‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 260 sur 347 · V. LiaiFOUISSEUR ET SON GOMPÉRE · texte numérisé non relu

V. LiaiFOUISSEUR ET SON GOMPÉRE

Un pincemaille' avoit tant amassé

Qu'il ne savoit où loger sa finance.

L'ayarice, compagne et sœur de Tignorance,

Le rendoit fort embarrassé

Dans le choix d'un dépositaire; Car il en vouloit un, et voici sa raison : L'objet tente j il faudra que ce monceau s'altère

Si je le laisse à la maison :

Moi-même de mon bien je serai le larron. Le larron? Quoi ! jouir c'est se voler soi-mémef Mon ami, j'ai pitié de ton erreur extrônus.

Apprends de moi cette leçon :

Le bien n'est bien qu'en tant que Ton s'en peut défoire ; Sans cela c'est un mal. Yeux-tu le réserver Pour un âge et des temps qui n'en ont plus que fkire? La peine d'acquérir, le soin de conserver, Otent le prix à l'or, qu'on croit si nécessaire.

Pour se décharger d'un tel soin, Notre homme eût pu trouver des gens sûrs au besoin : Il aima mieux la terre; et, prenant son compère, Celui-ci l'aide. Ils vont enfouir le trésor. Au bout de quelque temps l'homme va voir ton or;

Il ne retrouva que le gtte.

Soupçonnant à bon droit le compère, il va vite Lui dire : « Apprétea-vous ; car il me reste encor Quelques deniers : je veux les joindre à l'autre masse. » Le compère aussitôt va remettre en sa place

L'argent volé; prétendant bien Tout reprendre à la fois, sans qu'il y manquât nen.

Mais, pour ce coup, l'autre fut sage:

Il retint tout chez lui, résolu de jouir.

Plus n'entasser, plus n'enfouir;

1. Un avare, un grippe-sou. La maille était une très-petite monoaie de cuivre. (N'avoir ni sou ni maille; avoir maille a partir av«c quelqu'un.)

LA t^OKIAIKS. 415

Et le pauvre T^oleur , ne trou?ant plut Km gags, Pensa tomber de sa hauteur.

U n'est pas malaisé de tromper un trompeur.

Page 1