‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 21 sur 347 · VILLEHARDOUIN · texte numérisé non relu

VILLEHARDOUIN

Geoffroi de Yillehardouin , né près de Bar-sur- Aube vers 11 60 y maréchal de Champagne sous Thibaut Y, comte de Champagne et de Brie, prit une part glorieuse à la quatrième croisade (1199), et mourut en Thessalie vers 1213. On a de lui une Histoire de la conquête de Constantinopley -ou Chronique des Empereurs Baudoin et Henri de Conslantinopky qui va de 1198 à 1207.

Édition de Ducange, avec traduction en français vtoderne^ glossaire et notes (1657), reproduite par M. Buchon dans le Panthéon liitéraire, avec les variantes des manvtscrits et des notes extraites des contemporains.

L'œuvre de Yillehardouin forme en quelque sorte la transition de Tépopée à l'histoire. Grandeur du sujet, mœurs rudes et guerrières des personnages, caractère grave et religieux du narrateur, naïveté de l'exposition, tout semble faire de VHistoire de la conquête de Constan-'

VILLEfiARDOtJIN. 13

tinople la suite des poèmes qui chantaient de Charlemagne et de Roland,

Les événements de la quatrième croisade sont merveilleux comme une fiction, héroïques comme une chanson de geste. L'imagination des trouvères n'avait rien rêvé de plus grand que cette conquête fortuite d'un empire par une poignée de pèlerins, à peine assez nombreux pour assiéger une des portes de sa capitale. Le grand mérite de l'historien, c'est qu'il s'identifie si bien avec son sujet, qu'il est impossible de l'en distinguer. La narration et l'événement font corps ensemble : en lisant l'une on voit l'autre. On suit tous les mouvements de l'armée, toutes les délibérations des chefs : on partage, par une vive sympathie, tous les dangers, toutes les inquiétudes, toutes les joies des pèlerins. Yillehardouin fait mieux que raconter les faits, il en éprouve l'émotion et nous force à la partager. Vous n'apprenez pas seulement ce qu'il vous dit, vous le voyez avec ses yeux, vous le sentez avec son ftme. Ce n'est pas qu'il embarrasse jamais son récit de ses réflexions personnelles ; il reproduit les faits nettement et sans commentaires. Son style est grave, concis. Il a une certaine roideur militaire qui tient au caractère de l'homme et à l'enfance de la langue. Les phrases sont courtes et nettes, les tournures vives et peu variées ; elles ont quelque chose de l'allure brusque et anguleuse du soldat. Le maréchal, comme ses confrères les autres chanteurs héroïques, emploie les formes de la nary ration orale : Or oîez, or sachez; pourrez savoir ^ seigneurs; pourrez ouïr estrange prouesse. Il leur emprunte même des phrases toutes faites et passées dans le domaine public des trouvères, des transitions telles qu'on les voit à chaque instant dans les chansons de geste. H est l'historien, poète encore^ d'un monde réel encore poétique.

8IÉOE DE GONSTANTINOPLB.

Page 1