‹ Textes classiques de la littérature française: extraits des grands écrivains français avec (volume 2)Chapitre 74 sur 126 · RUINES DE TROIE · texte numérisé non relu

RUINES DE TROIE

.,» Lorsque le 21 septembre 1806, à six heures du matin, on me vint dire que nous allions doubler le château des Dardanelles, la fiôr vre fut chassée par les souvenirs de Troie. Je me traînai sur le pont ; mes premiers regards tombèrent sur un haut promontoire couronné par neuf moulins : c'était le cap Sigée. Au pied du cap je distinguais deux tumuluSj les tombeaux d'Achille et de Patrocle. L'embouchure du Simoîs était à la gauche du château neuf d'Asie; plus loin, derrière nous, en remontant vers l'Hellespont, paraissaient le cap Rhétée et le tombeau d'Ajax. Dans l'enfoncement s'élevait la chaîne du mont Ida, dont les pentes, vues du point où j'étais, paraissaient douces et d'une couleur harmonieuse. Ténédos était devant la proue du vaisseau: Est in eonspectu Tenedos,

Je promenais mes yeux sur ce tableau, et les ramenais malgré moi à la tombe d'Achille. Je répétais ces vers du poëte.

« L'armée des Grecs belliqueux élève sur le rivage un monument « vaste et admiré ; monument que l'on aperçoit de loin eu passant « sur la mer, et qui attirera les regards des générations présentes et « des races futures', »

Les pyramides des rois égyptiens sont peu de chose, comparées à la gloire de cette tombe de gazon que chanta Homère, et autour de laquelle courut Alexandre.

J'éprouvai dans ce moment un effet remarquable de la puissance des sentiments et de rinflUcnce de Tâme sur le corps. J'étais monté sur le pont avec la fièvre: le mal de tête cessa subitement; je sentis renaître mes forces, et, ce qu'il y a de plus extraordinaire, toutes les forces de mon esprit. Il est vrai que vingt-quatre heures après la fièvre était revenue.

Je n'ai rien à me reprocher : j'avais eu le dessein de me rendre par TAnatolie à la plaine de Troie, et l'on a vu ce qui me força à renoncer à mon projet ; j'y voulus aborder par mer, et le capitaine du vaisseau refusa obstinément de me mettre à terre, quoiqu'il y fût obligé par notre traité. Dans le premier moment, ces contrariétés me firent beaucoup de peine, mais aujourd'hui je m'en console. J'ai tant été trompé en Grèce, que le même sort m'attendait à Troie. Du moins j'ai conservé toutes mes illusions sur le Simoîs ; j'ai de plus le bonheur d'avoir salué une terre sacrée, d'avoir vu les flots qui la baignent, et le soleil qui l'éclairé.

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