La paix d'Âix-la-Ghapelle en
fiOILBAU. 317
Et c'est par là^ gprand roi, que je te veux louer.
Assez d'autres, sans moi, d'un style moins timide,
Suivront au champ de Mars ton courage rapide ;
Iront de ta valeur effrayer l'univers,
Et camper devant Dôle au milieu des hivers ^
Pour moi, loin des combats, sur un ton moins terrible,
Je dirai les exploits de ton règne paisible :
Je peindrai les plajsirs en foule renaissants ',
Les oppresseurs du peuple à leur tour gémissants '•
On verra par quels soins ta^sage prévoyance
Au fort de la famine entretint Tabondance * :
On verra les abus par ta main réformés,
La licence et Torgueil en tous lieux réprimés ;
Du débris des traitants ton épargne grossie ;
Des subsides afTreux la rigueur adoucie ^;
Le soldat dans la paix, sage et laborieux ;
Nos artisans grossiers rendus industrieux ;
Et nos voisins frustrés de ces tributs servîtes
Que payoit à leur art le luxe de nos villes*.
Tantôt je tracerai tes pompeux bâtiments ',
Du loisir d'un héros nobles amusements.
J'entends déjà frémir les deux mers étonnées
De voir leurs flots unis au pied des Pyrénées *.
Déjà de tous côtés la chicane aux abois
S'enfuit au seul aspect de tes nouvelles lois *.
Oh I que ta main par là va sauver de pupilles !
Que de savants plaideurs désormais inutiles !
1. Le roi venoit de conquérir la Franche -Comté en plein hiver. {Boileau.) La campagne avait duré moins d'un mois.
2. Le carrousel de 1662, et les fêtes données à Versailles, sous le nom des Plaisirs de Vile enchantée j au mois de mai 1664. .
3- La chambre de justice établie en 1661, après l'arrestation de Fouquet, pour punir les malversations des traitants.
4. En 1662, le roi, ou plutôt Colbert , fit venir de Prusse et de Pologne une grande quantité de blé, et fit construire des fours dan*" le Louvre.
5. Les tailles furent diminuées de quatre millions. (Boileau,)
6. Encouragements donnés à toutes les industries : draps fins à Abbe ville, soieries à Lyon et à Tours, places, dentelles, tapisseries des Gobelins, de la Savonnerie, de Beauvais, etc.
7. La colonnade du Louvre, les châteaux de Versailles, de Sainte Germain, de Marly, 1 Observatoire, etc.
8. Le canal du Languedoc, œuvre d'un des ancêtres de Mirabeau, Paul Riquet.
9. L'ordonnance civile de 1667, suivie du code des eaux et forêts, de l'ordonnance criminelle, du code du commerce, du code de la marinCf
Qui ne sent point Veïï'ei de tes soins généreux ?
L'univers sous ton règne a-t-il des malheureux i
Est-il quelque vertu, dans les glaces de l'Ourse,
Ni dans ces lieux brûlés où le jour prend sa source,
Dont la triste indigence ose encore approcher,
Et qu'en foule tes dons d'abord n'aillent chercher * t
C'est par loi qu'on va voir les muses enrichies
De leur longue disette à jamais affranchies.
Grand roi, poursuis toujours, assure leur repos.
Sans elles un héros n'est pas longtemps héros :
Bientôt, quoi qu'il ait fait, la mort, d'une ombre noire,
Enveloppe avec lui son nom et son histoire.
En vain, polir s'exempter de l'oubli du cercueil,
Achille mit vingt fois tout llion en deuil;
En vain, malgré les vents, aux bords de l'Hespérie
Ënée enfin 'porta ses dieux et sa patrie :
Sans le secours des vers, leurs noms tant publiés
Seroient depuis mille ans avec eux oubliés.
Non, à quelques hauts faks que ton destin t'appelle,
Sans le secours soigneux d'une muse fidèle
Pour t'immortaliser tu fais de vains efforts.
Apollon te la doit : ouvre-lui tes trésors.
En poètes fameux rends nos climats fertiles :
Un Auguste aisément peut faire des Virgiles.
Que d'illustres témoins de ta vaste bonté
Vont pour toi déposer à la postérité 1
Pour moi qui, sur toti nom déjà brûlant d^êcrire Sens au bout de ma plume expirer la satire, Je n'ose de mes vers vanter ici le prix : Toutefois si quelqu'un de mes foibles écrits Des anâ injurieux peut éviter l'outrage, Peut-être pour ta gloire aura-t-il son usage ; Et comme tes exploits, étonnant les lecteurs, Seront à peine crus sur la foi des auteurs; Si quelque esprit malin les veut traiter de fables. On dira quelque jour , pour les rendre croyables : Boileau, qui, dans ses vers pleins de sincérité' Jadis à tout son siècle a dit la vérité ; Qui mit à tout blâmer son étude et sa gloire A pourtant de ce roi parlé comme l'histoite *.
1. Le roi, en 1663, donna des pensions à beaucoup de getii dA lettres de toute l'Europe. {Boileau.)
2. Boileau , présente au roi par le duc de Vivona© > ^^* réclU Itt quarante vers qui terminent sa. première épître et aù^ étalent iùi(:qte inédits; « Voilà qui est beau, à^écria Louis Xl^* ^^la est admirable. Je vous louerois davantage si vous ne m'aviez pas tao-'^ ^^^^* ^ pui^ir.
Mettent à chaque pas le lecteur en enfer; N'offrent rien quÂstarotb, Belzébuth, Lucifer. De la foi d'un chrétien les mystères terribles D'ornements égayés ne sont point susceptibles : L'Évangile à Tespritn'offre de tous côtés Que pénitence à faire et tourments mérités i Et de vos actions le mélange coupable Même à ses vérités donne Tair de la fable- Et quel objet enfin à présenter aux yeux Que le diable toujours hurlant contre les cieux i Qui de votre héros veut rabaisser la gloire^ Et souvent avec Dieu balance la victoire* I
Le Tasse, dira-t-on. Ta fait avec succès. Je ne veux point ici lui faire son procès : Mais, quoi que notre siècle à sa gloire publié, Il n'eût point de son livre illustré l'Italie, Si son sage héros, toujours en oraison, N'eût fait que mettre enfin Satan à la raison ; Et si Renaud; Ârgant, Tancrède et sa maitressOi N'eussent de son sujet égayé la tristesse.
Ce n'est pas que j'approuve, en un sujet chrétieUi Un auteur follement idolâtre et païen; Mais, dans une profane et riante peinture, De n'oser de la fable employer la ngure; De chasser les tritons de l'empire des eaux ; D'ôter à Pan sa flûte, aux Parques leurs ciseaux) D'empêcher que Caron, dai^ la fatale barque, Ainsi que le berger ne passé le monarque : C'est d'un scrupule vain s'alarmer sottement, Et vouloir aux lecteurs plaire sans agrément. Bientôt ils défendront de peindre la Prudence, De donner à Thémis ni bandeau ni balance; De figurer aux yeux la Guerre au front d'airain, Ou le Temps qui s'enfuit une horloge à la main ; . Et partout des discours, comme une idolâtrie. Dans leur faux zèle iront chasser l'allégorie. Laissons-les s'applaudir de leur pieuse erreur : Mais, pour nous, bannissons une vaine terreur ; Et fabuleux chrétiens, n'allons point, dans nos songes, Du Dieu de vérité faire un dieu de mensonges.
La fable 'offre à l'esprit mille agréments divers : là, tous les noms heureux semblent nés pour les vors; Ulysse, AgamemnoUj Qreste, Idomônée, Hélène, Méiénas, Paris, Hector, finée.