‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 163 sur 347 · Plutarque, dans la Vie de Pyrrhus. {Boileau · texte numérisé non relu

Plutarque, dans la Vie de Pyrrhus. {Boileau

316 DIX-SEPTIÈfifË SIÈCLE.

Mais, de retour enfin, que prélendez-vous faire? — Alors, clier Cinéas, victorieux, contents, Nous pourrons rire à Taise et prendre du bon temps. — Ehl seigneur, dès ce jour, sans sortir de l*Épire, Du matin jusqu'au soir qui vous défend de rire '?

Le conseil étoit sage et facile à goûter : Pyrrhus vivoit heureux, s'il eût pu l'écouter. ' Mais à l'ambition d'opposer la prudence. C'est aux prélats de cour prêcher la résidence *.

Ce n'est pas que mon cœur, du travail ennemi, Approuve un fainéant sur le trône endormi : Mais, quelques vains lauriers que promette la guerrai On peut être héros sans ravager la terre. Il est plus d'une gloire. En vain aux conquérants L'erreur, parmi les rois, donne les premiers rangs; Entre les grands héros ce sont les plus vulgaires. Chaque siècle est fécond en heureux téméraires, Chaque climat produit des favoris de Mars; La Seine a des Bourbons, le Tibre a des Césars : On a vu mille fois des fanges Méotides Sortir des conquérants goths, vandales, gépides : Mais un roi, vraiment roi, qui, sage en ses projets, Sache en un calme heureux maintenir ses sujets ; Qui du bonheur public ait cimenté sa gloire, Il faut, pour le trouver, courir toute l'histoire. La terre compte peu de ces rois bienfaisants ; Le ciel à les former se prépare longtemps. Tel fut cet empereur sous qui Rome adorée Vit renaître les jours de Saturne et de Rhée*; Qui rendit de son joug l'univers [amoureux; Qu'on n'alla jamais voir sans revenir heureux; Qui soupiroit le soir, si sa main fortunée N'avoit par ses bienfaits signalé sa journée *, Le cours ne fut pas long d'un empire si doux.

Mais où cherché-je ailleurs ce qu'on trouve chez nous? Grand rd, sans recourir aux histoires antiques, Ne t'avons-nous pas vu dans les plaines belgiques, Quand l'ennemi vaincu, désertant ses remparts. Au-devant de ton joug couroit de toutes parts, Toi-même te borner au fort de ta victoire, Et chercher dans la paix une plus juste gloire*? Ce sont là les exploits que tu dois avouer;

*1. Compai-ez avec Rabelais, ci-dessus, page 65.

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