Début de V Enéide. — 2. Agréable
3. Ludovico Ariosto, né en 1474 à Reggio (duché de Modène), mort en 1533, auteur d'un poème en quarante-six chants, \e Roland furieux, et de plusieurs satires, comédies et poésies diverses. « Ce qui m'a surtout charmé dans ce prodigieux ouvrage, dit Voltaire, c'est que l'auteur, toujours au-dessus de sa matière, la traite en badinant. 11 dit les choses les plus sublimes sans effort , et il les finit souvent par un trait de plaisanterie qui n'est ni déplacé ni recherché. C'est à la ïoisVUiade, VOayssée et Don Quichotte. *»
4. C'est réloge que Quintilien donne à Cicéron, {Inst. Orat,, lib. X, cap. !•'.)
Enflant d'un vain orgueil son esprit chimérique, . Fièrement prend en main la trompette héroïque j Sa muse, déréglée en aes vers vagabonds, Ne s'élève jamais que par sauts et par bonds j Et son feu, dépourvu de sens et de lecture, S'éteint à chaque pas, faute de nourriture. Mais en vain le public, prompt à le mépriser, De son mérite faux le veut désabuser; Lui-même, applaudissant à son maigre génie, Se donne par ses mains l'encens qu'on lui dénie l Virgile, au prix de lui, n'a point d'invention; Homère n'entend point la noble fiction.
Si contre cet arrêt le siècle se rebelle, A la postérité d'abord il en appelle : Mais attendant qu'ici le bon sens de retour Ramène triomphants ses ouvrages au jour, Leurs tas au magasin, cachés à la lumière Combattent tristement les vers et la poussière; Laissons-les donc entre eux s'escrimer en repos Et, sans nous égarer, suivons notre propos. Des succès fortunés du spectacle tragique Dans Athènes naquit la comédie antique*. Là le Grec, j^é moqueur, par mille jeux plaisant», Distilla le venin de ses traits médisants'. Aux accès insolents d'une bouffonne joie La sagesse, l'esprit, Thonneur, furent en proie. On vit par le public un poôte avoué S'enrichir aux dépens du mérite joué; Et Socrate par lui dans un chœur de Nuées D'un vil amas de peuple attirer les huées. Enfin de la licence on arrêta le cours : Le magistrat des lois emprunta le secours;
1. La comédie est née comme la tragédie dans les fêtés de Bacchus* Elle resta longtemps l'amusement des campagnards, et ne fut admise qu'assez tard sur les théâtres des villes. Ce fut en Sicile qu'elle commença à prendre une certaine forme, vers le milieu du cinquième siècle avant l'ère chrétienne, entre les mains des poètes Épicharme et Phormis.
2. La comédie athénienne fut, à son origine, une satire politique, et toute personnelle. Le poète comique mettait en scène des personnages vivants, et avait pleine licence de critiquer, de médire, et de calomnier. Cratès, Cratinus et Eupolis exercèrent les premiers à Athènes cette sorte de censure bouffonne. Le maître de ce genre dangereux fut Aristophane. Sa comédie des Nuées j représentée en 424, mériterait d'être approuvée sans restriction, si Socrate n'y jouait pas un rôle ridicule et odieux, et si le noëte n'avait pas, par une confusion souverainement injuste, imputé les doctriàes immorales et impies des sophistes, au sage qui passa toute sa vie à les combattre.
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Et, rendant par édtt les postes plus sages. Défendit de marquer les noms et les Tisageé<; Le théâtre perdit son antique fureur; La comédie apprit à rire sans aigreur, Sans fiel et sans yenin sut instruire et reprendre, Et plut innocemment dans les Ters de Ménandre K Chacun, peint avec art dans ce nouveau miroir, S'y vit avec plaisir, ou crut ne s'y point voir : L'avare, des premiers, rit du tableau fidèle D'un avare souvent tracé sur son modèle ; Et mille fois un fat finement exprimé.
Méconnut le portrait sur lui-même formé.
Que la nature donc soit votre étude unique, Auteurs qui prétendez aux honneurs du comique. Quiconque voit bien l'homme, et, d'un esprit profond, De tant de cœurs cachés a pénétré le fond; Qui sait bien ce que c'est qu'un prodigue» un avare, Un honnête homme, un fat, un jaloux, un bizarre, Sur une scène heureuse il peut les étaler, Et les faire à nos yeux vivre, agir et parler. Présentez-en partout les images naïves ; Que chacun y soit peint des couleurs les plus vives. La nature, féconde en bizarres portraits, Dans chaque âme est marquée à de différetits traits ; Un geste la découvre, un rien la fait paroître. Mais tout esprit n^a pas des yeux pour la connoUre.
Le temps, qui change tout, change aussi nos hunieurs : Chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses mœurs.
Un jeune homme, toujours bouillant dans des caprices, Est prompt à recevoir l'impression des vices, Est vain dans sesMiscours, volage en ses désirs, Rétif à la censure, et fou dans les plaisirs. L'âge viril, plus mûr, inspire un air plus sage, Se pousse auprès des grands , s'intrigue, se ménagOi Contre les coups du sort songe à se maintenir, Et loin dans le présent regarde l'avenir. La vieillesse chagrine incessamment amasse ; Garde, non pas pour soi, les trésors qu'elle entasse: Marche en t9us ses desseins d'un pas lent et glacé ;
1. Après la prise d'Athènes par Lysandre, une loi des Trente défendit aux poètes comiques de désigner par son nom aucun persont^age vivant, et de parler directement aux spectateurs par la bouche du chef du chœur.
2. Ménandre, né à Athènes en 342, mort en 290, obtint le premier d'éclatants succès dans la comédie vouvelley imitation idéale des scènes de la vie commune, relevée par la peinture générale des mœurs et des caractères.
Toujours plaint le présent et vante le passé; Inhabile aux plaisirs dont la jeunesse abuse, Blâme en eux les douceurs que l'âge lui refuse.
Ne faites point parler vos acteurs au hasard. Un vieillard en jeune homme, un jeune homme en vieillard.
Étudiez la cour et connoissez la ville ; L'une et l'autre est toujours en modèles fertile. C'est par là que Molière, illustrant ses écrits, Peut-être de son art eût remporté le prix, Si, moins ami. du peuple, en ses doctes peintures Il n'eût point fait souvent grimacer ses figures, Quitté, pour le bouffon, l'agréable et le fin, Et sans honte à Térence allié Tabarin'. Dans ce sac ridicule où Scapin s'enveloppe ', Je ne reconnois plus l'auteur du Misanthrope.
Le comique, ennemi des soupirs et des pleurs. N'admet point en ses vers de tragiques douleurs. Mais son emploi n'est pas d'aller dans une place De mots sales et bas charmer la populace : Il faut que ses acteurs badinent noblement; Que son nœud bien formé se dénoue aisément; Que l'action, marchant où la raison la guide. Ne se perde jamais dans une scène vide; Que son style humble et doux se relève à propos, Que ses discours, partout fertiles en bons mots, Soient pleins de passions finement ma*aiées, Et les scènes toujours l'une à l'autre liées. Aux dépens du bon sens gardez de plaisanter : Jamais de la nature il ne faut s'écarter. Ck)ntemplez de quel air un père dans Térence Vient d'un fils amoureux gourmandes Timprudence*!
1. Térence, né vers l'an 193 avant Jésus -Christ à Garthage, fut esclave du sénateur Térentius Lucanus, qui le fit instruire avec soin, et l'affranchit. Il mourut en Grèce à Tâge de trente-cinq ans. Térence n'a rien de la verve et de la gaieté d'Aristophane ou de Molière. Son génie ne se compose que de qualités tempérées : sensibilité délicftte, jugement fin et juste, urbanité, élégance, enjouement aimable, pureté attique du style.
2. Le sujet des Fourberies de Scapin de Molière est tiré du Phor^ mion de Térence. La scène du sac, qui scandalise Boileau, est empruntée d'une farce de Tabarin. C'est la seule pièce de Molière où Térence et Tabarin se trouvent alliés. Elle est d'une gaieté oui aurait dû désarmer le critique. Fût-elle moins bonne, le Misanthrope, le Tartuffe, les Femmes savantes y V Avare, n'en seraient pas pour cela plus mauvais. Tabarin était un bouffon, fort en vogue au commencement du dix-septième siècle; il établissait son théâtre sur la place Dauphine.
3. Simon, dans VAndrienne, etDémée, dans les Adelphes de Térence.
De quel air cet amant écoute ses leçons, Et court chez sa maîtresse oublier ces chansoni . Ce n'est pas un portrait^ une image semblable; C*est un amant, un fils, un père véritable. J'aime sur le théâtre un agréable auteur Qui, sans se diffamer aux yeux du spectateur, Plaît par la raison seule, et jamais ne la choque ; Mais pour un faux plaisant, à grossière équivoque, Qui, pour me divertir, n'a que la saleté, Qu'il s'en aille, s'il veut, sur deux tréteaux monté, Amusant le Pont-Neuf de ses sornettes fades. Aux laquais assemblés jouer ses mascarades.