Reconnaissance, du latin gratta
rr, LES POISSONS et IiE cormoran.
Il n'étoit point d'étang dans tout le voisinage Qu*un cormoran n*eût. mis à contribution : Viviers et réservoirs lui payoient pension. Sa cuisine alloit bien : mais, lorsque le long âge
Eut glacé le pauvre animal,
La même cuisine alla mal.
Tout cormoran se sert de pourvoyeur lui-même. Le nôtre, un peu trop vieux pour voir au fond des eaux,
N'ayant ni filets ni réseaux,
Souffroit une disette extrême.
Que fit-il? Le besoin, docteur en stratagème, Lui fournit celui-ci. Sur le bord d'un étang
Cormoran vit une écrevisse.
a Ma commère, dit-il, allez tout à l'instant
Porter un avis important
A ce peuple : il faut qu'il périsse ; Le maître de ce lieu dans huit jours péchera. »
L'écrevisse en hâte s'en va
Conter le cas. Grande est l'émute * ;
On court, on s'assemble, on députe
A l'oiseau : « Seigneur Cormoran, D'où vous vient cet avis? Quel est votre garant ?
Êtes-vous sûr de cette aflaire?
N'y savez-vous remède? Et qu'est-il bon de faire?
— Changer de lieu, dit-iL — Comment le ferons-nous?
— N'en soyez point en soin' : je vous porterai tous,
L'un après l'autre, en ma retraite.
Nul que Dieu seul et moi n'en connott les chemins :
Il n'est demeure plus secrète.
Un vivier que Nature y creusa de ses mains.
Inconnu des traîtres humains.
Sauvera votre république. »
On le crut. Le peuple aquatique
L'un après l'autre fut porté
Sous ce rocher peu fréquenté.
Là, Cormoran le bon apôtre,
Les ayant mis en un endroit
Transparent, peu creux, fort étroit, Vous les prenoit sans peine, un jour l'un, un jour l'autre :
Il leur apprit à leurs dépens Que l'on no doit jamais avoir de confiance