Paradis imaginaire des gourmands et des paresseux
Qui plus y dort, plu&y gaaigne; Cil gui dort jusqu^à miedi, teaigne cincsols et demi....
... Par les rues vont rostissanti
304 DIX-SEPtlÈME èlÈGLE.
Sans sorlir de la ville^ il trouve la campague : Il peut dans son jardin^ tout peuplé d'arbres verts. Receler le printemps au milieu des hivers; Et foulant le parfum de ses plantes fleuries, Aller entretenir ses douces rêveries.
Mais moi , grâce au destin, qui n'ai ni feu ni lieu , Je me loge où je puis, et comme il plaît à Dieu K
SATIRE IX. - A SON ESPRIT. L'APOLOGIfi.
C'est à vous, mon Esprit, à qui je veux parler. Vous avez des défauts que je ne puis celer : Assez et trop longtemps ma lâche complaisance De vos jeux criminels a nourri Tinsolence ; Mais, puisque vous poussez ma patience à bout, Une fois en ma vie il faut vous dire tout.
On croiroit à vous voir dans vos libres caprices Discourir en Gaton > des vertus et des vices, Décider du mérite et du prix des auteurs, Et faire impunément la leçon aux docteurs. Qu'étant seul à couvert des traits de la satire, Vous avez lout pouvoir de parler et d'écrire. Mais moi, qui dans le fond sais bien ce que j'en crois, Qui compte tous les jours vos défauts par mes doigts, Je ris, quand je vous vois, si foible et si stérile. Prendre sur vous le soin de réformer la ville, Dans vos discours chagrins plus aigre et plus mordant^ Qu'une femme en furie, ou Gauthier en plaidant *,
Mais répondez un peu. Quelle verve indiscrète, Sans l'aveu des neuf sœurs, vous a rendu poète? Sentiez-vous , dites-moi, ces violents transports Qui d'un esprit divin font mouvoir les ressorts?
Les crasses oes {les oies grasses) et tornant Tout par elles (d'elles- mêmes] ....
{Li fabliaut de Coquaigne,)
On n'est pas d'accord sur l'étymologie de ce mot. Le fabliau où on le trouve pour la première fois est du treizième ou du quatorzième siècle.
1. Quand Boileau écrivit cette satire, il était logé chez son frère Jérôme Boileau, au cinquième étage, au-dessous du grenier.
2. Caton le censeur, qui n'épargna pas les remontrances & sçs contemporains et par qui les mœurs des Romains auraient été réformées, si elles avaient pu l'être.
3. « Avocat célèbre et très-mordant. » {BoUeau) On Pavait aurnommé au Palais Gauthier la gueule.
Qui TOUS a pu souffler une si folle audace?
Ph^bus a-t-il pour vous aplani le Parnasse ?
Et ne savez-Yous pas que, sur ce mont sacré,
Qui ne vole au sommet, tombe au plus bas degré ;
Et qu*à moins d*être au rang d'Horace ou de Voiture »,
On rampe dans la fange avec l'abbé de Pure ?
Que si tous mes efforts ne peuvent réprimer Cet ascendant malin qui vous force à rimer, Sans perdre en vains discours tout le fruit de vos veilles, Osez chanter du roi les augustes merveilles : Là, mettant à profit Vos caprices divers, Vous verriez tous les ans fructifier vos vers, Et par l'espoir du gain votre muse animée, Vendroit au poids de l'or une once de fumée. Mais en vain, direz-vous , je pense vous tenter Par l'éclat d'un fardeau trop pesant à porter. Tout chantre ne peut pas, sur le ton d'un Orphée, Entonner en grands vers la Discorde étouffée ; Peindre Bellone en feu tonnant de toutes parts. Et le Belge effrayé fuyant sur ses remparts^. Sur un ton si hardi, sans être téméraire, Racan pourroit chanter, au défaut d'un Homère >; Mais pour Cotin et moi, qui rimons au hasard , Que l'amour de blâmer fit poètes par art, Quoiqu'un tas de grimauds vante notre éloquence, Le plus sûr est pour nous de garder le silence. Un poème insipide et sottement flatteur Déshonore à la fois le héros et l'auteur : Enfin de tels projets passent notre foiblesse.
Ainsi parle un esprit languissant de mollesse, Qui, sous l'humble dehors d'un respect affecté. Cache le noir venin de sa malignité.
Mais dussiez-vous en l'air voir vos ailes fondues^, Ne valoit-il pas mieux vous perdre dans les nues,
1. Voiture ne mérite en aucune façon cet excès d'honneur. (Voir page 299, note 2.)
2. Cette satire a été composée dans le temps que le roi prit Lille en Flandres.
3. Honorât de Beuil, marquis de Racan, né en 1589. à la Roche-Racan en Touraine, mort en 1670, écrivit des pastorales agréables. Il n'avait rien d'un Homère. Il mérite l'éloge que lui donne Boileau au premier livre de VArt poétique, et rien de plus :
Malherbe d'un héros peut vanter les exploits, Racan , chanter Philis, les bergers et les bois.
' 4* Allusion à la chute d'Icare.
Que d'aller sans raison, d'Uii âtyië peu chrétilib, Faire insulte en rimant à qui ne Yoùs dit rien, Et du bruit dangereux d'un livre téméraire A vos propres périls enrichir le libraire?
Vous vous flattez peut-être, en vdtrë Vanité, D'aller comme un Horace à rimmoftalitô : Et déjà vous croyez dans vos Hmès obscures Aux Saumaises futurs préfiarer àeë tortures*. Mais combien d'écrivains, d'abord si bien reçus, Sont de ce fol ést^oir honteUSemefat déçus I Combien, pour quelqueâ mois, ont tu fleurir lëiit Kf fe, Dont les vers eii paquet se vendent à la livre ! Vous pourrez voit", un tenlpi. Vos écrits cstiiflé» Courir de mâlu 6Û main par la ville semés ; Puis de là, tout poudreux, igîioréis sur là lerrfl, Suivre chez l'épicier Î^euf-Germain* et La Serre; Ou, de trente feuillets réduits pëUt-êtré à neuf, Parer, demi-rôhgés, leé rëbordâ du Pdilt-Neuf ». Le bel hontiétlr p6\it voUs, en Voyatit vos ouvragés Occuper le loisir des laquftis et deâ (Jages, Et souvent, dans un coin reiiVbyéô â l'écart. Servir de secdtld tome aux airs du SaVojrardM
Mais je véiiX (jué le àOH, pai^ un heufeut bipHàè^ Fasse de vos écrits prospérât la nialiëe ; Et qu'enfin Vottê livre aille, âii gi*é de vos vosui, Faire siffler tidtiâ chez tios derhierâ neVeUx : Que vous sert-il qU^uii jour l^àveni^ vous e^tline, Si vos vers aujourd'hui vous tiehnent lieu de crïàie, Et ne produisent riëh, pdù^ fltuità de leurs bohS tàou, Que l'effroi dû public et là haine des sdidT Quel démon Vdlis iitite, et vous porte â tbèdirëf Un livre vous déplaît : Qui vous forée à lé lii^ëf Laissez mourir un M dans sbù bbsCurité l Un auteui* fie fiëut-il poUi-rir en âûiietéf Le Jonas inconnu sèche dans )a poussière : Le David imprimé n'a poinl vu la lumière :
3. « Où l'on vend d'ordinaire les litres de rebuta j^ (SoileaH,)
4. Le Savoyai;d était un chansonnier de dàrrefour qui se tenait le plus souvent sur le Pont-Neuf, et y chantait en plein air des chansons de sa compositioni II était fort à la mode. 11 publia ses œuvres sous ce titre : Recueil nouveau det chansons du Savoyard^ par M snU chantées à Paris,
BOtLEAU. iOT
Le Ifo'ise commencé à moisir par lèd bords*.
Quel mal cela fait-il f CëUt qui sont morts sont morts :
Le tombeau contre vous ne peut-il les défendre?
Et qu'ont fait iànt d'auteurs, pour remuer leur cendre t
Que vous ont fait Pérrin, fiardin, t*radon, Hainaut,
Colletât, Pelletier, TitrevlUe, Quinault',
Dont les noms en cent lieux, placés comme en leurs iiiches
Vont de vos vers malins remplir les héinislichés?
Ce qu'ils font vous ennuie. 0 le plaisant détour!
Ils ont bien ennuyé le roi, toute la cotir.
Sans que le moindre èdit ait, pour ptinir leur crime,
Retranché les autours, ou siipprimé la rime.
Fxrive qui voudra : chacun à ce métier
Peut prendre impunément de l'encre et du papier.
Un roman, sans blesser lés lois ni la coutume.
Peut conduire uh héros au dixième volume.
De là vient que Paris voit chez lui de tout temps
Les auteurs à grands flots déborder tous les ans;
Et n'a point de portail où, jusques aiix corniches,
Tous les piliers ne soient enveloppés d'affiches.
Vous seul, plus dégoûté, sans pouvoir et sans nom
Viendrez régler les droits et l'état d'Apollon!
Mais vous, qui raffinez sur leà écrits des autres, De quel œil pensez- vous qu'on regarde les vôtres? Il n'est rien en ce temps à couvert dé vos coups : Mais savez-vous aussi comme on parle de vous?
Gardez-vous, dira l'un, de cet esprit critique : On ne sait bien souvent quelle mouche le pique. Mais c'est un jeilne fou qui se croit tout permis. Et qui poiir un bon mot va perdre vingt amis. 11 ne pardonne pas aux vers de là Pucelle, Et croit régler le Inonde au gré de sa cervelle. Jamais dans le barreau trouva-t-il rien de bon? Peut-on si bien prêcher qu'il nQ dorme au sermon?
1. « Poèmes héroïques qui n'ont point été vendus. » (Boiieau.) Le Jonas est de Coras; le David, de Lesfargues; le Moise, de Saint- Amant.
2. Pradon est connu, pour avoir été l'indigne rival de Racine; François Colletet partagea avec Bois-Robert, dé l'Èstoilë, Itdtrou, ei Corneille, l'honneur de versifier les tragédies et Jes tragi-comédies du cardinal de Richelieu; Pelletier, Bardin, ïitreville, Perrin sont dQ mi- • sérables rimeurs. Hesnault ne mérite pas tout à fait d'être placé en si ' mauvaise compagnie. Il avait de l'esprit, et a laissé un petit nombre d'ouvrages, qui ne sont pas sans valeur. Son chef-d'œuvre est un son- • net contre Colbert et en laveur de Fouquel. Sur Quinauli, voir 6'alire m, vers 189.)
Que d'aller sans raison, d^Ûh iij\é peu chréttëb, Faire insulte en rimant à qui ne vous dit rien, Et du bruit dangereux d'un livre téméraire A vos propres périls enrichir le libraire?
Vous vous flattez peut-être, en votre Vanité, D'aller comme un Horace à Timmortalltô : Et déjà vous croye2 dans vos Hmes obscures Aux Saumaises futurs préfiarer deâ tortures ^ Mais combien d'êcrivàinâ, d'àbofd si bien reçus^ Sont de ce fol és^Joir bonteûSéAefat déeus ! Combien, pour quelques mois, bnt tu fleurir lëtif' liirt^, Dont les vers eh paquet se vendent & la livre I Vous pourrez voir, un teiiipis. Vos écrits estimés Courir de main 6ti Aain par la ville semés ; Puis de là, tout poudreux, ignorés sur là terrt!, Suivre chez l'épicier Î^euf-Germain* et Là Serre; Ou , de trente feuillets réduits pëUt-ôtré à neuf, Parer, demi-rôhgés, lèé rebords du Pdiit-Nëuf». Le bel honneUr poUt voUs, t-n voyallt vos oùvtâgëi Occuper le loisîf des laquais et deà (lages, Et souvent, dans uu coin reii^byéS & l'écart, Servir de secdtid lome aux airs du SaVojrardM
Mais je vé(i< Que le àoH, pai' un heufëut tiptiiêi Fasse de vos écrits prospéré^ la malibe ; Et qu'enfln Vot^é livre aille, àU gi-é de vos vœui, Faire siffler tidtiâ chez hos derhiers néVeUx : Que vous sert-il qU*uh Jour l*âveni^ vous estime, Si vos vers aujourd'hui vous tiennent lieu de crïftie, Et ne produisent riëu, ptiu^ ftuits de leurs bohS oibts^ ^ Que l'eflroi du poBlic et là haine des sdisf Quel démon Vdtls iitite, et Vous porté â Itiédlrëf Un livre vous déplaît : ({ui vous forée à le lirëf Laissez mourlf un fkt dans son bbsburlté : Un auteui* ne tiëut-il poUl-rlr en SÛiietéf Le Jonas inconnu sèche dans la poussière : Le David impiimé n'a point vu la lumière ;
1. Claude SàUinaiSé, en latin SalnitxHtiSy né â SëMiif èû iM8, inorl à Spa en 1653, commentateur érudit, mais trop prompt à Tinvective.
2. Louis de Neuf-Germain. po6teextnlVâgant qui Vivait sou^LdUtSÎIIÎ. Il avait inventé une variété d^icrostichè. Pour La Serre, voir la SatirBllL
3. c Où Ton vend d'ordinaire les litres de rebut' ** {Éùileaii,)
4. Le Savoyai;d était un chansonnier de carrefour qui se tenait te plus souvent sur le Pont-Neuf, et y chantait en plein air des chansons de sa composition. Il était fort à la uMKie. Il publia les œuvreii sous ce titre : RecueU nouveau des chansons du Savoyard, par lui snU ehantéeê à Paris,
BOlLEAU. 8<
Le Moise commencé à jnbisit pâf léd bords *.
Quel mal cela fait-il f Cèùk qiil soidt liiorts soiil morU :
Le tombeau contre vous ne peut-il les défendre?
Et qu'ont fait tant d'auteurs, pOiir remuer leur cendret
Que vous ont fait Péi^rin, flardin, t»radon, Hainaut,
Colletet, Pelletier, TitrevlUe, Qulnault',
Dont les noms en cent lieux, placés côrhmé en leurs iiiches
Vont de vos vers malins remplir les héinislichés?
Ce qu'ils font vous ennuie. 0 le plaisant détour!
Ils ont bien ennuyé le roi, toute la cotir.
Sans que le moindre édit ait, pour pUnir leur crime,
Retranché les autours, ou supprimé la rime.
tlcrive qui voudra : chacun à ce métier
Peut prendre impunément de l'encre et du papier.
Un roman, sans blesf^er les lois ni la coutume,
Peut conduire uh héros au dixième volume.
De là vient que Paris voit chez lui de tout temps
Les auteurs à grands flots déborder tous les ans;
Et n'a point de portail où, jusqiies aUX corniches.
Tous les piliers ne soient eilveloppéâ d'affiches.
Vous seul, plus dégoûté, sans pouvoir et sans nom
Viendrez régler les droits et l'état d'Apollon!
Mais vous, qui raffinez sur leà écrits des autreS, De quel œil pensez- vous qu'on regarde les vôtres? Il n'est rien en ce temps à couvert de vos coups : Mais savez-vous aussi comme on parie de vous?
Gardez-vous, dira l'un, de cet esprit critique : On ne sait bien souvent quelle mouche le pique. Mais c'est un jeune fou qui S6 ci'oit tout permis. Et qui poiir un bon mot va perdre vingt amis. 11 ne pardonne pas aux ve^s de la PUcelle, Et croit régler l6 tiiohdé au gré de sa cervelle^ Jamais dans lé batreâu trouva- t-il rien de bon? Peut-on si bien prêcher qu'il nQ dorme au sermon?
1. « Poèmes hêMïques qui n'ont point été vendus. » (Boilèau.) Jonas est de Goras; le David, de Lesfargues; le Moïse, de Sai Amant.
2. Pradon est connu , pour avoir été l'indigne rival de RaciJ François Colle tet partagea avec Bois- Robert, dé l'Èstoilë, Itdtrou. Corneille, l'honneur de versifier les tragédies et Jes tragi-comédies cardinal de Richelieu; Pelletier, Bardin, Titreville, Perrin sont dQ : sérables rimeurs. Hesnault ne mérite pas tout à fait d'être {ilacé er mauvaise com{)agnie. 11 avait de l'espnt, et a laissé un petit nom d'ouvrages, qui ne sont pas sans valeur. Son chef-d'œuvre est un » net contre Colbert et en laveur de Fouquet. Sur Quinauli, voir • tir$ m, vers 189.)
308 , DlX-SEPriÈME SIÈCLE.
Mais lui, qui fait ici le régent du Parnasse,
N'est qu*un gueux revêtu des dépouilles d'Horace.
Avant lui Juvénal avoit dit en latin
Qu'on c:>t assis à l'aise aux sermons de Cotin';
L'un et Tautre avant lui s'étoient plaints de la rime,
Et c'est aussi sur eux qu'il rejette son crime :
11 cherche à se couvrir de ces noms glorieux.
J'ai peu lu' ces auteurs : mais tout n'iroit que mieux,
Quand de ces médisants l'engeance tout entière
Iroit, la tête en bas, rimer dans la rivière^.
Voilà comme on vous traite : et le monde effrayé Vous regarde déjà comme un homme noyé.
En vain quelque rieur, prenant votre défense, Veut faire au moins, de grâce, adoucir la sentence : Rien n'apaise un lecteur toujours tremblant d'effroi, Qui voit peindre en autrui ce qu'il remarc, ae en soi.
Vous ferez-vous toujours des affaires nouvelles? Et faudra t-il sans cesse essuyer 3es querelles? N'entenirai-je qu'auteurs se plaindre et murmurer? Jusqu'à quand vos fureurs doivent-elles durer? Répondez, mon Esprit: ce n'est plus raillerie : Ijites... Mais, direz-vous, pourquoi cette furie? Quoi ! pour un maigre auteur que je glose en passant. Est-ce un crime, après tout, et si noir et si grand? Et qui, voyant un fat s'applaudir d'un ouvrage Où la droite raison trébuche à chaque page, Ne s'écrie aussitôt : L'impertinent auteur! L'ennuyeux écrivain l le maudit traducteur I A quoi bon mettre au jour tous ces discours frivcjcs, Et ces riens enfermés dans de grandes paroles?
Est-ce donc là médire, ou parler franchement? Non, non, la médisance y va plus doucement. Si l'on vient à chercher pour quel secret mystère Alidor à ses frais bâtit un monastère : Alidort dit un fourbe, il est de mes amis; Je l'ai connu laquais avant qu'il fût commis : C'est un homme d'honneur, de piété profonde, Et qui veut rendre à Dieu ce qu'il a pris au monde.
Voilà jouer d'adresse, et médire avec art; Et c'etit avec respect enfoncer le poignard*.
\ Il applique à Paris ce qu'il a lu de Rome. Ce qu'il dit en françois il le doit au latin.
(Cotin. Satirs du saHm.)
% Brossette attribue ce propos sévère au duc de Montausier.
3. Horace, livre I, sat. IV, vers 91 : « Si Ton vient à parler devaiit
Un esprit né sans fard, sans basse complaisance, Fuit ce ton radouci que prend la médisance. Mais de blâmer des vers ou durs ou languissans, De' choquer un auteur qui choque le bon sens^ De railler d'un plaisant qui ne sait pas nous plaire, C*est ce que tout lecteur eut toujours droit de faire.
Tous les jours à la cour un sot de qualité Peut juger de travers avec impunité ; A Malherbe, à Racan, préférer Théophile, Et le clinquant du Tasse à tout Tor de Virgile*.
Un clerc, pour quinze sous, sans craindre le holà, Peut aller au parterre attaquer Attila'; Et si le roi des Huns ne lui charme Toreille, Traiter de visigoths tous les vers de Corneille.
Il n'est valet d'auteur, ni copiste, à Paris ^ Qui, la balance en main, ne pèse les écrits. Dès que Pimpression fait éclore un poète, •
Il est esclave né de quiconque Tacheté : Il se soumet lui-même aux caprices d*autrui, Et ses écrits tout seuls doivent parler pour lui. Un auteur à genoux, dans une humble préface, Au lecteur qu'il ennuie a beau demander grâce; Il ne gagnera rien sur ce juge irrité, Qui lui fait son procès de pleine autorité.
Et je serai le seul qui ne pourrai rien dire 1 On sera ridicule, et je n'oserai rirel Et qu'ont produit mes vers de si pernicieux. Pour armer contre moi tant d'auteurs furieux? Lofti de les décrier, je les ai fait paroitre : Et souvent, sans ces vers qui les ont fait connoltre, Leur talent dans l'oubli demeureroit caché ; Et qui sauroit sans moi que Cotin a prêché ? La satire ne sert qu'à rendre un fat illustre : C'est une ombre au tableau qui lui donne du lustre. ' En le blâmant enfin, j'ai dit ce que j'en croi; Et tel qui m'en reprend, en pense autant que moi.
Il a tort, dira l'un : pourquoi faut-il qu'il nomme 7
?cus des vols de Petiiiius Capitolinus, vous le défendrez, comme vous savez faire : Capitolinus I il est mon camarade^ mon ami d'enfance; il m'a rendu de nombreux services, et je suis bien heureux de le voir vivre à Rome sans être inquiété. Je me demande pourtant comment il s'est tiré de ce procès. — Voilà le noir poison, le venin mortel. »
1. Voir la notice sur le Tasse, à la nn du volume suivant, qui contient les Textes des Temps modernes.
2. Attilay l'une des dernières et des plus faibles pièces de Corneille, fut représenté en 1667.
Mais lui, qui fait ici le régent du Parnasse,
N'est qu*un gueux revêtu des dépouilles d'Horace.
Avant lui Juvénal avoit dit en latin
Qu'on c:>t assis à l'aise aux sermons de Gotin';
L'un et l'autre avant lui s'étoient plaints de la rime,
Et c'est aussi sur eux qu'il rejette son crime :
11 cherche à se couvrir de ces noms glorieux.
J'ai peu lu' ces auteurs : mais tout n'iroit que mieux,
Quand de ces médisants l'engeance tout entière
Iroit, la tête en bas, rimer dans la rivière ^
Voilà comme on vous traite : et le monde effrayé Vous regarde déjà comme un homme noyé.
En vain quelque rieur, prenant votre défense, Veut faire au moins, de grâce, adoucir la sentence : Rien n'apaise un lecteur toujours tremblant d'effroi. Qui voit peindre en autrui ce qu'il remarc, ae en soi.
Vous ferez-vous toujours des affaires nouvelles? Et faudra t-il sans cesse essuyer 3es querelles? N'entend rai-je qu'auteurs se plaindre et murmurer? Jusqu'à quand vos fureurs doivent-elles durer? Répondez, mon Esprit: ce n'est plus raillerie : Ijites... Mais, direz-vous, pourquoi cette furie? Quoi ! pour un maigre auteur que je glose en passant^ Est-ce un crime, après tout, et si noir et si grand? Et qui, voyant un fat s'applaudir d'un ouvrage Oii la droite raison trébuche à chaque page. Ne s'écrie aussitôt : L'impertinent auteur! L'ennuyeux écrivain 1 le maudit traducteur I A quoi bon mettre au jour tous ces discours frivclcs, Et ces riens enfermés dans de grandes paroles?
Est-ce donc là médire, ou parler franchement? Non, non, la médisance y va plus doucement. Si l'on vient à chercher pour quel secret mystère Alidor à ses frais bâtit un monastère : Alidort dit un fourbe, il est de mes amis; Je l'ai connu laquais avant qu'il fût commis : C'est un homme d'honneur, de piété profonde, Et qui veut rendre à Dieu ce qu'il a pris au monde.
Voilà jouer d'adresse, et médire avec art; Et c'etit avec respect enfoncer le poignard*.
Il applique à Paris ce qu'il a lu de Rome. Ce qu'il dit en françois il le doit au latin.
(Gotin. Satiri des toKmcv.)
% Brossette attribue ce propos sévère au duc de Montausier.
3. Horace, livre I, sat. IV, vers 91 : « Si Pon vient à parler devant
Un esprit né sans fard, sans basse complaisance, Fuit ce ton radouci que prend la médisance. Mais de blâmer des vers ou durs ou languissans, De' choquer un auteur qui choque le bon sens. De railler d'un plaisant qui ne sait pas nous plaire, C'est ce que tout lecteur eut toujours droit de faire.
Tous les jours à la cour un sot de qualité Peut juger de travers avec impunité ; A Malherbe, à Racan, préférer Théophile, Et le clinquant du Tasse à tout l'or de Virgile*.
Un clerc, pour quinze sous, sans craindre le holà, Peut aller au parterre attaquer Attila'; Et si le roi des Huns ne lui charme Toreille, Traiter de visigoths tous les vers de Corneille.
Il n'est valet d'auteur, ni copiste « à Paris j Qui, la balance en main, ne pèse les écrits. Dès que l'impression 'fait éclore un poète, >
Il est esclave né de quiconque l'achète : Il se soumet lui-même aux caprices d'autrui, Et ses écrits tout seuls doivent parler pour lui. Un auteur à genoux, dans une humble préface, Au lecteur qu'il ennuie a beau demander grâce; Il ne gagnera rien sur ce juge irrité, Qui lui fait son procès de pleine autorité.
Et je serai le seul qui ne pourrai rien dire 1 On sera ridicule, et je n'oserai rire I Et qu'ont produit mes vers de si pernicieux. Pour armer contre moi tant d'auteurs furieux? Lofti de les décrier, je les ai fait paroître : Et souvent, sans ces vers qui les ont fait connoltre, Leur talent dans l'oubli demeureroit caché; Et qui sauroit sans moi que Cotin a prêché ? La satire ne sert qu'à rendre un fat illustre : C'est une ombre au tableau qui lui donne du lustre. ' En le blâmant enfin, j'ai dit ce que j'en croi; Et tel qui m'en reprend, en pense autant que moi.
Il a tort, dira l'un : pourquoi faut-il qu'il nomme 7
?cus des vols de Petiilius Capitolinus, vous le défendrez, comme vous savez faire : Capitolinus I il est mon camarade^ mon ami d'enfance; il m'a rendu de nombreux services, et je suis bien heureux de le voir vivre à Rome sans être inquiété. Je me demande pourtant comment il s'est tiré de ce procès. — Voilà le noir poison, le venin mortel. »
1. Voir la notice sur le Tasse, à la fin du volume suivant, qui contient les Textes des Temps modernes,
2. Attilaj l'une des dernières et des plus faibles pièces de Corneille, fut représenté en 1667.
Attaquer Chapelain 1 ahl c'est uti si \iùn l^qipmQl
Balzac en fait Téloge en cent endrpjts fliv^^s^
Il est vrai, s'il m'eût cfu, qu'il n'eût point fait de veff .
Il se tue à rimer : que Q'écrit-il en prose?
Voilà ce que l'oa dit. Et que dis-je autre chose?
En blâmant ses écrit?, ai-je d'un style affreux
Distillé sur sa vie un venin dangereux?
Ma Muse^ en l'attaquant, ch^rit^le çf Ai^P^M^
Sait de l'homme d'honneur distinguer le poète.
Qu'on vante ep Jui la foi, rhpnneur, la prphité ;
Qu'on prise sa candeur et sa civilité ;
Qu'il soit doux, complaisant, officieux, sincèr§ :
On le veut, j'y souscris, et suis pr0t à pae taire.
Mais que pour un modèle on n)pi)tre ses écrits ;
Qu'il soit le mieux rente de tous les beaux esprits '|
Gomme roi des auteurs qu'on Vélèye à l'empire :
Ma bile alors s'échauffe, et je brûle d'écrire {
Et, s'il ne m'est permis de le dire au papier,
J'irai creuser la terre, et, comme ce barbier.
Faire dire aux roseaux par un nouvel organe :
« Midas, le roi Midas a ^es QreiUes d'âne. 9
Quel tort lui fais-je enfin? A!-je par un écrit
Pétrifié sa veine et glacé son esprit?
Quand un livre ai^ Palais se vend et se débite,
Que chacun par ses yeux juge de son mérite,
Que Bi laine' l'étalé au deui^ième pilier.
Le dégoût d'un censeur peut-il le décrier?
En vain contre le Gid un ministre se ligue :
Tout Paris pour Ghimône a les yeux de Hodrigue.
L'Académie en corps a beau le censurei:* :
Le public révolté s'obstine à l'admirer.
Mais lorsque Ghapelain met une œuvre en lumière»
Chaque lecteur d'abord lui devient un Linlàre^
1. Six livres des Lettres famlièrçs ô.^ Balzac cent remplis par sa correspondance avec Ghapelain.
2. Ghapelain avbit de divers endroits 8000 livres de pension. {Botleau.)
3. Bilaine, libn^re du PaUis, chez lequel se vendait (a fuatiku,
4. Les sentiifKients de VAçç^i^i^ie sur la tragi-comédU 4u di, pHr bliés en 1637.
5. François Payot de Linière, né à Paris en 1628, port m 1704, auteur de petits vers, de chansons et d'épigrammes spirituéUemtnt tournées. En voici une qui ne pouvait manquer de plaire à Boileau :
Nous attendons de Ghapelain, Ce rare et iSuneux écrivain.
BOILBAU. 3U
En vain il a reQi| l'encens de miilo auteurs j Son livre en p^rqissapt 4éniept tous ses fla^teur^. Ainsi j sans m'^pciiser, qi^and tPPt Paris )e joue, Qu'il s'en prenne à ises vers, que phébus désavouai Qu'il s'ep prenne | sa Muse aUq^pande en françoi^i. Mais laissons Chapelain pour |^ derrière fpis,
La satire, ^it-QD, est un ipétier fifuestej Oui platt à quelques ^eus, et choa^e toul le |:estQ. La suite eii e^t à craindre : en ce Wd| mâtiçr La peur pjws d*unfi fpis |ît repentir j^égui^r*. Quittez ces vains plaisirs dont l'appât vqus abusa ; A de plus doux eu^plois occupez votre Mhsqî Et laissez h ï'euillet réfprnaer Punivers'.
Et sur quoi donc faut-fl que s'exercei^^ ines yersî Irai-je dans une p^e, ei) phrases de Mt^lherbCy Troubler daps ses roseau^ ]p, Danube superbe; Délivrer de Sion le peuple çézpissant; Faire trembler Mempbiif, oij pâl|r le croissant} Et, passant du Jourdain les piides alarmées, Cueillir, mal h propos, les païpaes IduméesT Viendrai-je, en une églogue, entouré de troupeaux, Au milieu de Pan? en)]er me? cbajume^ux, Et, dans mon cabinel; q^sis au pied de^ hêtres, Faire dire aux échos de$ sottises cbampêtresf Faudra-t-il de geps frpj^, e^ sans être ampurev^x, Pour quelque Iris en l'air f^ire le langoureux. Lui prodiguer les poflis de soleil et d'awrorc, Et toujours bien înange^nt paourir par luétaphoret Je laisse a^ux doucereux ce langage afTété, Où s'endort un esprit de liqollesse hébété,
La satire, en lef^QpSj en pppveautés fertile. Sait seule assaisonner le plaisant et l'utile, Et d'un vers qu'elle épure aux rayons du bon sens, Détromper les esprits des erreurs de leur temps. Elle seule, bravant l'orgueil et l'injustice, Va jusque sous le dais faire pâlir le vice; Et souvent sans rien craindre, â l'aide d'un bon moty Va venger la raison des attentats d'un sot.
Une merveilleuse Pucelle.
La cabale en dit force bien.
Depuis vingt ans on parle d'elle, Dans six mois on n'en dira rien.
1. n Et mpi aussi, » disait quelquefois l'auteur. {Brosse(fc.)
2. Nicolas Feuillet, chanoine dé Saint-Cloud, né en 1622J mQrl en 1693, fameux prédicateur, « fort outré dans ses prédications. V
C'est ainsi que Lucile, appuyé de Lëlie * ,
Fit justice en son temps des Cotjns d'ItaUe,
Et qu'Horace, jetant le sel à pleines mains^
Se jouoit aux dépens des Pelletiers romains.
C'est elle qui, m'ouvrant le chemin qu'il faut suivre,
M'inspira dès quinze ans la haine d'un sot livre;
Et sur ce mont fameux où j'osai la chercher,
Fortifia mes pas et m'apprit à marcher.
C'est pour elle, en un mot, que j'ai fait vœu d'écrire.
Toutefois, s'il le faut, je veux bien m'en dédire, £t, pour calmer enfin tous ces flots d'ennemis, Réparer en mes vers les maux qu'ils ont commis. Puisque vous le voulez, je vais changer de stylo. Je le déclare donc : Quinault est un Virgile, Pradon comme un soleil en nos ans a paru; Pelletier écrit mieux qu'Ablancourt * ni Patru*; Gotin , à ses sermons tcatnant toute la terre, Fend les flots d'auditeurs pour aller à sa chaire; SofaP est le phénix des esprits relevés; Perrin.... Bon, mon Esprit! courage I poursuivez. Mais ne voyez-vous pas que leur troupe en furie Va prendre encor ces vers pour une raillerie? Et Dieu sait aussitôt que d'auteurs en courroux, Que de rimeurs blessés s'en vont fondre sur vous! Vous les verrez bientôt, féconds en impostures. Amasser contre vous des volumes d'injures, Traiter en vos écrits chaque vers d'attentat, Et d'un mot innocent faire un crime d'Etat Vous aurez beau vanter le roi dans vos ouvrages, Et de ce nom sacré sanctifier vos pages; Qui méprise Cotin n'estime point son roi, Et n'a, selon Cotin, ni Dieu, ni foi, ni loi.
1. Lucilius, le plus ancien des poStes satiriques latins, fut l'ami de Scipion Ëmilien qu'il accompagna au siège de Numance. Il avait écrit trente satires, dont il ne reste que quelques fragments. C. Laelius passa pour le collaborateur de Lucilius.
2. Nicolas Perrot d'Ablancourt, né en 1606, mort en 1664, l'un des premiers membres de l'Académie française. Il fit de nombreuses traductions, plus élégantes qu'exactes , que l'on appela les beUes tn/idèles,
3. Olivier Patru (avocat du barreau de Paris, né en 1604, mort en 1681) contribua beaucoup à régler et à épurer la langue; et quoi- Qu'il ne passât pas pour un avocat profond, on lui dut néanmoins rordre, la clarté, la bienséance, l'élégance du discours, mérites absolument inconnus avant lui au barreau. (Voltaire, Stécïe de Louis XIV,)
4. Sauvai , auteur d'une histoire des Antiquités de Paris^ écriti d'un style ampoulé et extravagant.
Mais quoi! répondrez -tous, Cotin nous peut-il nuire*? Et par ses cris enfin que sauroit-il produire? Interdire à mes vers, dont peut-être il fait cas. L'entrée aux pensions où je ne prétends pas? Non, pour louer un roi que tout Tunivers loue, Ma langue n'attend point que l'argent la dénoue^ Et, sans espérer rien de mes foibles écrits, L'honneur de le louer m^cst un trop digne prix. On me verra toujours, sage dans mes caprices, De ce même pinceau dont j'ai noirci les vices, Et peint du nom d'auteur tant de sots revêtus, Lui marquer mon respect, et tracer ses vertus.
— Je vous crois; mais pourtant on crie, on vous menace. Je crains peu, direz-vous, les braves ' du Parnasse.
— Hé! mon Dieu! craignez tout d'un auteur en courroux, Quipeut....— Quoi?— Je m'entends. — Mais encor....— Taisez-vous.