‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 162 sur 347 · Cet autre, c'est Corneille · texte numérisé non relu

Cet autre, c'est Corneille

Je lui montre Pompée, Alexandre et César, Mais comme des héros attachés à son char.

(Prologue d'Andromède,)

T'exalter aux dépens et de Mars et d'Alcide; Te livrer le Bosphore, et, d'un vers incivil, Proposer au sultan de te céder le Nil : Mais, pour te bien louer, une raison sévère Me dit qu'il faut sortir de la route vulgaire 5 Qu'après avoir joué tant d'auteurs différents, Phébus môme àuroit peur s'il entroit sur les rangs | Que par des vers tout neufs, avoués du Parnasse, Il faut de mes dégoûts justifier l'audace j Et, si ma muse enfin n'est égale à mon roi, Que je prête aux Cotins des armes contre mol. Est-ce là cet auteur, l'effroi de la Pucelle, Qui devoit des bons vers nous tracer le modèle, Ce censeur, diront-ils , qui nous réformoit tous? Quoi ! ce critique affreux n'en sait pas plus que nous^ N'av'ins-nous pas cent fois, en faveur de la France, Comme lui dans nos vers pris Memphis et Byzance, Sur les bords de l'Euphrate abattu le turban, Et ODupé, pour rimer, les cèdres du Liban •!' De quel front aujourd'hui vient-il sur nos brisées Se revêtir encor de nos phrases usées ?

Que répondrois-jc alors? Honteux et rebuté, J'aurois beau me complaire en ma propre beauté, Et de mes tristes vers admirateur unique, PUindre, en les relisant, l'ignorance publique : Quelque orgueil en secret dont s'aveugle im auteury Il est fâcheux, grand roi, de se voir sans lecteur, Et d'aller, du récit de ta gloire immortelle. Habiller chez Francœur le sucre et la cannelle '. Ainsi, craignant toujours un funeste accident. J'imite de Gonrart le silence prudent* :

t. 0 combien lors aura de veuves

La gent qui porte le turban I Que de sang rougira les fleuves Qui lavent les pieds du Liban !

Que le Bosphore en ses deux rivei Verra de sultanes captives I Et que de mères à Memphis, En pleurant diront la vaillance De son courage et de sa lance, iux funérailles de leurs fils!

(Malherbe, Ode à la reine Marie âe, M^diçif sur sa bienvenue fn France,)

t. Fameux épicier. [Boileau.)

3. Fameux académicien aui n'a jamais rien écrit. {Boileau). Ce fat chez Gonrart que se forma le cercle de beaux esprits, qui devînt, par

Je laisse aux plus liardis l'hoi^ieur de ^ parrièrd. Et regarde le champ assis sur la barrière.

Malgré moi toutefois ufimouvciment secret Vient flatter mon esprit qui se tait à regret. Quoi! dis-je tout chagrin, dans ma verve iufer^jle, Des vertus de mon roi spectateur inutile, Faudra-t-il suf sa gloire attendre à m'exercer. Que ma tremblante yoi^ coQQmence ^ se glacer ? Dans un si beau projet si ma ]||use rebellQ N'ose le suivre aux champs de Lille et de Bruxelle * . Sans le chercher au bord de L'Escaut et du Rbin, La paix l'offre à mes yeux plus calme et plus sereiu. Oui, grand roi^ laissons là les sièges, les batailles : Qu'un autre ^iUe eu rimant renverser des mur^il^es ; £t, souvent sur tes pas marchant sans ton aveu, S'aille couvrir de sang, de poussière et de feu. A quoi bon d'une muse au carnage animée, Echauffer ta valeur déjà trop allumée ? Jouissons 4 loisir du fruit de tes bieufaits, Et ne nous lassons point des douceurs de ]9^ pçiix.

— Pourquoi ces éléphants, ces armes, ces bagages \ Et ces vaisseaux tout prêts à qui^er le rivage? Disoit au roi Pyrrhus un sage confident, Conseiller très-sensé d'un roi très-imprudent.

^ Je vais, lui dit xse prince, h Rome oii l'on m'appelle,

— Quoi faire ? — L'assfiéger. — L'entreprise est fort hk\% Et digne seulement d'Alexandre ou de vous :

Mais, Rome prise enfin, seigneur, où courons-nous?

— Du reste des Latins la conquête est facile,

— Sans doute, on les peut vaincre ; est-ce tout? r- {«a Sicile De là nous tend les bras, et bientôt sans effort

Syracuse reçoit nos vaisseaux dans son port.

— Bornez- vous là vos pas? — Pës que nous Taurons prise, 11 ne faut qu'un bon vent et Garthage est conquise.

Les chemins sont Quverts : qui peut nous arrêter?

— Je vous entends, seigneur, nous allons tout dompter : Nous allons tr^^verser les sables de Lybie,

Asservir en passant l'Egypte, l'Arabie, Courir delà le Gange en de nouveaux pays, Faire trembler le Scytbe ^u bord du Tanaîs, Et ranger sous nos lois tQutçe vaste hémisphère.

la grâce de Richelieu, l'Académie française. Conrart fut le premier secrétaire perpétuel de cette, cqmpa^ie.

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