‹ Textes classiques de la littérature française: extraits des grands écrivains français avec (volume 2)Chapitre 73 sur 126 · Faubourg d'Athèn«i · texte numérisé non relu

Faubourg d'Athèn«i

de rAcadémie* et de son chemin bordé de tombeaux. Enfin , dans la vallée formée par PAncbesme et la citadelle, on découvrait la ville moderne.

Il faut maintenant se figurer cet espace tantôt nu et couvert d'une bruyère jaune, tantôt coupé par des bouquets d*oliviers, par des carrés d'orge, par des sillons de vigne ; il faut se représenter des fûts de co~ lonnes et des bouts de ruines anciennes et modernes, sortant du milieu de ces cultures; des murs blanchis et des clôtures de jardin traversant les champs : il faut répandre dans la campagne des Albanaises qui tirent de Teau, ou qui lavent à des puits les robes des 'l'urcs ; des pay» sans qui vont et viennent, conduisant des ânes, ou portant sur leur dos des provisions à la ville : il faut supposer toutes ces montagnes dont les noms sont si beaux , toutes cet ruines si célèbres, toutes ces îles, toutes ces mers non moins fameuses, éclairées d'ime lumière éclatante. J'ai vu, du haut de TAcropolis, le soleil se lever entre les deux cimes du mont Hymette : les corneilles qui nichent autour de la citadelle, mais qui ne franchissent jamais son sommet, planaient au-dessous de nous ; leurs ailes noires et lustrées étaient glacées de rose par les premiers reflets du ]our; des colonnes de fumée bleue et légère montaient dans Tombre le long des flancs de THymette, et annonçaient les parcs ou les chalets des abeilles ; Athènes , PAcropolis et les débris du Parthénon se coloraient de la plus belle teinte de la fleur du pêcher ; les sculptures de Phidias, frappées horizontalement d'un rayon d'or, s'animaient, et semblaient se mouvoir sur le marbre par la mobilité des ombres du relief; au loin, la mer et le Pirée étaient tout blancs de lumière; et la citadelle de Corinthe, renvoyant l'éclat du jour nouveau, brillait sur l'horizon du couchant, comme un rocher de pourpre et de feu.

Du lieu où nous étions placés, nous aurions pu voir, dans les beaux jours d'Athènes, les flottes sortir du Pirée pour combattre Tennemi ou pour se rendre aux fêtes de Délos; nous aurions pu entendre éclater au théâtre de Bacchus les douleurs d'Œdipe, de Philoctète ou d'Hé« cube ; nous aurions pu ouïr les applaudissements des citoyens aux discours de Démosthène. Mais, hélas ! aucun son ne frappait notre oreille. Â peine quelques cris échappés à une populace esclave sortaient par intervalles de ces murs, qui retentirent si longtemps de la voix d'un peuple libre. Je me disais, pour me consoler, ce qu'il faut se dire sans cesse : Tout passe, tout finit dans ce monde. Où sont allés les génies divins qui élevèrent le temple sur les débris duquel j'étais assis? Ce soleil, qui peut-être éclairait les derniers soupirs de la pauvre fille de Mégare', avait vu mourir la brillante Aspasie. Ce tableau de l'Attique, 6e spectacle que je contemplais, avait été contemplé par des yeux fer-

1. Les lardins d'Académus, où Platon réunissait ses disciples.

2. Quelques jours auparavant, pendant le séjour qu'il avait fait à Hégare, Chateaubriand avait été invité à visiter une jeune malade.

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mes depuis deux mille ans. Je passerai à mon tour : d'autres hommes aussi fugitifs que moi viendront faire les mômes réflexions sur les mêmes ruines. Notre vie et notre cœur sont entre les mains de Dieu : laissons-le donc disposer de Tune comme de Tautre.

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