X. LE BERG£R ST LE ROL
Deux démons à leur gré partagent notre vie. Et de son patrimoine ont chassé la raison; Je ne vois point de cœur qui ne leur sacrifié : Si vous me demandez leur état et leur nom^ J'appelle l'un, Amour, et l'autre, Ambition. Cette dernière étend le plus loin son empire;
Car même elle entre dans l'amour.
Je le ferois bien voir; mais mon but est de dire Gomme un roi fit venir un berger à sa cour. Le conte est du bon temps, non du siècle où nous sommes.
Ce roi vit un troupeau qui couvroit tous les champs» Bien broutant, en bon corps *, rapportant tous les ans, Grâce aux soins du berger, de très-notables sommes. Le berger plut au roi par ses soins diligens. « Tu mérites, dit-il, d'être pasteur de gens : Laisse là tes moutons, viens conduire des hommes ;
7e te fais juge souverain', »
Voilà notre berger la balance à la main *. Quoiqu'il n'eût guère vu d'autres gens qu'un ermite, Son troupeau, ses mâtins, le loup, et puis c'est tout, Il avoit du bon sens ; le reste vient ensuite :
Bref, il en vint fort bien à bout.
L'ermite son voisin accourut pour lui dire ; oc Veillé-je? et n'est-ce point un songe que je vois? Vous, favori I vous, grand 1 Défiez-vous des rois ; Leur faveur est glissante : on s'y trompe ; et le pire C'est qu'il en coûte cher : de pareilles erreurs Ne produisent jamais que d'illustres malheurs. Vous ne connoissez pas l'attrait qui vous engage : Je vous parle en ami ; craignez tout. » L'autre rit;
Et notre ermite poursuivit :
« Voyez combien déjà la cour vous rend peu sage. Je crois voir cet aveugle à qui , dans un voyage.