‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 165 sur 347 · Bolleau ne connaissait pas le ParadU perdu de Milton · texte numérisé non relu

Bolleau ne connaissait pas le ParadU perdu de Milton

Qui ne sent point l'effet de tes soins généreux t

L'univers sous ton règne a-t-il des malheureux t

Est-il quelque vertu, dans les glaces de l'Ourse,

Ni dans ces lieux brûlés où le jour prend sa source,

Dont la triste indigence ose encore approcher,

Et qu'en foule tes donâ d'abord n'aillent chercher * t

C'est par loi qu'on va voir les muses enrichies

De leur longue disette à jamais affranchies.

Grand roi, poursuis toujours, assure leur repos.

Sans elles un héros n'est pas longtemps héros :

Bientôt, quoi qu'il ait fait, la mort, d'une ombre noire,

Enveloppe avec lui son nom et son histoh«.

En vain, podr s'exempter de l'oubli du cercueil,

Achille mit vingt fois tout llion en deuil ;

En vain, malgré les vents, aux bords de l'Hespérie

Ënée enfin' porta ses dieux et sa patrie :

Sans le secours des vers, leurs noms tant publiés

Seroient depuis mille ans avec eux oubliés.

Non, à quelques hauts faks que ton destin t'appelle,

Sans le secours soigneux d'une musa fidèle

Pour t'immortaliser tu fais de vains efforts.

Apollon te la doit : ouvre-lui tes trésors.

En poètes fameux rends nos climats fertiles :

Un Auguste aisément peut faire des Virgiles.

Que d'illustres témoins de ta vaste bonté

Vont pour toi déposer à la postérité 1

Pour moi qui, sur toii nom déjà brûlâiit d^écrire Sens au bout de ma plume expirer la satire, Je n'ose de mes vers vanter ici le prix : Toutefois si quelqu'un de mes foibles écrits Des ans injurieux peut éviter l'outrage, Peut-être pour ta gloire aura-t-il son usage ; Et comme tes exploits, étonnant les lecteurs, Seront à peine crus sur la foi des auteurs; Si quelque esprit malin les veut traiter de fables, On dira quelque jour , pour les rendre croyables : Boileau, qui, dans ses vers pleins de sincéritéf, Jadis à tout son siècle a dit la vérité ; Qui mit à tout blâmer son étude et sa gloire. A pourtant de ce roi parlé comme l'histoite '.

1. Le roi, en 1663, donna des pensions à beaucoup de gtitii de lettres de toute l'Europe. {Boileau.)

2. Boileau, présente au roi par le duc de Vivonne, lui récit! lëë qu«irante vers qui terminent sa.preiHièrë épitre. et qui étalent èhcq^ inéditSi « Voilà qui est beau, s écria Louis XIV; cela est 8dmirftUe. Je vous louerois davantage si vous ne m'aviez pas tant loué. Le public

BOILEAÙ. 91 Ô

ÊPITRE IV. — Atr RÔI LE PA8SAQE DU AHIN.

En vain pour te louëi* ma muse toujours prête Vingt fois de la Hollande a tenté là coiiquête : Ce pays, où cent miirs n*ont pu to résister, Grand roi , n'est pas eh vers si facile à domptôt. Des villes que tu prends les noms diirs et barbares N'offrent de toutes parts qiie syllabes bizai^res, Et, l'oreille effrayée, il faut dépiiis ihTssei, Pour trouver un beau mot courir jUsqii'àii T^ëssèl *i Oui, partout de son nom chaque place munie Tient bon contre le vers, en détruit l'hàrinonie. Et qui peut sans frémir aborder Woërden*? Quel vers ne tomberoit au seul noin de Héusdeii^? Quelle muse à rimer en tous lieux disposée Oseroit approcher des bords du Zùiderzéè ? Comment en vers heureux assiéger Doësbourg, Zutphen, Wageninghen, Harderwic, Knotzemboiirg <f Il n'est fort, entre ceux que tu prends par centaines, Qui ne puisse arrêter uii rimeur six semaines : Et partout sur le Whal, ainsi que sur le Leck*, Le vers est en déroule , et le poêié à sec.

Encor si tes exploits, moins grands et moins rapides, Laissoient prendre courage à nos miises timides, Peut-être avec le temps, à force d'y rêver, Par quelque coup de l'art nout pourrions noiis sauver. Mais, dès qu*on veut tenter cette vaste carrière , Pégase s'effarouche et recule en arrière :

donnera à vos ouvrages les éloges qu'ils méritent ; iiiàià de â'est pâÉ assez polir mbl de vuu^ lotiër. Je tdtis donliis une pëiisloh dé deux mille livres, et je vous accorde le privilège pour l'imjirëssioil de tduâ vos ouvrages. »

1. L'Yssel, rivière de Hollande, qui se jette dans le Zuider^éë; iè Tessel ou Telel, ilé de la mer du Nord, à la {jointe îi, 0; dU ZUiderzée.

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