‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 15 sur 347 · ORIGINE DE LA LANGUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA LANGUE FRANÇAISE

partagea en deux courants divers, dont l'un alla arroser les plaines riantes du midi, toutes parfumées encore du souvenir des arts et de la civilisation romaine, où la langue grecque elle-même avait laissé un harmonieux écho ; l'autre, répandu au nord de la Loire, rencontrant partout des Germains, des Kymris, des Northmans, se chargea d'un sédiment barbare qui en altéra longtemps la limpidité.

Les Northmans surtout exercèrent la plus grande influence sur le dialecte du nord de la France. Ces conquérants du dixième siècle firent comme ceux du cinquième : ils adoptèrent la langue du pays conquis, mais ils l'adoptèrent en la modifiant selon le besoin de leurs rudes organes. Les syllabes sonores s'obscurcirent : les a devinrent des é; par exemple, le mot latin chantas avait donné chantât à la langue romane; les Northmans prononcèrent charité^ et contribuèrent ainsi à donner au dialecte du nord une physionomie de plus en plus distincte. Les traces qu'ils y laissèrent furent d'autant plus profondes qu'ils s'approprièrent plus sérieusement la langue française. Déjà sous Guillaume I*', successeur de Rollon, on ne parlait plus à Rouen que le roman. Le duc, voulant que son fils sût aussi la langue danoise, fut obligé de l'envoyer à Bayeux, où on la parlait encore. Pour les autres Gaidois, le français était un latin corrompu, un patois dédaigné; pour les Northmans barbares, ce fut presque une laugue savante, qu'ils étudièrent, comme le latin, avec le plus grand soin. Bientôt les Northmans devinrent nos poètes et nos maîtres de français, de même qu'autrefois les Gaulois avaient envoyé à Rome des maîtres de rhétorique et de grammaire latine.

Pendant ce temps^-là, l'idiome méridional recevait aussi des circonstances politiques son caractère distinctif. Les provinces du sud, soumises d'abord par les Visigoths et les Bourguignons, avaient eu moins à souffrir sous ce^ conquérants moins barbares. Les Francs les avaient sans doute bien des fois sillonnées, mais sans déraciner aussi complètement qu'au nord les mœurs et la civilisation romaine. Devenues, après Gharlemagne, le partage de quelques-uns

de ses saœesaeurs, elles s'étaient formées en royaume indé^pendant sous Bozon, qui prit en 879 le titre de roi d'Arles ou de Provence. Mais à la fin du onzième et au commeneement du douzième sièolei sa succession se trouva partagée entre les comtes de Toulouse et de Barcelone. L'union des Provençaux aveo les Catalans acheva de jeter le dialecte du midi bien loin de l'idiome sourd et traînant des compagnons de Guillaume le Bâtard. Le provençal fut désormais une langue distincte du roman waUon ou welsh (c'est-à-dire gaulois). On distingua aussi ces deux idiomes par le mot qui, dans chacun d'eux, exprimait l'affirmation oui : Tun fax appelé langue d*Oo (hoc) ; l'autre, langue à' OU (hoc illud). Cest ainsi qu*à la même époque on nommait l'italien langue de »| et l'allemand langue à'ya*

TROUVÈRES

Les Trouvères sont les poètes qui vivaient dans la partie de la France située au nord de la Loire. Us écrivaient dans la langue d'Oil, qui est devenue la laugue française. Clercs, pour la plupart, ils composaient des poèmes que les jongleurs apprenaient par cœur, puis chantaient ou récitaient dans les châteaux et les places publiques ^

Ces poèmes étaient ou de longs récits épiques de vingt , trente, cinquante mille vers, appelés d'abord Chansons de geste y ou des contes plus légers de sujet et de taille, qu'on nommait généralement Fabliaux. Les Trouvères faisaient encore des compositions du genre lyrique analogues à nos odes et chansons '.

1. YoitVHisioire de la Littérature française^ page 61. (Nouaciterons toujours la pagination de la Ib' édition.) S. Ibiâ., pai^s 71 et suivantes.

TROUVÈRES

PHANSQN PS HOLAND.

La plus ancienne et la plus remarquable des Chansons de geste est la Chanson de lloland, composée ^u onzième siècle par le trouvère norn^^d Thuroid ou Tl^éroulde, £ile ne se compose que de 3996 vers, et ell^a pour sujet la mort héroïque de Roland, neveu et vassal de Gharlemagne, surpris par les montagnards Ibériens dagp les gorges de Roncevaux ^ Nous nous bornions à upe courte citation, à cause de la vétusté du langage.

Lorsque les Sarrasias approchent (les ennemis des Francs sont tous des Sarrasins chez les poêteai contemporains des croisades), le paladin QUyiçir gupplÎQ soii coQipagnon Roland de sonner son fameux cor, pour avertir Gharlemagne, qui déjà a franchi les monts.

Gampainz RoUant^ sunez vostre olifan; Si Torrat G^^rles qui est as porz passant ; Je vous plevis , jà retumerunt Franc I .

— Ne placet Deu, ço li respunt RpU^^, Que ço seit dit de nul hume vivant Ne pur paien que jà sei-jo cornant 1 )à n'en auriint reprpece mi parent.

Quant jo serai en la baU^i}le grai)t|

Et jo ferrai q mil çops e vu cen^, i

De Durandal verrez racer sanglent!

Frsuiceis sunt bon ^ si ferrunt vassalmentl Ik eil d'Ëspaigne h^auerunt de mort guarant't

Goipp^gAçin {lol^d, soldez votre olifant i -^ Ainsi Tentendra Charles qui est au^ ports passant, ^ — ^e vous (le] garantis, aussitôt retourneront Francs. — Ne plaise à Dieu, ce lui répond Roland, — Que cela soit dit par aucun homme vivant — Et surtout pour des païens que jamais j'aie ^té sonnant 44 i«Qr 1 r- ^i^mais n'en auront reproche mes parents. — Quand je serai dans la bataille grande — Et (que) je frapper^ çt millç coups et sept çopt^, ^ De Duranda! (vous) verrez Facier sangJ^U -^ Les Français sont courageu](^ ainsi frapperont-ils bravement 1 ^ Jamais ceux d'^spag^e n's^ur^nt (le garant contre la n^ortt

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