‹ Textes classiques de la littérature française: extraits des grands écrivains français avec (volume 2)Chapitre 70 sur 126 · Portiques qui précédaient l'entrée de l'Acropole · texte numérisé non relu

Portiques qui précédaient l'entrée de l'Acropole

134 DIX-NEUVIÊME SIÈCLE.

TAnchesme, jusque vers le port de Phalère. Le Géphise coule dans cette forêt f qui, par sa vieillesse, semble descendre de Tolivier que Minerve fit sortir de la terre. L'Ilissus a son lit desséché de Tautre côté d'Athènes , entre le montHymette et la ville. La plaine n'est pas parfaitement unie : une petite chaîne de collines détachées du mont Hymette en surmonte le niveau, et forme les différentes hauteurs sur lesquelles Athènes plaça peu i peu ses monuments.

Ce n^est pas dans le premier moment d'une émotion très-vive que l'on jouit le plus de ses sentiments. Je m'avançais vers Athènes arec une espèce de plaisir qui m'ôtait le pouvoir de la réflexion ; non que 3'éprouvasse quelque chose de semblaJ)le à ce que j'avais senti à la vue de Lacédémone. Sparte et Athènes ont conservé jusque dans leurs ruines lieurs différents caractères : celles de la première sont tristes, graves et solitaires; celles de la seconde sont riantes, légères, habitées. A l'aspect de la patrie de Lycurgue, toutes les pensées deviennent sérieuses, mâles et profondes; rame fortifiée seirble s'élever et s'agrandir; devant la ville de Selon , on est comme enchanté par les prestiges du génie; on a l'idée de la perfection de l'homme, considéré comme un être intelligent et immortel. Les hauts sentiments de la nature humaine prenaient à Athènes quelque chose d'élégant qu'ils n'avaient point à Sparte. L'amour de la patrie et de la liberté n'était point pour les Athéniens un instinct aveugle, mais un sentiment éclairé, fondé sur ce goût du beau dans tous les genres, que le ciel leur avait si libéralement départi : enfin, en passant des ruines de Lacédémone aux ruines d'Athènes, je sentis que j'aurais voulu piourir avec Léonidas^ çt vivre avec Périclès.

l'abéopage^ lb pntz.

En sortai^Lt du milieu de l'Athènes moderne, et marchant droit au couchant, les maisons commencent à s'écarter les unes des autres; ensuite viennent de grands espaces vides, les uns compris dans le mur de clôture, les autres en dehors de ce mur : c'est dans ces espaces abandonnés que l'on trouve le temple de Thésée, le Pnyz et l'Aréopage. Je ne décrirai point le premier, qui est décrit partout, et qui ressemble assez au Parthénon ; je le comprendrai dans les réflexions générales que je me perpiettrai de faire bientôt au spjat de l'architecture des Grecs. Ce temple est, au reste, le* monument le mieux conservé à Athènes : après avoir longtemps été une église sous l'invocation de saint Georges, il sert aujourd'hui de magasin.

L'Aréopage était placé sur une éminence à l'occident de la citadelle. On comprend à peine, comment ou a pu ccu^ruire, sur le rocher ou l'on voit des ruines, un monument de quelque étendue. Une petite vallée appelée, dans l'aïusienne Athènes^ CaU (le creux), sépare la colline de l'Aréopage de la colline du Pnyx et de la collineLde la citadelle. On montrait dans le Gœlé les tombaam des doux Gimon. de

GflÂTËAUBRIÀND. 135

Thucydide «t d'Hérodote. Le Pnyx, où les Athéniens tenaient d'abord leurs assemblées publiques,. est une. esplanade pratiquée sur une roche escarpée au revers du Lycabettus. Un mur composé de pierres énormes soutient cette esplanade du côté du nord ; au midi s'élève une tribune creusée dans le roc même, et f on y monte par quatre degrés également taillés dans la pierre. Je remar^iue ceci, parce q[ue les anciens voyageurs n'ont pas bien connu la forme du Poyz. Lord Elgin a fait «depuis peu d'années désencombrer cette colline, et c'est à lui qu'on doit la découverte des degrés. Gomme on n'est pas là tout à fait à la cime du rocher, on n'aperçoit la mer qu'en montant au-dessus de la tribune : on ôtait ainsi au peuple la vue du Pirée , afin que des orateurs factieux ne le jetassent pas dans des entreprises téQiéraireS| à Taspect de sa puissance et de ses vaisseaux.

Les Athéniens étaient rangés sur Tesplanade eptre le mur drculàire que j'ai indiqué au nord, tt la tribune au midi.

C'était donc à cette tribune que périclès, Ai^cibiadt et Démosthène firent entendre leur voix; que Socrate et PbocloQ parlèrent au peuple le plus léger et lé plus spirituel de la terre? C'était donc là que se sont commises tant d'injustices ; que tant de décrets iniques ou cruels ont été prononcés? Ce fut peut-être ce lieu qui vit bannir Aristide, triompher Mélitus, condamner à mort la populatiou entière d'une ville, vouer un peuple ejatier à l'esclavage ? Mais aussi ce fut là que de grande citoyens firent éclater leurs généreux accents CQnp^ les tyrans de leur patrie; que la justice triompha; que la vérit^ fut écouta. % Il y a un peuple, disaient les députés de Corintbe aux Spartiates , « un peuple qui ne respire que les nouveautés; prompt à concevoiri a prompt à exécuter, son audace passe sa force. Dans les périls, où « souvent il se jette sans réflexion, il ne perd jamais l'espérance; <c naturellement inquiet, il cherche à s'agrandir au dehors ; vainqueur, a il s'avance et suit sa victoire; vaincu , il n'est point découragé. Pour <c les Athéniens, la vie n'est pas une propriété qui leur appartiepne, <c tant ils la sacrifient aisément à leur paysl Ils croient qu'on les a a privés d'un bien légitime, toutes les fois qu'ils n'obtiennent pas « l'objet de leurs désirs. Ils remplacent un dessein trompé par une « nouvelle espérance : leurs projets à peine conçus so|it déjà exécuté^. « Sans cesse occupés de l'avenir, le présent leur échappe : peuple q^i « ne connaît point le repos, et ne peut le souffrir dans les autres*. »

Et ce peuple, qu*est-il devenu? Où le trouveral-je? Moi qui tradu|« sais ce passage au milieu des ruines d'Athènes, je voyais les minarejts des musulmans, et j'entendais parler des chrétiens. C'est à Jérusalem que j'allais chercher la réponse à cette question, et je connaissais déjà d'avance les paroles de l'oracle : Domiutu mortificaf ef vivifieai; lifi" àueit ad inferos et reducit,

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