée suédoise marcha aux ennemis forte d'environ vingt et un mille hommes, dont il y avait environ seize mille Suédois.

Les généraux Renschild, Ross, Levenhaupt, Slipenbach, Hoom, Sparre, Hamilton, le prince de Wurtemberg, parent du roi, et quelques autres, dont la plupart avaient vu la bataille de Narva*, faisaient tous souvenir les officiers subalternes de cette journée où huit mille Suédois avaient détruit une armée de quatre-vingt mille Moscovites dans un camp retranché : les officiers le disaient aux soldats ; tous s'encourageaient en marchant.

Le roi conduisait la marche, porté sur un brancard à la tète de son infanterie. Une partie de la cavalerie s'avança par son ordre pour attaquer celle des ennemis ; la bataille commença par cet engagement à quatre heures et demie du matin : la cavalerie ennemie était à l'occident, à la droite du camp moscovite; le prince Menzikoff et le comte Gollovin l'avaient disposée par intervalles entre des redoutes garnies de canons : le général Slipenbach, à la tête des Suédois, fondit sur cette cavalerie. Tous ceux qui ont servi dans les troupes suédoises savent qu'il était presque impossible de résister à la fureur de leur premier choc; les escadrons moscovites furent rompus et enfoncés : le czar accourut lui-même pour les rallier; son chapeau fut percé d'une balle de mousquet; Menzikoff eut trois chevaux tués sous lui. Les Suédois crièrent victoire.

Charles ne douta pas que la bataille ne fût gagnée : il avait envoyé au milieu de la nuit le général Creuts avec cinq mille cavaliers ou dragons, qui devaient prendre les ennemis en flanc tandis qu'il les

1. En 1700, Charles XII avec 8000 Suédois avait battu à NarvaSOOOO Russes^ cosaxn^ndés par pierre le GraïujU

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attaquerait de front; mais son malheur voulut que Creuts s'égarât, et ne parût point. Le czar, qui s'était cru perdu, eut le temps de rallier sa cavalerie : il fondit à son tour sur celle du roi, qui, n'étant point soutenue par le détachement de Creuts, fut rompue à son tour ; Slipenbach même fut fait prisonnier dans cet engagement : en même temps soixante et douze canons tiraient du camp sur la cavalerie suédoise; et l'infanterie russienne, débouchant de ses lignes, venait attaquer celle de Charles.

Le czar détacha alors le prince Menzikoff pour aller se poster entre ' Pultawa et les Suédois : le prince Menzikoff exécuta avec habileté et promptitude Tordre de son maître; non-seulement il coupa la communication entre l'armée suédoise et les troupes restées au camp devant Pultawa, mais ayant rencontré un corps de réserve de trois mille hommes, il l'enveloppa et le tailla en pièces. Si Menzikoff fit cette manœuvre de lui-même, la Russie lui dut son salut; si le czar l'ordonna, il fut un digne adversaire de Charles Xiï. Cependant, l'infanterie moscovite sortait de ses lignes et s'avançait en bataille dans la plaine : d'un autre côté, la cavalerie suédoise se ralliait à un quart de lieue de l'armée ennemie; et le roi, aidé de son feld-maréchal Renschild, ordonnait tout pour un combat général.

Il rangea sur deux lignes ce qui lui restait de troupes, son infanterie occupant le centre, sa cavalerie les deux ailes. Le czar disposa son armée de même : il avait l'avantage du nombre et celui de soixante et douze canons, tandis que les Suédois ne lui en opposaient que quatre, et qu'ils commençaient à manquer de poudre.

L'empereur moscovite était au centre de son armée, n'ayant alors que le titre de major général, et semblait obéir au général Shere- ' metoff ; mais il allait, comme empereur, de rang en rang, monté sur un cheval turc, qui était un présent du Grand Seigneur, exhortant les capitaines et les soldats, et promettant à chacun des récompenses.

A neuf heures du matin, la bataille recommença : une des premières volées du canon moscovite emporta les deux chevaux du brancard de Charles : il en fit atteler deux autres; une seconde volée mit le brancard en pièces et renversa le roi": de vingt-quatre drabans qui • se relayaient pour le porter, vingt et un furent tués. Les Suédois consternés s'ébranlèrent, et, le canon ennemi continuant à les écraser, la première ligne se replia sur la seconde, et la seconde s'enfuit. 'Ce ko fut en cette dernière action qu'une ligne de dix mille hommes de l'infanterie russe qui mit en déroute l'armée suédoise : tant les choses étaient changées!

Tous les écrivains suédois disent qu'ils auraient gagné la bataille si on n'avait point fait de fautes; mais tous les officiers prétendent que c'en était une de la donner , et une plus grande encore de s'enfermer dans des pays perdus, malgré l'avis des plus sages, contre un ennemi aguerri, trois fois plus fort que Charles XII, par le nombre

d'hommes e^ p4ir les ressources qui manquaient aux Suédoi». Le souvenir de Narya fut la principale cause du malheur de CSiafles à Pultawa.

Déjà Iç prince de Wurtemberg, le général Renschild et plusiétlrs officiers principaux étaient prisonniers, le camp devant Pultawa forcé et tout dans une confusion à laquelle il n'y avait plus de ressource. , Le comte Piper avec quelque« officiers de la chancellerie étaient sortis de ce camp, et ne savaient ni ce qu'ils devaient faire, ni ce qu'était devenu le roi; ils couraient de côté et d'autre dans la plaine : un major, npmmé Bère, s'ofi'rit de les conduire au bagage; ihais les 'nuages de poussière et de fumée qui couvraient la campagne et Tégarement d'esprit naturel dans cette désolation les conduisirent droit sur la contrescarpe de la ville même, où ils furent tous pris par la garnison.

Le roi ne Voulut point fuir, et ne pouvait se défendre. Il avait ea ee moment auprès de lui le général Poniato^ski, colonel de la garde suédoise du roi Stanislas, homme d'un mérite rare, que son attachement pour la personne de Charles avait engagé à le suivre en Ukraine sans 4ucun commandement : c'était un homme qui, dans toutes les occurrences de sa vie et dans les dangers où les autres n'ont tout au plus que de la valeur , prit toujours son parti sur-le-champ et bien et avec bonheur : il fit signe à deui drabans, qui prirent le roi pardessous les bras, et le mirent à cheval malgré les douleurs extrôaies de sa blessure.

Poniatowski, quoiqu'il n'eût point de commandement dans l'armée, devenu en cette occasion général par nécessité, rallia cinq cents cavaliers auprès de la personne du roi ; les uns étaient des drabans, les autres des officiers, quelques-uns de simples cavaliers : cette troupe' rassemblée et ranimée par le malheur de son prince, se fit jour i travers plus de dix régiments moscovites, et conduisit Charles au milieu des ennemis l'espace d'une lieue, jusqu'au bagage de rarmée suédoise.

Le roi, fuyant et poursuivi, eut son cheval tué sous lui; le colpnd Gierta, blessé et perdant tout son sang, lui donna le sien. Ainsi on remit deux fois à cheval dans sa fuite ce conquérant qui n'avait pu y monter pendant la bataille.

Cette retraite étonnante était beaucoup dans un si grand malheur; mais ii fallait fuir plus loin : on trouva dans le bagage le carrosse dq comte Piper; G«^r le roi n'en eut jamais depuis qu'il sortit de Stockholm : on le mit dans cette voiture, et l'on prit avec précipitation la route du Borysth^ne. Le roi, qui, depuis le moment eu on l'avait mis

cheval jusqu'à son arrivée au bagage, n'agit pas dit un seul mot, demanda alors ce qu'était devenu le comte Piper. « il est pris avec toute la chancellerie, lui répondit-on. — Et le général Renschild, et le duc de Wurtemberg? ajouta-t-il. — Ils s<>nt aussi prisonniers, lui dit Poniatowski. — Prisonniers chez les Russes 1 reprit Charles en

h^i^ssaptles épaules; allop^ 4onc, alloQg plutôt chez les Tufcs. a On ne remarquait ppurt^pt point il'abattenient sur son visage; et qui-' <k>nque VeAx vu alors et QÛt ignoré son état^ n'eût point soupçonné qu'il ét^it vaincu et blessé.

Pendant qu^il s'éloigaait, les Russes saisirent son artillerie dans le camp devant Pultawa, son bagage, sa caisse militaire, où ils trouvèrent six millions en espèces^ fj^pouilles des Polonais et des Saxons. Près de neuf mille hommes suédois ou cosaques furent tués dans la bataille; environ six mille furent pris. Il restait encore environ seixe mille hommes, tant suédois et polonais que cosaques, qui fuyaient vers le Borysthène, sous la conduite du général Levenhaupt; il marcha d'un côté avec ses troupes fugitives : le roi aUa par un autre chemin avec quelques cavaliers. Le carrosse où il était rompit dans la marche; pu le remit à cheval. Pour comble de disgrâce, il s'égara pendant la nuit dans un bois; là, son courage ne pouvant plus Suppléer à ses forces épuisées^ les douleurs de sa blessure deveriues plus insupportables pair la fatigue, son cheval étant tombé de lassitude, il se coucha quelques heures au pied d'un «rbre, en danger d'être surpris à tout moment par les vainqueurs, qui le cherchaient de tous côtés.

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