‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 22 sur 347 · PREMIER ASSAUT · texte numérisé non relu

PREMIER ASSAUT

Un joesdi maintin fu lor assauls atornez et les eschieles. Et li Vé- ]iisi«D8 orent le lor appareillé par mer. Ensi fu devinés li «ssaiis, que

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les trois batailles des sept garderoient Tost par defon» fit les quatre iroient à Tassaut. Li marchis Bonifaces de Monferrat garda Tost par devers les champs, et la bataille des Chs^mpenois et des Borgoignons, et Mabius de Mommorencî : et 11 cuens Baudoin de Flandres et de Hetmaut alla assaillir et la soe gent, et Henri ses frères^ et U ciiens Loeys de Blois et de Ghartein, et 11 cuens Hues de Sain Pol, et cil qui à els se tendent, alerent à l'assaut et drecierent à une barbacane deux eschieles empré la mer. Et li murs fu mult garnis d*Ânglois et de Danois, et li assauz forz et bons, et durs, et par vive force montèrent les ôhevaliisr sor les eschieles et des serJanZj et conquistrent le tnur sor alB : et montèrent sor le mur bien quinze, et se combatoient main à main as haches et as espées, et cels dedenz se réconfortèrent, si les metent fors mult laidement, si que il en retindrent deux. Et cil qui furent retenu de la nostre gent, si furent menez devant l'empereor Alexis, s*en fu mult liez. Ensi remest li assauz devers les Francis, et en y ot assez de bleciee, et de quassez, s'en furent mult irié li barcm. Et li aux de Venise ne se fu mie obliez. Ainz ot ses nés, et ses uissiers et ses vaissiaux ordenéz d'un front. Et cil front duroit bien trois arbalestrées> et comence la rive à aprochier qui desus les niurs, et èstôîl desoz les tors. Lors veissiez mangoniaus giter des nés et des uissiers, et quarriaus d'arbalestre traire, et ces ars traire mult delivrément, et cels dedenz défendre des murs et des tours mult durement; et les eschieles des nés aprochier si durement que en plusors leus s'entrefe" roient d'espées et de lances, et li huz ère si grana que il sembloit que terte et mer fundist. Et sachiez que les galles n'osoient terre prendra.

Or porroiz d!r estrange proesce^ tjue li dux de Venise qui vialz hetll ère et gote ne veoit, fut oz elrmez el chief de la soe galie^ et ot le gonfanon Sain Marc par devant lui, et escrient as suens que il le meissent à terre, ou se ce non, il feroit justice de lor cors. Et il si firent que la galiô |)rdnd terre, et ils saillent fbrs, isi portent le gonfanon Said Karc pftr devant lui à la terrô. Et Quant U Venisien voient le gonf^oà Sain Marc à la terre, et la galie lor seignor, qui ot terre prise devant als, si se tint chascuns a honni, et vont à la terre tuit. Et cil de uissiers saillent fors, et vont à la terre, qui ainz ainz, qui mielz mieiz. Lors veissiez aâsault nierveillox, et ce tesmoigne Jofirois de Villehardouin, limareschatis de Ghampaigne^ qui ceste ovre tracta, de ce que plus dd quarante li distrent per vérité, que il virent li gonfanon Sain Martf en une des tors, et mie ne sorent qui li porta. Or oiez estrange miracle ) et cil dedenz s'enfuirent, si guerpissent les murs. Et cil entrent enz, qui ainz ainz, qui mielz îàîelz :si qiié il sàisisseht Vingt-cinq des tors, et garnissent de lor gent. Et li dux prent un batel, si mande messages as barons de lost, et lor fait assavdir ^e il avdll Vingt cinq tors et bien sachent de voir que il nel pooent reperdre.

Li baron sont si lié, que il ôel podient croire que ce soit voirs. Et li Venisiœ comencMit à envoier chevaus et parlefreiz à l'est en batiaus, da eels que ils aveient gaaigni»! deëenz la Tillt;. B( qtaêim

VILLEHÂRDOÛtN t5

l'emperères Alexis yit que il furent ensi etitlré dedenz la ville, si comence ses genz à envoler à si grant foison vers éls. Bt quant cil virent que il ne les porroient seffrir, mistrent le feu entre els et les Grez. Et li vens venoit devers nos genz. Bt 11 feus si comence si grant à naistre, que li Grex ne pooient veoir nos genz. Ensi se retraistrent à lors tors que ils avoient laissies et conquises . {De lé Conqueste du ConstanHnople, ch, lxxxix, xa, xcl)

traduction.

Un Jeudy iilatin toutes choses furent disposées pour donner Tassaut et les échelles dressées. Les Vénitiens s'aprétérent pareillement du costé de la mer : et fut arresté que des sept batailles les trois demeureroient à la garde du camp par deb^rs pendant, que les quatre autres iroient à l'assaut. Le tnarquis de Montferrat eut la charge de garder le Camp du costé de la cainpagne, avec la bataille des Champenois, et des BourguigtiotiSy et Mathieu de Montmorency; et le comte Ôaudouin de Flandres avec ses gens. Henry son frère, le comte Louys de Blois, le comte de Saint iPaul et leurs trouppes allèrent à l'assaut, et dressèrent leurs échelles à un avant-mur, qui estoit fortement ffarny d'Anglois et de Danois, où ils donnèrent une rude attaque; quelques chevaliers inontans sur les échelles avec des hommes de pied gagnèrent le mur jusques au nombre de quinze, et y combatirent quelque temps main à main, à coup de h&che et d'espées; mais ceux de dedans reprenans vigueur les rechassérent vigoureusement, et prirent deux prisonniersi qu'ils conduisirent sur le champ à l'empereur Alexis^ lequel en témoigna beaucoup de joyë. Ainsi cet assaut demeura sans effet, y ayant eu iiombre de blessez et de navrez de la part des basons, ce qui leur causa un extrême déplaisir. DVutre costé le duc de Venise, et les Vénitiens ne s'endormoient point : car tous leurs vaisseaux rangez en très-belle ordonnance d'un front, qui contenoit plus de trois jets d'arc, commencèrent courageusement bord à bord à approcher la muraille et les tours qui estoient le long du rivage. Vous eussiez veu les mangoneaux et autres machines de guerre, affustées dessus le tillac des navires et des palandries jette^ de grandes pierres contre la ville ; et les traits d'arbàlétes^ et de flèches voler en grand nombre, tandis que ceux de dedans se défendoient généreusement : d'autre part- les échelles qui es^ toient sur les vaisseaux approcher si prés des murs, qu'en plusieurs lieux les soldats estoient aux prises, et combattoient à coups de lances et d'espées. Les crys estans si grands, qu'il sembloit que la terre et la mer deussent fondre. Mais les galères ne sQavoient où, n*y comment prendre terre.

A la vérité c*étoit une ehose presque ineroyablej de voir le grand courage et la prouesse du duc de Venise en cetts oocasion. Car quoy qu'il fust vieil et caduo, et ne vist goutte, il ne laissa néantmoins des» présenter teut arofté svr la proûe de sa gtlére^avee l'éstendartde Saint

Marc devant soy, s'écriant à ses gens qu'ils le missent à bord, sinon qu'il en feroit justice et les puniroit. Ce qui les obligea de faire tant que la galère vint au bord; et soudain saillirent dehors portans devant luy la maistresse bannière dç la seigneurie : que les autres n'eurent pas plutost apperçûe , et comme la galère de leur Duc avoit pris terre la première, que se tenans perdus d'honneur et de réputation s'ils ne le sui voient, s'approchèrent du bord nonobstant tous périls et empêchemens, et saillirent hors des palandries à qui mieux mieux, et donnèrent un furieux assaut : durant lequel arriva un cas merveilleux, qui fut attesté à Geoffroy de Villehardoi^in mareschal de Champagne par plus de quarante, qui lui asseurèrent avoir apperçeu le gonfalon de Saint Marc arboré au haut d'une tour, sans qu'on sçeust qui l'y avoit porté : ce que veu par ceux de dedans, ils quittèrent la muraille, et les autres entrèrent en foulle, et s'emparèrent de vingt-cinq tours, qu'ils garnirent de leurs soldats. En mesme temps le duc dépêcha un bateau aux barons de l'armée, pour leur faire entendre comme ils s'estoient rendus maistres de ces vingt-cinq tours, et qu'il n'estoit pas bien aisé de les en déloger.

Les barons furent tellement surpris de joye de cette nouvelle, qu'à peine la pouvoient-ils croire : mais les Vénitiens pour la leur conGrmer, leur envoyèrent en des batteaux nombre de chevaux et de pale* froiz de ceux qu'ils avoient desja gagnez dans la ville. Quand l'empereur Alexis les vit ainsi entrez dans Constantinople, et s'estre emparez des tours, il y envoya une bonne partie de ses trouppes pour les en déloger. Lors les Vénitiens, voyans qu'ils ne les pourroient souffrir à la longue, mirent le feu aux prochains édifices d'entre eux et les Grecs, qui estoient au-dessous du vent, qui chassoit d'une telle impétuosité vers eux, qu'ils ne pouvoient plus rien voir au devant; et ainsi les Vénitiens retournèrent à leurs tours qu'ils avoient conquises, et puis abandonnées. (Ducange,)

PRISE DE GONSTAKrmOPLfi.

Ensi dura cil afaires trosque à lundi matin : et lors furent armé cil des nés et des uissiers, et cil des galles. Et eil de la ville les dotèrçnt plus que il ne firent à premiers. Si furent si esbaudi, que sor les murs et sous les tors ne paroient se genz non. Et lors commença li assaus fiers et merveilleux. Et chascuns vaissiauxassailloit endroit lui.Li huz de la noise fut si granz, que il sembla que terre fondist. Ensi dura li assauls longuement, tant que nostre sires lor fist lever un vent, que l'en appelle Boire. Etbota les nés et les vaissiaux sor la rivé plus qu'ils n'estoient devant. Et deux nés qui estoient liées ensemble, dont l'une avoit non la Pèlerine, etli autre li Paradis, aprochiérent à la tor l'une d'une part, et l'altre d'autre, si con Diex et li venz li mena, que Teschiele de la Pèlerine se joint à la tor, et maintenant uns Vénitiens et un Chevalier de France qui avoit nom André d'Arboise, entrèrent en

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