La moisson
2. Le« Titans^ fils du Ciel et de la Terre, tentèrent de détrôner Saturne ; Jupiter, âgé d'un an^ les vainquit et les précipita dans le Tar' tare.
XVm. L'AIGLE ET LE HIBO0.
L'aigle et le chat-huant, leurs querelles cessèrent,
Et firent tant qu'ils s'embrassèrent.
L'un jura foi de roi, l'autre foi de hibou Qu'ils ne se goberoient leurs petits peu ni prou *. « Connoissez-vous les miens? « dit l'oiseau de Minerve*. « Non, » dit l'aigle, a Tant pis, reprit le triste oiseau :
Je crains en ce cas pour leur peau;
C'est hasard si je les conserve.
Comme vous êtes roi, vous ne considérez Qui ni quoi : rois et dieux mettent, quoi qu'on leur die,
Tout en même catégorie.
Adieu mes nourrissons, si vous les rencontrez. — Peignez-les-moi, dit l'aigle, ou bien me les montrez ;
Je n'y toucherai de ma vie. »
Le hibou repartit : « Mes petits sont mignons, Beaux, bien faits, et jolis sur tous leurs compagnons * Vous les reconnoitrez sans peine à cette marque. N'allez pas l'oublier ; retenez-la si bien,
Que chez moi la maudite Parque ^
N'entre point par votre moyen. »
Il avint qu'au hibou Dieu donna géniture. De façon qu'un beau soir qu'il étoit en pâture.
Notre aigle aperçut, d'aventure,
Dans les coins d'une roche-dure,
Ou dans les trous d'une masure,
(Je ne sais pas lequel des deux),
De petits monstres fort hideux.
Rechignes, un air triste, une voix de Mégère <. M Ces enfants ne sont pas, dit l'aigle, à notre ami. Croquons-les. » Le galant n'en fit pas à demi : Ses repas ne sont point repas à la légère. Le hibou, de retour, ne trouve que les pieds De ses chers nourrissons, hélas 1 pour toute chose. 11 se plaint; et les dieux sont par lui suppliés De punir le brigand qui de son deuil est cause. Quelqu'un lui dit alors : « N'en accuse que toi,
Ou plutôt la commune loi
Qui veut qu'on trouve son semblable
Beau, bien fait, et sur tous aimable.
1. Ni peu ni beaucoup. — 2. Le hibou était consacré à Minerve.
3. La mort. Les Parques tenaient dans leurs mains la vie des ommes.