Le Walial, le Leck, bras du Rhin
MoD Apollon s'étonne; et Nimègue est à toi ', Que ma muse est encore au camp devant Orsoi '•
Aujpurd'hui toutefois mon zèle m'encourage : 11 faut au moins du Rhin tenter l'heureux passage. Un trop juste devoir veut que nous l'essayions.... Muses, pour le tracer cherchez tous vos crayons : Car^ puisqu'en cet exploit tout paroit incroyable, Que la vérité pure y ressemble à la fable, De tous vos ornements vous pouvez l'égayer. Venez donc, et surtout gardez-vous d'ennuyer : Vous savez des grands vers les disgrâces tragiques, Et souvent on ennuie en termes magnifiques.
Au pied du mont Adule, entre mille roseaux', Le Rhin tranquille, et fier du progrès de ses eauz^ Appuyé d'une main sur son urne penchante, Dormoit au bruit flatteur de son onde naissante : Lorsqu'un cri, tout à coup suivi de mille cris, Vient d'un calme si doux retirer ses esprits. Il se trouble , il regarde, et partout sur ses rivet Il voit fuir à grands pas ses naïades craintives, Qui toutes accourant vers leur humide roi^ Par un récit affreux redoublent son effrois Il apprend qu'un héros, conduit par la victoire, A de ses bords fameux flétri l'antique gloire : Que Rheinberg et Wesel^ terrassés en deux jours. D'un joug déjà prochain menacent tout son cours. « Nous l'avons vu, dit l'une, affronter la tempête De cent foudres d'airain tournés contre sa tête. Il marche vers Tholus ^, et tes flots en courroux Au prix de sa fureur sont tranquilles et doux.
1. Nimègue. sur le Wahal, à 64 kil. S. E. d'Amsterdam, capitale du duché de Gueldre; elle fut prise par Turenne, le 9 juillet 1672, après un siège de six jours.
2. Place forte du duché de Clèves, prise par le roi en deux jours, au début de la campagne.
3. Adulus est le nom latin du Saint-Gothard, où le Rhin prend sa source.
4. Rheinberg, ville de la Prusse -Rhénane, à 35 kil. N. 0. de Dus-' seldorf, à 2 kil. du Rhin; Wesel, au confluent de la Lippe et du Rhin.
5. ThoUhuys, la maison du péage, vieille tourelle qui servait de bureau de péage, et qui n'était pas gardée. « Le passage du Rhin est une opération militaire du quatrième ordre, puisque dans cet endroit le fleuve est guéable, appauvri par le Wabal , et n'était d'ailleurs déëfendu que par une poignée d^hommes (quatre à cinq cents cavaliers, et deux régiments d*infanterie sans canon). » {Mémoiret de Napoléon, tome V, page 129.)
Il a de Jupiter la taille et le visage, Et; depuis ce Romain doixt Tinsolent passage * Sur un pont en deux jours trompa tous tes efforts, Jamais rien de si grand n'a paru sur tes bords. a>
Le Rhin tremble et frémit à ces tristes nouvelles; Le feu sort à travers ses humides prunelles. « C'est donc trop peu, dit-il, que l'Escaut en deux mois Ait appris à couler sous de nouvelles lois^. Et de mille remparts mon onde environnée De ces fleuves sans nom suivra la destinée I Ah ! périssent mes eaux 1 ou par d'illustres coups Montrons qui doit céder des mortels ou de nous. »
A ces mots, essuyant sa barbe limoneuse, U prend d'un vieux guerrier la figure poudreuse. Son front cicatrisé rend son air furieux, Et l'ardeur du combat étincelle en ses yeux. En ce moment il part, et, couvert d'une nue, Du fameux fort de Skink prend la route connue. Là, contemplant son cours, il voit de toutes parts Ses pâles défenseurs par la frayeur épars : U voit cent bataillons qui, loin de se défendre. Attendent sur des murs l'ennemi pour se rendre. Confus, il les aborde ; et renforçant sa voix : « Grands arbitres, dit-il, des querelles des rois». Est-ce ainsi que votre âme, aux périls aguerrie. Soutient sur ces remparts l'honneur et la patrie*? Votre ennemi superbe, en cet instant fameux, Du Rhin, près de Tholus, fend les flots écumeux : Du moins en vous montrant sur la rive opposée N'oseriez-vous saisir une victoire aisée? Allez, vils combattants, inutiles soldats ; Laissez là ces mousquets trop pesants pour vos bras; Et, la faux à la main, parmi vos marécages, Allez couper vos joncs et presser vos laitages; Ou, gardant les seuls bords qui vous peuvent couvrir, Avec moi, de ce pas, venez vaincre ou mourir. »
Ce discours d'un guerrier que la colère enflamme Ressuscite l'honneur déjà mort en leur Ame 5