Temple de Pandrose^ fille de Cécro
lé monumeut avait deux cent dix-huit pieds de long, et quatre-vingt* dix-huit de large.
Les triglyphes * de l'ordre dorique marquaient la frise du péristyle : des métopes ou petits tableaux de marbre à coulisse séparaient entrt eux les triglyphes. Phidias ou ses élèves avaient sculpté sur ces métopes le combat des Centaures et des Lapithes. Le haut du plein mur du temple, ou la frise de la cella, était décorée d'un autre bas-relief représentant peut-être la fête des Panathénées. Des morceaux de sculptures excellents, mais du siècle d'Adrien, époque du renouvellement de l'art, occupaient les deux frontons du temple. Les offrandes votives, ainsi que les boucliers enlevés à l'ennemi dans le cours de la guerre Médique, étaient suspendus en dehors de l'édifice : on voit encore la marque circulaire que les derniers ont imprimée sur l'architrave du fronton qui regarde le mont Hymette. C'est ce qui fait présumer à M. FauveP que Ventrée du temple pouvait bien ôtre tournée de ce côté, contre l'opinion générale qui place cette entrée à l'extrémité opposée. Entre ces boucliers on avait mis des inscriptions : elles étaient vraisemblablement écrites en lettres de bronze, à en juger par les marques des clous qui attachaient ces lettres. M. Fauvel pensait que ces clous avaient servi peut-être à retenir des guirlandes; mais je l'ai ramené à mon sentiment en lui faisant remarquer la disposition régulière des trous. De pareilles marques ont suffi paur rétablir et lire l'inscription de la Maison Carrée à Nîmes. Je suis convaincu que, si les Turcs le permettaient, on pourrait aussi parvenir à déchiffrer les inscriptions du Parthénon.
Tel était ce temple, qui a passé à juste titre pour le chef-d'œuvre de l'architecture chez les anciens et chez les modernes : l'harmonie et la force de toutes ses parties se font encore remarquer dans ses ruines; car on en aurait une très-fausse idée , si l'on se représentait seulement un édifice agréable, mai^ petit, et chargé de ciselures et de festons à notre manière. Il y a toujours quelque chose de grêle dans notre architecture, quand nous visons à l'élégance; ou de pesant, quand nous prétendons à la majesté. Voyez comme tout est calculé au Parthénon! L'ordre est dorique, et le peu de hauteur de la colonne dans cet ordre vous donne à l'instant l'idée de la durée et de la solidité ; mais cette colonne, qui de plus est sans base, deviendrait trop lourde. Ictinus a recours à son art : il fait la colonne cannelée, et l'élève sur des degrés; par ce moyen il introduit presque la légèreté du corinthien dans la gravité dorique. Pour tout ornement vous avez deux frontons et deux frisés sculptées. La frise du péristyle se compose de petits tableaux de marbre régulièrement divisés par un triglyphe : à la vérité, chacun
ds ces tableaux est un chef-d'œuvre ; la frise de la cella * règne comme un bandeau au haut d'un mur plein et uni : voilà tout, absolument tout. Qu'il y a loin de cette sage économie d'ornements, de cet heureux mélange de simplicité , de force et de grâce, à notre profusion de découpures en carré, en long, en rond, en losange; à nos colonnes fluettes, guindées sur d'énormes bases, ou à nos porches igiiobles et écrasés que nous appelons des portiquett
Il ne câut pas se dissimuler que l'architecture considérée comme art est dans son principe toinemment religieuse : elle fut inventée po^ir le culte de la Dirâité. Les Grecs, qui avaient une multitude de dieux, ^nt été conduits à différents genres d'édifices, selon les idées qu'ils attachaient aux différents pouvoirs de ces dieux. Vitruve même consacre deux chapitres à ce beau sujet, et enseigne comment on doit construire les temples et les autels de Minerve, d'Hercule, de Gérès^ etc. Nous, qui n'adorons qu'un seul maître de la nature, nous n'avons aussi, à proprement perler, qu'une seule architecture naturelle, l'architecture gothique. On sent tout de suite que ce genre est à nous, qu'il est original, et né, pour ainsi dire, avec nos autels. En fait d'architecture grecque, nous ne sommes que des imitateurs plus ou moins ingénieux; imitateurs d'un travail dont nous dénaturons le principe, en transportant dans la demeure des hommes les ornements qui n'étaient bien que dans la maison des dieux.
Après leur hurmonie générale, leur rapport avec les lieux et les sites, «t surtout leurs convenances avec les usages auxquels ils étaient destinés, ce qu'il faut admirer dans les édifices de la Grèce, c'est le fini de toutes les parties. L'objet qui n'est pas fait pour être vu y est travaillé avec autant de soin que les compositions extérieures. La jointure des blocs qui forment les colonnes du temple de Minerve est telle qu'jl làut la plus grande attention pour la découvrir, et qu'elle n'a pas l'épaisseur du fil le plus délié. Afin d'atteindre à cette rare perfection, on amenait d'abord le marbre à sa plus juste coupe avec le ciseau « ensuite on faisait rouler les deux pièces l'une sur fautre, en jetaj^ au centre du frottement du sable et de l'eau. Les assises, au moyen de ce procédé, arrivaient à un aplomb U^croyable : cet aplomb, d^jq^ les tronçons des colonnes , était déterminé par un pivot carré de bois d'olivier. J'ai vu un de ces pivots entre les mains de M. Fauvel.
Les rosaces, les plinthes, les moulures, les astragales, tous l^ (l<$tftils de l'édifice, offrent la même perfection; les lignes du chapiteau et dç la cannelure des colonoes du Parthénon sont si déliées, qu'on serait tenté de croire que la colonne entière a passé au tour : des découpures en ivoire ne seraient pas j^us délicates que les ornements ioniques du temple d'Êrechthée : les cariatides du Pa^droséum sont des modèles. Enfin, ftif après ^voir vu les monumiÇQts 4e fiome, ceux de k
1. La eella (mot latin), l'intérieur d'un temple, la partie enfermés entre les quatre murs latéraux, non compris le portique et le péristyle.
CHATEAUBRIANB. }.39
France m^ont paru grossiers, les monuments de Romt me Mxnblent barbares à leur tour depuis que j'ai vu ceux de la Grèce : je n'ài excepte point le Panthéon avec son fronton démesuré. La comparaison peut se faire aisément à Athènes, où Tarchitecture grecque est sou^oot placée tout auprès de rarchitecture romaine.
l'étais au surpliif tomné dans Terreur commune toucjtiant les monuments des Grecs : je les croyais parfaits dajos leur ensenabUe, m^ je pensais qu'ils manquaient dt} grandeur. J'ai fajjt voir que le génie des architectes a donné en grandeur proportionneUe h ces monuments ce qui peut leur manquer en étendue; et d'ailleurs Athône$ es^ remplie 4'ouvrages prodigieux. Les Athéniens, peuple si peu riche, [si peu nom' hreux, ont remué des masses gigantesques ; les pierres du Pnyz sont de véritables quartiers de rocher ; les Propylées (ormaient un travail immense, et les dalles de marbre qui les couvraient étaient d'une dimension telle qu'on n'en a jamais vu de semblables; la hauteur des colonnes du tem{4e de Jupiter Olympien pasfie peut-être soixante pieds, et le temple entier avait un demi-oùlle de tour : les murs d'Athènes, en y comprenant ceux des trois ports et les longues mu- Tailles, s'étendaient sur un espace de près de neuf lieues ; les murailles qui réunissaient la ville au Pirée étaient assez larges pour que deux chars y pussent courir de front, et, de cinquante en cinquante pas, elles étaient flanquées de tours carrées. Les Romains n'ont jamais ôleyé de fortifications plus considérables..
Nous employâmes la matinée entière à visiter la citadelle. Les Turcs avaient autrefois accolé le minaret d'une mosquée au portiq^ue du Parthénon. Nous montâmes par l'escalier à mrâtié détruit jde ce minarot ; nous nous assîmes sur une partie brisée àe la frise da temple , et nous promenâmes nos regards autour de nous. Nous avions le mont Hymustte à l'est, le Pentélique au nord, le Pamès au nordouest ; les monts Icare, Cordyalus ou Œgalée à l'ouest, et par-dessus le premier on apercevait |a cime du Gitbéron ; au sud-ouest et au midi oj*. voyait la mer, le I^réf , les côtes de Salamine, d'^uie, d'Ëpidaure, et la citadelle de GorinthB.
Au-dessous de nous , dans le bassin dont je viens de décrire la circonférence, on distinguait les collines et la plupait des momunenls d'Athènes :au sud^uest, la colline du Musée avec le tombeau de Philopappus; à l'ouest, les rochers de l'AcôqMige, du Pnyx et du Lycabettus ; au nord , le petit mcmt Anchesme , et à l'est les hauteurs qqi dominent le Stade. Au pied môme de la citadelle, on voyait les débks du théâtre de Bacchus et d'Hérode Atticus. A gauche de ces débris venaient les grandes colonnes isolées du temple de Jupiter Olympien; plus loin encore, en tirant vers le nord-est, on apercevait l'enceinte du Lycée, le cours de l'ilissus, le Stade, et un temple de Diane ouée Gérés. Dans la partie de l'ouest et du nord-ouest, vers le grand bois d'oliviers, M. Fauvel me montrait la place du Géramique * extérieur,