‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 109 sur 347 · MATHAN · texte numérisé non relu

MATHAN

On le craint : tout est examiné.

A d'illustres parents s*il doit son origine, La splendeur de son sort doit hftter sa ruine ; Dans le vulgaire obscur si le sort Ta placé, Qu'importe qu'au hasard un sang vil soit versé f Est-ce aux rois à garder cette lente justice ? Leur sûreté souvent dépend d'un prompt supplice. N'allons point les gêner d'un soin embarrassant : Dès qu'on leur est suspect, on n'est plus innocent.

ABNER

Hé quoi, Mathan I d'un prêtre est-ce là le langage? Moi, nourri dans la guerre, aux horreurs du carnage, Des vengeances des rois ministre rigoureux, C'est moi qui prête ici ma voix au malheureux 1 Et vous, qui lui devez des entrailles de père, Vous, ministre de paix dans les temps de colère, Ck>uvrant d'un zèle faux votre ressentiment. Le sang à votre gré coule trop lentement!

Vous m'avez commandé de vous parler sans feinte. Madame : quel est donc ce grand sujet de crainte? U;i songe, un foible enfant que votre œil prévenu Peut-être sans raison croit avoir reconnu.

ATHAUE.

Je le veux croire, Âbner ; je puis m'être trompée : Peut-être un songe vain m'a trop préoccupée. Hé bien! il faut revoir cet enfant de plus près; Il en faut à loisir examiner les traits. Qu'on les fasse tous deux paroltre en ma présence.

ABNER

Je crains...

ATHALIE

Manqueroit-on pour moi de complaisance?

De ce refus bizarre où seroient les raisons? Il pourroit me Jeter en d'étranges soupçons. Que Josabetb, vous di»-j®» ou Joad les amène. Je puis, quand je voudrai, parler en souveraine.

Vos prêtres, je veux bien, Abnejr, vous l'avouer. Des bontés d'Âthalie ont lieu de se louer; Je sais sur ma conduite et contre ma puissance Jusqu*où de leurs discours ils portent la< licence ; Ils vivent cependant, et leur temple est debout. Mais je sens que bientôt ma douceur est à bout. Que Joad mette un frein à son zèle sauvage, Et ne m'irrite point par un second outrage. Allez.

Page 1