TROIS ISRAÉLITES
11 nous fait remporter «ne illustre victoire.
l'une des trois.
n nous a révélé sa gloire.
toutes trois, ensemble, Ahl qui peut avec lui partager notre amour?
tout le chœur.
Que son nom soit béni; que son nom soit chanté ; Que l'on célèbre ses ouvrages Au delà des temps et des âges, Au delà de l'éternité l
ATHALIS.
Le sujet d*Athalie est tiré dd la Bible, au quatrième livra des Rois. Âthalie^ fille d'Âchab et de Jézabei rois d'Israël, avait épousé Joram, roi de Juda. Leur fils Ochozias ne régna qu'un an. A sa mort Athalie massacra les enfants d'Ochosias, ses petits-fils, pour s'emparer du trône de Juda. Un seul de ces enfants, Joas, échappa à sa cruauté et fut élevé secrètement dans le temple par Josabeth. femme du grand prêtre.
La tragédie de Racine a pour objet la lutte du pouvoir contre le droit, de l'usurpation contre la légimité, de l'impiété contre Dieu. Athalie, effrayée par un songe, entre dans le temple des Juifs : elle y voit un enfant semblable i celui qu'un rêve prophétique lui a montré comme son ennemi ; c'est Joas. Elle veut savoir qui il est, le voir, l'interroger : elle veut que le grand prêtre le remette entre ses tuains. Joad arme secrètement tous les prêtres, tous les lévites, et quand la reine, attirée par une promesse équivoque, se pressente pour s'emparer des trésors du temple et de
HAGINE 197
l'enfant qui l'épouvante, les prêtres révoltés la saisissent, l'entraînent et l'égorgent au nom du jeune Joas, qu'ils proclament roi de Juda, et héritier légitime de son për(^ Ochozias,
ÂCTB L Scène I. — JOAD, ABNER.
ÀBNBR.
Oui^ ]e viens dans son temple adorer rËternel,
Je viens, selon l'usage antique et solennel,
Célébrer avec vous la fameuse journée
Où sur le mont Sina la loi nous fut donnée.
Que les temps sont changés 1 Sitôt que de ce jour
La trompette sacrée annonçoit le retour,
Du temple, orné partout de festons magnifiques,
Le peuple saint en foule inondoit les portiques;
Et tous, devant Tautel avec ordre introduits,
De leurs champs dans leurs mains portant les nouveaux fruits,
Au Dieu de Tunivers consacroient ces prémices :
Les prêtres ne pouvoient suffire aux sacrifices.
L'audace d'une femme, arrêtant ce concours,
En des jours ténébreux a changé ces beaux jours.
D'adorateurs zélés à peine un petit nombre
Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre
Le reste pour son Dieu montre un oubli fatal ;
Ou même, s'empressant aux autels de Baal*,
Se fait iniiier à ses honteux mystères.
Et blasphème le nom qu'ont invoqué leurs pères.
Je tremble qu'Athalie, h ne vous rien cacher.
Vous-même de l'autel vous faisant arracher,
N'achève enfin sur vous ses vengeances funestes
Et d'im respect forcé ne dépouille les restes.
JOAD
D'où vous vient aujourd'hui ce noir pressentiment?
ABNER
Pensez-vous être saint et juste impunément? Dès longtemps elle hait cette fermeté rare Qui rehausse en Joad l'éclat de la^ tiare; Dès longtemps votre amour pour la reUgion Est traité de révolte et de sédition.
1. « Athalie fit construire dans Jérusalem un temple à Baal qui étoit le Dieu du pays de Tvr et de Sidon, où Jézabel avoit pris naissance. * (Racine. Préfar^. d Athalie,)
198 DIX-SEPTIÈME SIËGLB.
Du mérite éclatant cette relDe jalouse
Hait surtout Josabeth, votre fidèle épouse.
Si du grand prêtre Aaron Joad est successeur,
De notre dernier roi Josabeth est la sœur.
Mathan, d'ailleurs, Mathan, ce prêtre sacrilège
Plus méchant qu'Athalie, à toute heure l'assiège,
Mathan, de nos autels infâme déserteur^
Et de toute vertu zélé persécuteur.
C'est peu que, le front ceint d'une mitre étratigëre,
Ce lévite à Baal prête son ministère ;
Ce temple Timportune, et son impiété
Voudroit anéantir le Dieu qu'il a quitté.
Pour vous perdre il n'est point de ressort qu'il nlnvente;
Quelquefois il vous plaint, souvent môme il tons vante;
Il affecte pour vous une fausse douceur;
Et, par là de son fiel colorant la noirceur, ^
Tantôt à cette reine il vous peint redoutable,
Tantôt , voyant pour l'or sa soif insatiable,
Il lui feint qu'en un lieu que vous seul connolsses,
Vous cachez des trésors par David amassés.
Enfin , depuis deux jours^ la superbe Athalie
Dans un sombre chagrin parolt ensevelie.
Je l'observois hier, et je voyois ses yeux
Lancer sur le lieu saint des regards furieux :
Gomme si, dans le fond de ce vaste édifice,
Dieu cachoit un vengeur armé pour son supplice.
Croyez-moi, plus j'y pense, et moins je puis douter
Que sur vous son courroux ne soit prêt d'éclater,
Et que de Jézabel la fille sanguinaire
Ne vienne attaquer Dieu jusqu'en son sanctuaire.
JOAD
Celui qui met un frein à la fureur des flots
Sait aussi des méchants arrêter les complots.
Soumis avec respect à sa volonté sainte,
Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre craintii
Cependant je rends grâce au zèle officieux
Qui sur tous mes périls vous fait ouvrir les yeux.
Je vois que Tinjustice en secret vous irrite,
Que vous avez encor le cœur Israélite.
Le ciel en soit béni I Mais ce secret courroux,
Cette oisive vertu, vous en contentez-vous?
La foi qui n agit point, est-ce une Joi sincère T
Huit ans déjà passés, une impie étrangère
Du sceptre de David usurpe tous les droits,
Se baigne impunément dans le sang de nos roif ,
Des enfants de son fils détestable homicide,
RACINE. m
Et même contre Dieu lève son bras perfide: Et vous, Pun des soutiens de ce tremblant Etat, Vous, nourri dans les camps du saint roi Josaphat, Qui sous son fils Joram commandiee nos années S Qui rassurâtes seul nos yilles alarmées» Lorsque d*Ochozias le trépas imprévu Dispersa tout son camp & l'aspect de Jéhu : « Je crains Dieu, dites-vous; sa vérité me touche t » Voici comme ce Dieu tous répond par ma boucht : « Du zèle de ma loi ^e sert de vous pararT Par de stériles voBux penses- vous m'honorer? Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices f Ai-je besoin du sang des boucs et des génisses? Le sang de vos rob crie, et n'est point écouté. Rompez, rompez tout pacte avec l'impiété; Du milieu de mon peuple exterminei les crimes; Et vous viendrez alors m'immoler vos victimes* »
ABNBR.
Hél que puis-je au milieu de oe peuple abattu? Benjamin est sans force, et Juda sans vertu : Le jour qui de leurs rois vit éteindre la race Éteignit tout lé feu de leur antique audace. Dieu même, disent-ils, s'est retiré de nous; De l'honneur des Hébreux autrefois si Jaloux, 11 voit sans intérêt leur grandeur terrassée; Et sa miséricorde à la fin s'est lassée : On ne voit plus pour nous ses redoutables mains Dd merveilles sans nombre effrayer les humains ; L'arche sainte est muette, et ne rend plus d'oracles.
Et quel temps fut jamais si fertile en miracles? Quand Dieu par plus d'efi'ets montra-t41 son pouvoir? Auras-tu donc to^jour8 des yeux pour ne point voir, Peuple ingrat? Quoi! toujours les plus grandes merveilles Sans ébranler ton cœur frapperont tes oreilles? Faut-il, Abner, faut-il vous rappeler le cours
1. c La mort ftmeste de Joram n'emfjêcha pas Ochozias dMmlter son impiété et celle d'Athalie, sa mère. Mais ce prince, après avoir régné seulement un an, étant allé rendre visite au roi d'Israël, frère d'Athalie, fut enveloppé dans Ja ruine de la maison d'Achab , et tué par Tordre de Jéhu, que Dieu avoit fait sacrer par ses prophètes pour ré« gner sur Israël, et pour être le ministre de ses vengeances. Jéhu ex* termina toute la postérité d'Achab, et fit jeter par les fenêtres Jézabel, oui , scion la prédiction d'Ëlie, fut mangée des chiens dans la vigne de ce môme Naboth. qu'elle avoit fait mourir autrefois pour s'emparer de son héritage. » (Racine. Fréfaee (VAthalie.)
^,00 DIX-BEPTIÈME SIÈCLE.
Des prodiges fameux accomplis en nos jours?
Des tyrans d'Israël les célèbres disgrâces.
Et Dieu trouvé fidèle en toutes ses menaces;
L'impie Achab détruit , et de son sang trempé
Le champ que par le meurtre il avoit usurpé;
Près de ce champ fat-al Jézabel immolée,
5ous les pieds des chevaux cette reine foulée,
Dans son sang inhumain les chiens désaltérés,
Et de son corps hideux les membres déchirés;
Des prophètes menteurs la foule confondue,
Et la flamme du ciel sur Pautel descendue;
Elle aux éléments parlant en souverain,
Les cieux par lui fermés et devenus d*airain.
Et la terre trois ans sans pluie et sans rosée ;
Les morts se ranimant à la voix d'Elisée I
Reconnoissez, Abner, à ces traits éclatants,
Un Dieu tel aujourd'hui qu'il fut dans tous les temps «
Il sait, quand il lui plaît, faire éclater sa gloire ;
Et son peuple est toujours présent à sa mémoire.
ABNER
Mais où sont ces honneurs à David tant promis^ Et prédits même encore à Salomon son fils? Hélas! nous espérions que de leur race heureuse Devoit sortir de rois une suite nombreuse, Que sur toute tribu, sur toute nation, L'un d'eux établiroit sa domination, Feroit cesser partout la discorde et la guerre, Et verroit à ses pieds tous les rois de la terre.
JOAD
Aux promesses du ciel pourquoi renoncez-vous?
ABNER
Ce roi fils de David, où le chercherons-nous?
Le ciel même peut-il réparer les ruines
De cet arbre séché jusque dans ses racines?
Athalie étouffa l'enfant même au berceau.
Les morts, après huit ans, sortent-ils du tombeau?
«Ah l si dans sa fureur elle s'étoit trompée ;
8i du sang de nos rois quelque goutte échappée...
JOAD
Hé bien ! que feriez-vous?
ABNER
0 jour heureux pour moit De quelle ardeur j'irois reconnoître mon roit Doutez-vous qu'à ses pieds nos tribus empressées.... Mais pourquoi me flatter de ces vaines pensées? Déplorable héritier de ces rois triomphants.
Ochozias restoitseul avec ses enfants
Par les traits de Jéhu je vis percer le père; Vous avez vu les fils massacrés par la mère.
JOAD
Je ne m'explique point; mais quand Tastre du jour Aura sur l'horizon fait le tiers de son tour. Lorsque la troisième heure aux prières rappelle *, , Retrouvez-vous au temple, avec ce même zèle. Dieu pourra vous montrer, par d'importants bienfaits, Que sa parole est stable, et ne trompe jamais. Allez : pour ce grand jour il faut que je m'apprête, Et du temple déjà Taube blanchit le faîte.
ABNER
Quel sera ce bienfait que je ne comprends pas? L*illu3tre Josabeth porte vers vous ses pas : Je sors et vais me joindre à la troupe fidèle Qu'attire de ce jour la pompe solennelle.