‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 119 sur 347 · L£ MISANTHROPE · texte numérisé non relu

L£ MISANTHROPE

Alceste est le plus loyal et le plus droit des hommes. Une seule vertu lui manque, l'indulgence. Sa sagesse bourrue ne pardonne rien à la faiblesse humaine. Un compliment banal, une concession aux usages du monde, en voilà assez pour qu'il crie au mensonge, à la trahison. Â la mauvaise humeur d' Alceste, Molière oppose l'esprit accom*

modant de Philinte. Od a critiqué ce personnage optimisle. Il porte peut-être trop loin la complaisance, il est trop constamment satisfait ; mais Molière ne le donne pas comme un exemple à suivre : c'est un caractère, ce n'est pas un modèle. Alceste est épris d'une coquette. La sincère Eliante mériterait bien mieux son atnour : c'est Célimène qu'il aime^ en dépit de lui-même. L'indignation d'AIceste est souvent justifiée par les vices de la société au milieu de la« quelle il vit : l'hypocrisie, la méchanceté doucereuse de la prude Ârsinoé, la fatuité des marquis, la vanité du poète de cour, et surtout la coquetterie perfide de Gélimène sont bien faites pour blesser profondément un homme de sens et de cœur. Aussi Alceste n'est-il ridicule que par instants, et quand la violence de ses emportements contraste trop fortement avec la futilité des causes qui les provoquent. Que Philinte ait loué de mauvais vers^ ou que des juges corrompus aient rendu un arrêt inique, le misanthrope ne fait pas de distinction ; il éclate, il peste, il se déclare résolu à fuir la société, à se tirer de ce coupe-gorge, oubliant qu'il y aurait peu de mérite à aimer les hommes, s'ils étaient parfaits, et que la plus rare et la plus difficile des vertus, la charité, consiste Justement à les chérir malgré leurs défauts.

Page 1