Au premier livre de Vltiade
Des siècles, des pays, étudiez les mœurs : Les climats font souvent les diverses humeuis.
Gardez donc de donner, ainsi que dans Glélie*, L'air ni Tesprit françois à Tantique Italie ; £t^ sous des noms romains faisant notre portrait, • Peindre Caton galant, et Brutus dameret. Dans un roman frivole aisément tout s'excuse. C'est assez qu'en courant la fiction amuse ; Trop de rigueur alors seroit hors de saison : Mais la scène demande une exacte raison; L'étroite bienséance y veut être gardée.
D'un nouveau personnage inventez- vous Tidée? Qu'en tout avec soi-même il se montre d'accord. Et qu'il soit jusqu'au l»out tel qu'on Ta vu d'abord. Souvent, sans y penser, un écrivain qui s'aime Forme tous ses héros semblables à soi-même : Tout a rhumeur gasconne en un auteur gascon ; Calprenède et Juba parlent du même ton^.
La nature est en nous plus diverse et plus sage, Chaque passion parle un différent langage : La colère est superbe, et veut des mots aljiers; L'abattement s'explique en des termes moins fiers.
Que devant Troie en flamme Hécube désolée Ne vienne pas pousser une plainte ampoulée,
Ni sans raison décrire en quel affreux pays
Par sept bouches l'Euxin reçoit le Tanaïs».
Tous ces pompeux amas d'expressions frivoles
Sont d'un déclamateur amoureux de paroles.
Il faut dans la douleur que vous vous abaissiez :
Pour me tirer des pleurs il faut que vous pleuriez.
Ces grands mots dont alors l'acteur emplit sa bouche
Ne partent point d'un cœur que sa misère touche. Le théâtre , fertile en censeurs pointilleux»
Chez nous pour se produire est un champ périlleux
Un auteur n'y fait pas de faciles conquêtes;
Il trouve à le siffler des bouches toujours prêtes :
Chacun le peut traiter de fat et d'ignorant;
C'est un droit qu'à la porte on achète en entrant.
11 faut qu'en cent façons, pour plaire, il se replie,
Que tantôt il s'élève et tantôt s'humilie;