Il pleuvoit d'une telle manière
Qhq les reins, par dépit, me servoient de gouttière ; Et du haut des maisons tomboit un tel dégoût. Que les chiens altérés pouvoient boire debout.
(Régnier, Satire XA
BOltBAU. 305
Car, sitôt que du soir les ornières pap^fiquqfli D'un double cadenas font fermer les boutiques; Que, retiré chez lui, le paisible ms^rchand Va revoir ses billets et compter son argent; Que dans le Marché-Neuf • tout est calme et tranquille} Les voleurs à l'instant s'emparent de la ville *. Le bois le plus funeste et le moins fréquenté Est, au prix de Paris, un lieu de sûreté. Malheur donc à celui qu'une affaire imprévue Engage un peu trop tard au détour d'une rue 1 Bientôt quatre bandits lui serrant les côtés, La bourse !... Il faut se rendre; ou bi^n non, résistez, Afin que votre mort, de tragique mémoire. Des massacres fameux aille grossir l'histoire. Pour moi, fermant ma porte, et cédant au sommeil, Tous les jours je me couche avecque le soleil : Mais en ma chambre à peine ai-je éteint la lumière, Qu'il ne m'est plus permis de fermer la paupière. .Des filous effrontés, d'un coup de pistolet^ Ébranlent ma fenêtre, et percent mon volet ; J'entends crier partout : Au meurtrel On m'assassineJT Ou : Le feu vient de prendre à la maison voisine. Tremblant et demi-mort, je me lève à ce bruit. Et souvent sans pourpoint je cours toute la nuit. Car le feu, dont la flamme en ondes se déploie , Fait de notre quartier une seconde Troie, Où maint Grec affamé, maint avide Argien, AlU travers des charbons va piller le Troyen. Enfin sous mille crocs la maison abîmée Entraîne aussi le feu qui se perd en fumée.
Je me retire donc, encor pâle d'effroi : Mais le jour est venu quand je rentre chez moi. Je fais pour reposer un effort inutile : Ce n'est qu'à prix d'argent qu'on dort en cette ville. Il faudroit, dans l'enclos d'un vaste logement, Avoir loin de la rue un autre appartement.
Paris est pour un riche un pays de Cocagne • :